« Lettres à Paul de Tarse, l’homme du scandale » – Claude Plettner

Sept ans après ses lettres à Thérèse d’Avila, Claude Plettner nous a présenté son ouvrage « Lettres à Paul de Tarse, l’homme du scandale », une figure qui lui donne bien du fil à retordre. C'était le 6 mai à St Merry, dans une rencontre "Parler la bouche pleine", et André Letowski comme Marie-Thérèse Joudiou nous disent comment ils ont aimé ce livre, et sa présentation. Un article de La Croix présente intelligemment le livre et le parcours de l'auteur.

Claude a le grand mérite d’aller au fond des choses sans ménager critiques et interrogations, mais aussi en mettant en lumière avec verve et enthousiasme, ce qui au fil de sa recherche est éclairant, voire « révolutionnaire » pour les adeptes de la Voie (une communauté de juifs de la diaspora, inscrits dans les préceptes juifs, des non juifs issus d’une culture romaine avec ses normes, qui font communauté, malgré leurs différences, parce qu’adeptes de Christ ressuscité).

Si Paul de Tarse nous apparait machiste, ambigu dans certaines de ses prises de position, les historiens semblent nombreux à considérer que certaines lettres (exemple celle aux Ephésiens) ont été écrites par ses successeurs ; certains de ses propos ont aussi été déformés au fil du temps.

S’il est homme de pouvoir, se battant pour être reconnu apôtre aux cotés des apôtres témoins légitimes de par leur proximité avec Jésus et Christ, il est aussi homme de foi en Christ ressuscité, qu’il met toujours en avant dans ses lettres, sans jamais d’ailleurs parler de l’homme Jésus. Le « renversement » (mot utilisé par Claude) connu sur le chemin de Damas a été un ébranlement de tout son être, de toutes ses convictions de juif orthodoxe, persécuteur intransigeant des adeptes de la Voie. Pour digérer tout cela, peut-être aussi pour se faire oublier, il part 3 ans en Arabie, avant de solliciter de participer à la mission d’évangélisation.

Paul est l’homme d’une triple culture, juive de par des origines, grecque de par sa culture, romaine de par sa citoyenneté. Ce sont là des atouts essentiels qui le conduisent à se positionner comme l’apôtre des gentils, mission qui lui sera confiée au gré de multiples altercations avec notamment Pierre et Jacques.  Sans lui, la Voie aurait sans doute risqué de demeurer une secte juive parmi d’autres.

Paul, premier théologien dans l’histoire du christianisme, apporte une triple ouverture :
– Celle de mettre sur un pied d’égalité dans le Christ, juif et grec, homme libre et esclave, homme et femme…, alors que chacun de ces groupes structure la société en maintenant leur positionnement respectif.
– Celle de l’universel, en s’appuyant sur la foi de chacun en Christ, sans toutefois gommer les différences.
– Celle du rapport au temps, à la fois dans l’urgence de l’avènement du Royaume à préparer ici-bas (notre incarnation), mais aussi en sachant que l’on s’inscrit dans cet autre monde. C’est aussi la tension entre la chair (tout l’être de l’homme impliqué ici-bas) et l’esprit (tendu vers le Christ dans l’Esprit).

Puissent ces quelques lignes, maladroites, bien plus riches dans le texte de Claude, vous donner envie d’en savoir plus, en parcourant cet ouvrage, et le remarquable article de la Croix « De Thérèse à Paul » par Stéphanie Janicot du 14 mai.

                                   André Letowski

Un compte-rendu n’étant pas exhaustif, ce qu’il ne prétend pas être, j’aurais envie d’ajouter au texte d’André, seulement ceci et qui a été signalé rapidement par Claude que je remercie vivement pour la profondeur et la vivacité de sa parole. Je désire souligner la postérité de certains aspects de la théologie de saint Paul chez des philosophes contemporains, comme Stanislas Breton ou Paul Ricoeur, chrétiens l’un et l’autre. Stanislas Breton en relève l’impact certain sur la philosophie contemporaine, qu’elle se dise ou non chrétienne.

Ainsi est questionnante la reprise de certains thèmes de saint Paul comme celui de l’universalité,  du témoin militant, de l’usage des biens et non de leur possession, par des philosophes dont la profession de foi est l’athéisme comme Alain Badiou, Giorgio Agamben et quelques autres.

Ce qui tenterait à prouver s’il le fallait, que nous n’avons jamais fini de découvrir l’infinie richesse pour notre temps de l’oeuvre épistolaire de saint Paul.

                                                                                                          Marie-Thérèse Joudiou

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