Les religieuses

Elles sont souvent brocardées, présentées en cornette. Qui ? Les religieuses. En France, elles sont en train de fondre comme neige au soleil. Mais tout le monde fait fausse route, y compris dans l’Église, si l'on s’imagine qu’on pourra se passer d’elles. Par Jean-François Petit

Avant de m’engager dans un improbable tour de France de conférences pour redonner le goût de l’engagement politique à Lille, Clermont-Ferrand avant les élections… je voudrais leur rendre hommage. Qui ? Les religieuses. Oui, elles sont souvent brocardées, présentées en cornette, etc. Les plus féroces, souvent de « culture catholique », comme un certain président de la République, reconnaissent souvent — mais à voix basse — qu’ils ont quand même été heureux d’envoyer leurs enfants dans leurs écoles, d’être soignés par elles et de leur confier mamie.

Religieuse

Or il y a un problème : les religieuses en France sont en train de fondre comme neige au soleil. Invité par la Fédération d’Équipes Apostoliques de Religieuses et de Religieux, qui regroupe encore plus de 1000 membres, je leur ai fait une proposition à la suite du jésuite Michel de Certeau. Michel de Certeau, vous connaissez ? Oui, c’est celui que le Pape François cite volontiers, mais que les catholiques français ne lisent plus ! Dans un de ses livres majeurs, La faiblesse de croire, il défend l’idée que l’expérience chrétienne, notamment dans la vie religieuse, est d’abord une expérience de parole : une parole parfois excessive, parfois généreuse, souvent noyée dans l’insignifiance des paroles du monde. La vie religieuse est aussi celle de « récits fondateurs » de congrégations, où des hommes et des femmes ont pris à bras le corps les défis de leur temps. Mais, avant tout, la vie religieuse est « une science expérimentale des choses de l’autre vie » (M. de Certeau à propos du mystique Jean-Joseph Surin). Comprenez : un art de vivre en ce monde-ci comme une préfiguration de l’autre monde auquel nous sommes tous promis. Et il faudrait qu’au nom des théories néolibérales de l’épanouissement personnel, ce genre de vie disparaisse ? Excusez, mais tout le monde fait fausse route, y compris dans l’Église, si on s’imagine qu’on pourra se passer d’elles. Une vie de foi enracinée dans le Christ, une vie de communauté en Eglise, le goût de la rencontre avec tous : ne me faites pas croire que ce projet n’intéresse personne.

Alors, au moins, le 2 février, si vous rencontrez une religieuse, souhaitez-lui bonne fête !

Jean-François Petit

1 Commentaire

  • Un art de vivre en ce monde-ci comme une préfiguration de l’autre monde, voilà qui correspond à bien des vies religieuses, généralement communautaires et cloîtrées. Je ne vois pas ce que la question des femmes a à voir là-dedans. La question me semble plutôt celle de l’initiation à cet art. Initiation par l’expérience, sûrement. C’est tellement différent d’une initiation par la connaissance. Un chemin qui ressemble fort à celui de la relation avec autrui, qui ne s’apprend pas non plus dans les bouquins ou sur internet. Mais, aujourd’hui, qui est au courant de ce que cet art de vivre apporte ?

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