L’Evangile dans la ville… l’église dans la ville !

Un groupe de travail s'est réuni au cours du premier semestre 2019, pour réinterroger la vocation du Centre Pastoral Halles-Beaubourg dans son environnement. Et pour nous mettre à l’écoute des aspirations de tous ceux et celles qui fréquentent ce centre ville. Car c’est une société post-sécularisation, marquée par la « non-croyance ». Voici la synthèse qu’a présentée Anne René-Bazin à l’assemblée communautaire du 23 novembre.

L’idée de ce groupe est venue  de Jean-François Petit (inspiré par Michel de Certeau) et James Cunningham (suivant son expérience de Marseille). Des auditions furent menées : un chercheur de l’IRI à Beaubourg V Puig, le président du Conseil de quartier Alain Genel et d’autres… L’élément déclencheur de la prise de conscience du changement radical de notre environnement fut un colloque de mars 2019 présentant les grandes questions posées par l’avenir du Centre de Paris, car les 4 premiers Arrondissements se réunissent en 2020 en un seul arrondissement « Paris Centre ».

Dans le même temps – et dans le même sens -, le diocèse ouvre une démarche pour analyser et comprendre ces territoires urbains centraux, avec des urbanistes dont Michel Micheau (voir lettre 139), et situer le rôle des églises dans ces territoires : le réseau des églises autour de Notre Dame.

I – Nos pistes de réflexion :  une analyse dans 2 directions, les territoires / les modes de vie

1.1 – Des mutations considérables des territoires du futur Paris Centre qui deviennent le cœur de la métropole

Ce « territoire » autour de St Merry est-il le nôtre ? Ce n’est pas le quartier d’habitation de la plupart d’entre vous : c’est un territoire d’élection, comme il est un territoire d’élection pour tous ceux qui le fréquentent.

C’est devenu désormais un espace de grands flux :

  • flux de « travailleurs », transitant dans le quartier via les transports en commun, ou travaillant dans le quartier,
  • flux de consommateurs fréquentant de grands espaces commerciaux,
  • flux d’autres consommateurs d’espaces de loisir, notamment en soirée (resto, bar…), mais aussi dans le champ culturel (Beaubourg, les nombreuses galeries, les monuments historiques…), au point qu’on parle de « chaudron culturel ».
  • flux de touristes, accentué par l’incendie de Notre-Dame.Le risque de sur-fréquentation est déjà là…

Le risque de sur-fréquentation est déjà là…

En même temps, le cœur de la ville a tendance à se vider de ses habitants : AirBNB, marché immobilier…- vieillissement – 10 % de logements sociaux – beaucoup de diversité, grands écarts de revenus –  aussi des pauvres et des sdf (soupe St Eustache) – et les tendances se poursuivront…

On y voit une nouvelle pratique de la vie urbaine avec multiplicité des usages, et une vitesse de transformation : « Hype ça bouge » nous dit le président du conseil de quartier… Il nous dit aussi : le « centre du centre » ce sera sans doute l’espace entre la Bourse du commerce (Pinault) qui ouvre en juin 2020, et Beaubourg – ou de l’Hôtel de ville au Louvre – à quoi s’ajoutent les projets de réaménagement de Notre Dame et de l’ile de la Cité.

Notons bien : Beaubourg 1500 emplois – BHV 1700 emplois : à quelle distance de Saint-Merry ? Vincent Puig nous dit : les travailleurs de ce quartier manquent d’ancrage…

1.2 – Autre clé d’entrée : les modes de vie notamment des nouvelles générations

Tant le chercheur Vincent Puig que Laurent Bellin soulignent :

  • Des nouveaux modes de sociabilité car les politiques culturelles bougent : non pas viser des publics comme en marketing (tendance à Beaubourg), mais développer des pratiques participatives, collaboratives comme l’Ircam et des réseaux de création musicale par les réseaux sociaux – Il s’agit de faire ensemble, faire avec…, s’appuyer sur les réseaux sociaux – dans l’horizontalité,
  • Exemple des jeunes à St Merry en semaine : ils vivent un travail nomade, avec l’ordi qui passe de salle en salle… type coworking
  • Exemple du comité de quartier qui travaille sur la ville : autour d’une difficulté, on crée un atelier, on observe, on analyse, on s’implique…
  • Expériences ailleurs de lieux de rencontre à midi autour de « conférence TED », format d’un débat rapide où chacun participe.

On souligne aussi les attentes de cette société, même si la « post sécularisation », bien installée, se veut très éloignée de l’Eglise qu’elle rejette pour ses abus. Mais elle est aussi remplie de chercheurs de sens, de valeurs d’éthique, comme de recherches spirituelles, de tous types d’incroyants / croyants – voir les réseaux sociaux. Voir aussi l’étude de JF Barbier-Bouvet il y a quelques années.

II –L’église lieu de vie , l’église réseau de communautés ouvert sur la ville – quelles questions ?

André Vingt Trois disait : « Qu’avons-nous à proposer à ceux qui n’attendent rien de l’Eglise ? »

Face à ce monde nomade, agité, de personnes qui se croisent mais ne se rencontrent pas, les églises peuvent se situer comme lieux d’écoute, de rencontres, de recherche de sens, de silence aussi, et cela dans la gratuité de l’accueil. 

Ainsi, interrogeons-nous : en quoi chacune de nos propositions participe à une pastorale qui touche notre territoire ? nous avons à prendre conscience de ce que nous produisons/ proposons – et à en mesurer l’impact.

D’abord dans les thématiques actuelles : accueil / art / prière / accueil musical / migrants / musique contemporaine / conférences / évènements…, sans exclure la célébration du dimanche.

Puis dans les initiatives possibles :

  • lancer des actions nouvelles, modestes, et les évaluer
  • par exemple, développer une présence visible dans le quartier: l’expérience street art a beaucoup marqué ; le « Cube » peut être une occasion de dialogue
  • ce peut être aussi des flyers ou des affiches distribués dans les commerces, les hôtels, les bars et restaurants pour signaler tel évènement

On a parfois des retours qui montrent comment on est perçu dans la vie locale. Ainsi nous parviennent des messages du maire du 4è, Ariel Weil, du président du conseil de quartier, Alain Genel : « C’est bien ce que vous faites, que peut-on faire ensemble ? ». C’est un vrai appel qui nous est lancé.

L’impact, ce peut être simplement un temps de fraternité, que des gens vont vivre…

Conclusion : concrètement on fait quoi ? 

1– Il est absolument incontournable que des communautés chrétiennes soient présentes à ce territoire. Quelles questions de société s’y posent ? c’est notre point de départ. Ce souci est partagé par d’autres églises du centre de Paris, Saint-Eustache notamment, très concerné par la proximité du forum des Halles, et peut-être aussi par les autres communautés protestantes

2 – En fonction de cet état des lieux, comment réinterroger notre pastorale ? Comment devenir acteurs dans ce territoire ? Nous avons acquis une expérience, c’est notre atout. Mais nous avons des limites et de grandes fragilités, dont il faut prendre la mesure. Faut-il « se désapproprier » ? CPHB ou CP Saint-Merry, est-ce la même logique ? C’était l’invitation de Benoist de Sinéty à travailler en prenant du temps, faire avec d’autres.

3 – « Last but not least », question : qu’est-ce qu’une « communauté missionnaire » ? Ambigüité sur le sens de notre accueil : un accueil « gratuit » est-il un accueil « missionnaire » ?

Nous sommes plusieurs à avoir trouvé quelques éléments de réflexion dans l’article de Christoph Theobald « Vers une église hospitalière » Etudes oct 2019 . Il fonde l’évangélisation non pas sur le désir de « grossir la tribu », mais sur la présence à autrui, « l’art de la conversation de Jésus de Nazareth avec ses contemporains, en étant présent à eux de manière désintéressée. ».

Et si, chaque fois qu’on pense « pastorale », on disait « hospitalité » ? J’aime citer aussi Michel de Certeau : « Il y a sur la surface de la mer de nombreux éclats d’Evangile, mais personne pour les ramasser »…

Cette recherche collective a été très riche. Il reste à en construire la suite, ensemble.

                                                                                              Anne René-Bazin – 23/11/2019

 

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