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Les jeunes, la religion, la laïcité et les inégalités sociales

Ces jeunes dont on parle tant à Saint-Merry, qui sont nos enfants, nos petits-enfants, et ces autres jeunes encore que l’on souhaiterait voir rejoindre notre communauté, quelles sont leurs opinions sur la religion, la laïcité, la place des femmes, les inégalités sociales, le racisme ? Chose rare, les résultats permettent d’approcher l’opinion des jeunes catholiques pratiquants, des catholiques non pratiquants et des sans religion (ainsi que des musulmans et des adeptes des autres religions)[1].


[1] « Fractures sociétales : enquête auprès des 18-30 ans – IFOP », un sondage pour Marianne auprès de 1 006 jeunes de 18 à 30 ans, représentatifs des jeunes Français, conduit entre le 13 et le 18 novembre 2020.

La place de la religion

Si 36 % de l’ensemble des répondants estiment que « La religion représente quelque chose de très important dans leur vie quotidienne », ils sont 85 % des catholiques pratiquants à le dire et 88 % des musulmans contre 35 % des catholiques non pratiquants. Noter en ce qui concerne l’ensemble des répondants que les cadres, les professions libérales, les bac + 2 ne sont que 27 à 30 % à estimer la religion importante pour eux, alors qu’il en est bien autrement pour les ouvriers, les retraités (42 % chaque groupe) et les peu-diplômés (CAP 42 %, sans diplôme 61 %). La proximité politique expliquerait-elle certains décalages ? 41 % des jeunes proches du PS disent l’importance de la religion, ce qui est bien moins le cas des partisans des verts (26 %) ou de LREM (29 %).
Seconde question fort instructive : « les normes et règles édictées par votre religion sont plus importantes que la Loi de la République ». 31 % sont d’accord, dont 66 % des musulmans, 48 % des catholiques pratiquants, contre 26 % des catholiques non pratiquants. En ce qui concerne l’ensemble des répondants, les opinions exprimées sont proches de ce que j’ai écrit à propos de l’importance de la religion dans sa vie.

Alors, la laïcité est-elle en danger ? 

70 % le pensent de façon assez unanime, davantage les catholiques non pratiquants (83 %), mais pas plus les sans religion que la moyenne des répondants. Pour 78 % « on parle trop de religion », mais les catholiques pratiquants en sont un peu moins convaincus (64 %).
« Le principe de laïcité, c’est avant tout… » mettre toutes les religions sur un pied d’égalité (34 %), assurer la liberté de conscience (23 %), séparer les religions et la politique (21 %), faire reculer l’influence des religions dans notre société (13 %). Sur ces points les catholiques pratiquants comme non pratiquants ou les sans religion sont assez en phase, tout comme l’ensemble des répondants.
Mais 75 % affirment aussi : « Il faut respecter les religions afin de ne pas offenser les croyants ».
Là encore la plupart acquiescent.

Que pensent-ils de la place des femmes dans notre société ?

Pour 59 % le patriarcat, défini comme « le fait que la société est hiérarchisée et dans laquelle les hommes détiennent plus de pouvoir » correspond à une réalité. Les femmes en sont les plus convaincues (65 %), tout comme les partisans des « partis d’opposition » (entre 67 et 81 %), ce qui est moins le cas des partisans de LREM (53 %), et par ailleurs des catholiques pratiquants (53 %) ; les catholiques non pratiquants et les sans religion s’en éloignent (61 et 64 %). Même les cadres, les professions libérales et les bac +2, applaudissent (66-68 %), contrairement aux ouvriers (42 %) et aux peu diplômés (46 et 50 %). Pour les cadres et les bac +2, est-ce le fait d’une formation longue et des conflits avec la hiérarchie dans le milieu du travail ?

54 % affirment que l’égalité femmes-hommes n’est pas satisfaisante. C’est le fait des femmes (67 % contre 42 % pour les hommes) et celui globalement des sympathisants de la gauche (60 %). Paradoxalement les ouvriers, les peu diplômés et les catholiques pratiquants sont nettement plus modérés (42 %), ce que ne sont pas les catholiques non pratiquants et les sans religion (52 et 57 %).
60 % affirment que le plafond de verre (les freins invisibles qui empêchent les femmes d’atteindre des postes à responsabilité) est bien une réalité. Les femmes (67 % et 53 % les hommes) et les professions intermédiaires (67 %) où les femmes sont nombreuses, les catholiques non pratiquants et les partisans des partis de gauche (68-74 %) sont les plus convaincus, alors que le sont nettement moins les ouvriers et les peu diplômés (50 et 51 %).

Inégalités sociales encore

53 % des jeunes disent « qu’avec la crise du Coronavirus, les jeunes générations ont été sacrifiées au profit des Français plus âgés ». Ce sont les peu diplômés et les ouvriers qui le perçoivent le plus (58-59 %), les ruraux (60 %) et nettement moins les cadres et professions libérales (44 %) ou les bac + 2 (41 %). Par contre peu de différence entre les catholiques et les sans religion. Ceci étant, les répondants dans leur ensemble n’incriminent que modestement (33 %) le fait que « la société française privilégie les personnes âgées de plus de 50 ans », notamment les femmes (26 %). Les ouvriers et les peu diplômés adhérent davantage à ce propos (42 et 46 %), et étonnamment les catholiques pratiquants (40 %) : un soupçon de révolte contre l’autorité ?

Photo Malu de Wit by unsplash

68 % ne sont pas satisfaits de la lutte contre les inégalités sociales, notamment les jeunes femmes (76 %), les ruraux (74 %), les partisans des partis de gauche (71-79 %), dont les positions diffèrent de ceux de LREM et des Républicains (52 %).  À noter que les jeunes catholiques pratiquants sont moins sensibles aux inégalités sociales (51 % non satisfaits) contre 64 % pour les catholiques non pratiquants et les sans religion (71 %).

61 % ne sont pas satisfaits de la lutte contre les discriminations ethniques, dans l’accès à l’emploi, au logement. Là encore, c’est plus le fait des femmes (70 % contre 52 % pour les hommes), des partisans des partis de gauche (68-71 %), contre 54 % pour LREM et 31 % pour les Républicains. Les cadres (49 %) et paradoxalement les diplômés en CAP (52 %) sont modérés.

61 % ne sont pas satisfaits de la lutte contre le racisme ; comme précédemment les femmes (72 %, les hommes 51 %), les partisans des partis de gauche (68-73 %) et nettement moins les partisans de LREM (54 %) ou de la droite (45 %), les cadres et professions libérales (48 %), les diplômés au-delà de bac + 2 (55 %) et paradoxalement les sans diplômes (56 %). Quid des jeunes catholiques pratiquants (47 %) proches des moins enthousiastes, contrairement aux catholiques non pratiquants (59 %) et aux sans religion (62 %).

Quels enseignements tirer de ce sondage ? 

Tout d’abord le fait d’une fréquente relative proximité des réponses, le propos ici étant d’affiner les écarts, qui révèlent des clivages. Celui entre hommes et femmes, ces dernières étant nettement plus sensibles aux inégalités, à commencer par celles qu’elles vivent, mais sans occulter les autres inégalités sociétales. Puis tout aussi criants et dans ces mêmes domaines, les proximités politiques avec une habituelle rupture entre les partis de gauche et LREM, voire avec les autres partis de droite. Plus étonnante, une certaine proximité en termes de mesures entre les cadres, les professions libérales, les bac + 2 d’une part et les ouvriers et les peu diplômés d’autre part. Doit-on voir là chez les cadres et les diplômés du supérieur le « confort » qui éloigne, et par ailleurs l’éloignement de l’implication sociétale pour les moins diplômés, voire une culture ouvrière propre qui repose pour partie sur le patriarcat ?

Venons-en aux répondants, pratiquants ou non d’une religion : les jeunes catholiques pratiquants sont attachés à l’importance de leur religion, à ce qui lui assure une place influente dans la société ; ils paraissent plus éloignés des inégalités, plus attachés à « l’ordre établi » que ne le sont les catholiques non pratiquants, très proches le plus souvent des sans religion, et plus impliqués selon leurs déclarations dans les domaines de la lutte contre les inégalités et le racisme.

André Letowski

André Letowski est expert en entrepreneuriat, particulièrement en direction de l’analyse et de l’accompagnement des petites et moyennes entreprises indépendantes, une activité qu’il poursuit bien que retraité. Il est depuis toujours impliqué dans la recherche et un partage de foi en communautés, doublé d’une écoute de la pluralité des cultures, notamment à travers le voyage.

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