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Les homosexuels et l’Église

L’ouvrage de Jean de Savigny a été présenté à la communauté de Saint-Merry le dimanche 18 octobre dans le cadre de “Parler la bouche pleine”. Il raconte une intégration progressive bénéfique.

Le livre de Jean de Savigny – « Quand les homosexuels interpellent l’Église – pour en finir avec les condamnations » – présente un grand intérêt, au moins à deux égards. D’abord, l’auteur y retrace le processus de prise de conscience progressive des catholiques homosexuels à partir du milieu des années 50, qu’ils ne sont pas condamnés à subir l’ordre établi d’une société, tant laïque qu’ecclésiale, qui ne leur proposait alors que le silence et la culpabilisation, mais qu’ils pouvaient se réunir et s’organiser pour s’épauler mutuellement, puis pour affirmer une parole libératrice et revendicatrice.

L’auteur est particulièrement bien placé pour retracer cette histoire, puisqu’il en fut l’un des protagonistes à partir des années 80-90, dans de sa phase de lutte contre la pandémie du sida, en participant au plus haut niveau à la mise en œuvre de l’action des pouvoirs publics et des associations chrétiennes de lutte contre le sida.

Il décrit l’évolution des mentalités au sein de l’Église catholique en rappelant le rôle de quelques grandes voix qui se sont élevées, certaines pour encourager une évolution du discours ecclésial sur l’homosexualité, d’autres pour s’y opposer ou le limiter. Ils montrent également les résistances romaines jusqu’en 2013, de Paul VI à Benoît XVI, au risque d’un décalage croissant avec l’évolution de la loi et des mentalités, puis le virage initié par François.

L’autre grande qualité du livre est de prendre au sérieux le texte du Vatican qui a été proposé en 2014, à mi-parcours du synode historique sur la famille, qui déclarait que « les homosexuels ont des dons à offrir à la communauté chrétienne ». L’auteur s’interroge sur qu’ils peuvent apporter à leur Église. Sa réponse mérite d’être entendue.
Il affirme que l’Église a tout intérêt à écouter ceux qui s’y sentent encore mal à l’aide et aspirent à contribuer à son évolution vers :

  • Une Église de l’accueil, c’est-à-dire qui rejette les logiques d’exclusion, pour témoigner auprès du plus grand nombre et proposer d’intégrer toujours davantage dans le peuple des disciples du Christ ;
  • Une Église synodale et plurielle, c’est-à-dire qui n’a pas peur de s’appuyer sur l’ensemble de ses fidèles, privilégie le débat en son sein et reconnaît la légitimité d’une certaine diversité des interprétations du message du Christ ;
  • Une Église qui assume pleinement l’Incarnation, c’est-à-dire qui sorte de toute défiance, déshumanisante, à l’égard de la sexualité, réduite à des actes compulsifs, afin de l’évaluer dorénavant au regard de la qualité de la relation interpersonnelle et de la manifestation d’amour qu’elle peut constituer, en particulier lorsqu’elle est liée à la construction d’un avenir commun ;
  • Une Église qui abandonne le néothomisme dans sa version traditionnelle, celle qui s’enferme dans des conceptions normatives et naturalistes (chaque chose doit être orientée vers son but) pour prêcher le lien personnel qui unit le croyant à Dieu, source de vie toujours à redécouvrir et rétablir.

Olivier Coutor

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