« L’homme devint un être vivant »

Pourrait-on dire que les trois lectures de ce premier dimanche de Carême parlent de combat spirituel, un combat pour devenir un être vivant, en prise avec la réalité du bien et du mal, avec le péché, avec la tentation de nos désirs perpétuels, avec l’économie avilissante et le social si peu solidaire.

 

Dimanche 9 mars 2014
Année A
1erdimanche de Carême

Lectures
livre de la Genèse Gn 2, 7-9; 3, 1-7a
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu Mt 4, 1-11
Seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Romains Rm 5, 12-19P1010657

« …Le démon emmène Jésus sur une très haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde avec leur gloire.
Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer. »
Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu adoreras. »

 

Accueil
Bonjour, bienvenue à tous, amis fidèles ou amis de passage !
En ce premier dimanche de Carême, nous avons la joie d’accueillir en église Camille qui se prépare au baptême, et nous avons souhaité aussi célébrer par anticipation l’événement de Samedi prochain, l’homme debout, qui a pour thème « l’économie sociale et solidaire ».
Peut-être pourrait-on dire que les trois lectures parlent de combat spirituel, un combat pour devenir un être vivant, en prise avec la réalité du bien et du mal, avec le péché, avec la tentation de nos désirs perpétuels, avec l’économie avilissante et le social si peu solidaire. Satan rôde, il s’agit de nos démons personnels, notre désir de toute puissance individuelle et collective.
A la genèse, l’homme dans le jardin découvre ses limites et son orgueil. Mais Paul nous indique que la faute et le don gratuit de Dieu qui libère de la faute « n’ont pas la même mesure ». L’homme n’est pas définitivement condamné par la faute, alors que l’abondance du cadeau de Dieu peut nous rendre pleinement libres. Dans l’évangile, Jésus guerroie au désert contre les démons avec les seules ressources de son humanité, humblement. C’est au coeur de la réalité, du monde tel qu’il est, que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole » issue de Dieu.
Autrement dit Le combat spirituel se livre sur le terrain de nos choix intimes et sociétaux. Il est une promesse et il est heureux, parce qu’il nous donne confiance et peut nous rendre plus vivants.
L’économie solidaire n’est sans doute pas la panacée, mais elle a pour ambition l’utilité sociale, la qualité relationnelle, le tissage des liens, plutôt que l’indépendance et le profit individuel. Un choix relatif, mais aussi une espérance.
Alors entrons dans ce Carême et notre célébration, c’est le moment de nous ajuster un peu mieux dans nos choix à la parole qui libère. Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Jacques Debouverie

Entrée de Camille dans la communauté

Bonjour,
C’est un grand plaisir et une grande joie que d’accueillir Camille dans notre communauté du CPHB Saint Merri. C’est une première étape qui le conduira vers son baptême l’année prochaine. Le groupe catéchuménat fait route avec lui depuis le mois de septembre dernier. C’est pour nous des moments de partage enrichissants nous permettant d’approfondir notre foi.
Pour Elisabeth qui vous a été présenté en novembre dernier, elle a répondu à l’appel décisif hier à Notre Dame entourée de 375 catéchumènes du diocèse. C’est la dernière étape avant son baptême la nuit Pascale.

Bernard Reis

L’arrivée de Camille dans la communauté est une vraie chance pour notre diversité harmonieuse, c’est un peu comme une fleur dans un bouquet, une épice dans un plat ou une note sur une portée, on s’en rend à peine compte et pourtant…
Lors des rencontres que nous avons avec Camille, nous partageons l’Evangile chapitre après chapitre. Le regard neuf, sans a priori, mais percutant et incisif qu’il porte, rafraîchit et renouvelle notre lecture qu’ensemble nous rendons plus vivante.
Voilà pourquoi lors de la préparation de la célébration, nous avons proposé à Camille de lire l’Evangile tout à l’heure.
Camille, je veux te dire,  au nom de la communauté, merci pour la confiance que tu nous fais.

Marie-José Lecat-Deschamps

Camille se présente…
Bonjour à toutes et à tous,
 Je m’appelle Camille, j’ai 36 ans, et je suis originaire du Béarn. Je vis à Paris depuis maintenant 14 ans. Je suis musicien, compositeur, et j’enseigne également, une partie de mon temps, dans une école de musique.
 Mes parents, catholiques, ont laissé à chacun de leurs 5 enfants la liberté de choisir leur religion et aucun de nous n’a reçu de baptême, enfant.P1010655
 Depuis deux ans, le désir de spiritualité, le besoin de prier est devenu de plus en plus prégnant. Et bien que la démarche se soit initiée de manière spontanée et individuelle – «l’appel» – ,  il m’est apparu tout aussi clairement que c’est dans le partage avec les autres que cette démarche trouve son accomplissement.
 
J’ai alors commencé à pousser les portes des églises et à assister aux messes. Tantôt ici, tantôt là, parfois sous le charme de l’enseignement d’une belle homélie, parfois pas.
 Puis j’ai poussé la porte de Saint-Merry, et j’y ai découvert une communauté fraternelle dans laquelle j’ai tout de suite ressenti l’expression d’une parole libre, ouverte, et égale entre tous. Une liturgie moderne qui ne fait cependant pas fi de la tradition.
 J’ai été séduit par la communauté et chaleureusement accueilli, et c’est ici que j’ai choisi de me poser et d’entreprendre la démarche de mon baptême.
 Je remercie tout le groupe des accompagnateurs pour leurs paroles riches et diverses que nous échangeons chaque mois. Je remercie aussi mes accompagnateurs: Marie-Jo et Bernard avec qui nous partageons la lecture de l’évangile de Marc.
 Pendant ces six premiers mois que je viens de passer ici avec plaisir, lors des célébrations,  ou des réunions du groupe catéchuménat, j’ai été éclairé, guidé, parfois bousculé et interpellé par vos prises de paroles et vos commentaires qui peuvent encore résonner en moi.
C’est dans cette perspective et sous ce prisme que je souhaiterais poursuivre, avec vous, mon cheminement.
 
Camille

Commentaire du passage de la Genèse 
Dans notre monde, la tentation de croire à la fatalité est grande. Mais pour nous, Chrétiens, la fatalité n’existe pas.
Car Dieu nous a fait naître libres. Comme Il a laissé libres le premier homme et la première femme de choisir de lui désobéir, libres de céder à la tentation, libres de vouloir « être comme des Dieux ».
Comme Il a laissé le Christ entrer librement dans sa Passion.
Et comme le Christ nous a laissé, à son tour, libres de Le suivre.
La plus grande ruse de notre monde est de se présenter comme indépassable. De nous faire croire que nos efforts ne suffiront jamais à vaincre l’injustice, l’inégalité, l’individualisme et la cupidité.
Et que nous sommes enfermés à double tour dans nos structures économiques et sociales.
Mais nous, Chrétiens, savons qu’il nous appartient pleinement de ne pas croire à cette ruse ; de ne pas renoncer à envisager et à construire d’autres mondes.
La parole de Dieu est là pour nous guider dans cette tâche : elle nous rappelle que nous sommes libres, oui, mais aussi que nous ne sommes pas seuls.

Frédéric Garcias

Commentaire de l’évangile sur les tentations
Alors le diable le laissa !
Et pourtant il n’a pas attendu longtemps pour venir le tenter. Après le baptême, et 40 jours de jeûne et alors qu’il avait faim !
Mais Jésus le renvoie dans ses buts se référant au Deutéronome. Il montre ainsi dès le départ, qu’il écarte la tentation d’un messianisme de pouvoir et de domination.
Mais nous, le diable ne nous a pas laissés !
Comme le serpent le disait déjà dans la Genèse, vous serez comme des dieux !
Connaissant le bien et le mal. Dès lors, les trois tentations du récit de Mathieu n’ont cessé à travers l’histoire de s’adresser à nous. Elles visent toutes à nous faire croire que nous sommes tout puissants et que nous pouvons nous rendre maîtres du monde. Il s’agit de produire de la richesse et des biens de consommation, de défier les lois naturelles et d’exercer un pouvoir absolu ! Avoir, pouvoir et gloire !
L’homme ne vit pas seulement de pain. Il ne faudrait pas escamoter cette affirmation pour passer directement à la seconde car le combat contre la domination de l’argent et du pouvoir dévoyé qu’il entraine continue.
Que nous dit le Pape François : « L’Economie libérale nie la primauté de l’Homme, c’est une économie de l’exclusion, une économie qui tue ! Il va même plus loin en dénonçant que le travailleur exploité est réduit à l’état de « déchet » !
Et pourtant dès l’Antiquité, Aristote avait déjà décrypté les dangers d’une économie non maitrisée. Privilégiant l’économie qui reste solidaire de la nature et qui devrait selon lui suffire au bonheur de l’Homme et à « l’harmonie dans la cité », il admet toutefois la nécessité d’une économie marchande, mais il dénonce une forme ultime de la chrématistique qui consiste en une accumulation illimitée de richesses.
Cette forme exacerbée de l’Economie libérale a pris aujourd’hui toute son ampleur en entrant dans l’anonymat de la mondialisation. Alors que l’économie est avant tout échange et nécessairement interdépendance.
La crise a mis opportunément un coup d’arrêt à la fuite en avant d’une économie sauvage où « le riche devient à la fois le modèle à imiter et le rival à écarter », je cite ici notre amie Elena dont le dernier ouvrage a pour sous-titre : « la crise, une chance pour réinventer le lien ».
Oui il faut saisir cette chance pour remettre l’Economie au service de l’Homme.
Puisque nous avons la connaissance du bien et du mal, c’est dans notre liberté d’enfant de Dieu que nous devons réagir devant la crise. D’abord bien sûr sans relâcher nos solidarités à l’égard de tous ceux qui en sont victimes, mais en outre, en sachant initier, créer, à tout le moins accompagner activement les nouveaux chemins qui puissent permettre à l’Homme de vivre debout dans la dignité. Bien des réalisations existent déjà en ce sens, comme le CCFD ou plus modestement notre Commission Partage du CPHB.
Dans cette perspective, l’Economie Sociale et Solidaire qui se développe progressivement se présente comme une nouvelle chance pour une société qui remet l’Homme au centre de la création en adoptant de nouvelles formes de gouvernance.
Cette Economie Sociale et Solidaire présente une véritable alternative à notre économie essoufflée et il serait irresponsable de ne pas participer à son développement, ce qui sera l’essentiel du questionnement de notre rencontre au CPHB samedi prochain.
A cet égard, je voudrais m’adresser plus spécialement à certains d’entre nous qui pensent et disent parfois en totale bonne foi : « cela me dépasse, c’est de la politique », oui, c’est de la politique, mais nous sommes tous embarqués dans la politique, consciemment ou à notre insu. Dès lors, il est de notre responsabilité de décider de produire ou de consommer autrement.
Enfin, à travers cette crise, comment ne pas se réjouir de savoir que certains de nos enfants et petits-enfants qui ont pu suivre une formation souvent qualifiée d’élitiste ne sont pas tentés par les start-up mais s’investissent dans des projets et dans des parcours d’une Economie Solidaire… !
…Retire-toi Satan !
Alors, oui, « ce n’est pas seulement de pain que l’Homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu »

Jean-Marc Lavallart

Le texte de Paul d’aujourd’hui ( Romains 5,12-19) est difficile à comprendre dès une première lecture. Son langage est codé. Mais il est important pour deux raisons.
Ecrit vers l’an 50, il propose une réflexion moderne sur le « péché », comme si son auteur avait lu Marx et Freud, comme s’il avait étudié en philosophie le structuralisme …
Mais surtout, cette réflexion ouvre une nouvelle perspective qui libère l’homme, une pensée nouvelle qui trouve sa source dans une foi en la Résurrection.
En simplifiant, trois point à retenir.
A propos du péché, Paul met tout sur le dos d’Adam qui, sous sa plume, n’est pas seulement le personnage d’un mythe mais le représentant d’une histoire dont hérite l’individu sans en être responsable et qui le rend dépendant d’un jeu de structures qui le détermine,  plus, qui le surdétermine.  Aujourd’hui, en s’appuyant sur l’apport des sciences humaines, on peut interroger dans ce sens le poids de la culture et du langage, celui de l’inconscient.
Paul oppose Jésus à Adam, Jésus l’anti-Adam, l’antithèse, le nouvel Adam. Pour lui, Jésus Fils de Dieu prouve dans son histoire, par son attitude et ses paroles, que l’homme peut ouvrir une nouvelle histoire qui n’est pas qu’une simple répétition du passé, qu’il peut faire l’exercice d’une liberté face aux défis des structures historiques culturelles et psychologiques qui le déterminent, qu’il peut connaître Dieu et vivre de son amour. Dans son dernier livre « Jésus » (Seuil), le théologien Hans Küng illustre bien cette liberté de Jésus qui se nourrit de l’amour de son Père.
Pour Paul, le salut de l’homme est possible. Il passe par l’exercice de sa liberté comme acte d’amour et de foi en la résurrection. L’essentiel n’est pas le « savoir » sur Dieu mais « l’agir » de la foi.
Au final, pour Paul, Jésus ouvre un chemin nouveau à l’homme qui le libère de la faute et le rend responsable de son destin.
Dans un registre économique, cette liberté a un prix, celui de la gratuité, celui du don de Dieu.
Dans un registre poétique, cette liberté a une esthétique qui réhabilite l’homme vis-à-vis de lui-même, lui rendant son élégance, sa noblesse, sa seigneurie, lui permettant de vivre la modernité. La vraie modernité aujourd’hui, paradoxalement, n’est-ce pas d’être chrétien ?

Daniel Duigou

Prière universelle
1/.Nous avons fauté collectivement en laissant le serpent de l’argent dominer le monde, détruire des emplois, miner les conditions de travail de trop nombreuses personnes, menacer la dignité de l’homme,
Seigneur, aide tous ceux qui essaient de bâtir un autre monde économique et social, plus humain et digne, ici et dans le monde, pour que l’homme debout relève la tête,
2/.Nous avons laissé le poison de l’individualisme gagner la sphère publique, délitant l’action collective, faisant croire qu’on s’en sort mieux tout seul que dans une démarche commune,
Seigneur, aide nous à redonner du sens à l’action publique, dans la solidarité et la fraternité, en ce premier dimanche de Carême,P1010653
3/.Nous avons laissé s’installer l’idée qu’il n’y avait pas d’alternative, que les peuples devaient payer par des politiques d’austérité les conséquences de la folie financière dont ils ne portent aucune responsabilité.
Seigneur, aide nous à faire émerger des alternatives économiques véritables, qui réduisent les inégalités et redonnent l’espoir à ceux qui ont tout perdu,
4/.Alors que nous accueillons Camille et Elisabeth, Seigneur, aide nous à bâtir, dans l’Eglise, une communauté plus ouverte et plus forte, à l’écoute de tous ceux qui se battent pour redonner aux hommes le courage et la capacité de se lever pour faire émerger un monde plus équitable.

Michel Lemaire

 

Envoi
Merci Seigneur de la présence de Camille parmi nous. Merci Seigneur des témoignages entendus et de ta parole.
Loin de toute magie, au coeur de nos faiblesses, de nos divisions, de nos impasses et de nos épreuves, tu nous demandes de prendre la mesure de toutes nos dépendances. Et tu nous donnes envie de vivre pleinement notre humanité, nos choix quotidiens et nos engagements. Tu nous invites à nous donner. Parce que ta parole donne confiance et nous appelle, parce qu’elle nous dit l’abondance du don gratuit de Dieu si nous savons l’accueillir.
Pour guérir l’homme de l’orgueil, il n’existe qu’une thérapie, disait Augustin, « l’humilité de Dieu ». Aide nous dans ce temps de carême à mieux ajuster notre coeur et nos choix à cette humilité.

Jacques Debouverie

 

 

 

 

 

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