L’hypersurveillance

Toile araignéeLa NSA surveille mon téléphone, ton E-mail, nos réseaux, votre consommation, leurs résidences. Leurs algorithmes en déduisent ce que je pense, ce que tu aimes, ce que nous craignions. Cet espionnage dure depuis des décennies et s’améliore avec les nouvelles techniques : ils nous écoutent mieux, plus vite, et nous leur fournissons plus d’informations, même des photos et des vidéos. Souriez vous êtes filmés ! Le changement de société qui s’opère est insidieux, en dévoilant notre mode de vie nous le rendons manipulable.

Il y a un effet secondaire important : se savoir « hypersurveillé » conduit à « s’autosurveiller », pour ne pas donner prise à la critique, pour ne pas s’écarter des critères dominants, pour ne pas se laisser marginaliser. Un mal déjà prédit au seizième siècle par La Boétie nous guette : la servitude volontaire. C’est plus simple et plus confortable de se soumettre, et de jouir de son esclavage. Les jeunes générations semblent davantage exposées que la mienne, qui a grandi sans téléphone portable ni ordinateur, mais c’est oublier que, hypersurveillé, je l’ai été toute mon enfance, et beaucoup mieux que par la NSA, par Dieu !

L’hypersurveillance est une prérogative divine, c’est ce que disait le curé : « Dieu voit et sait tout ce que tu fais, tu ne peux rien lui cacher ». Dieu se tenait toujours derrière moi, sans doute derrière un arbre ou une porte, parce qu’on ne le voyait jamais, et il notait le moindre de mes faits et gestes, surtout les plus mauvais. Avant d’être croyant le petit chrétien se devait d’être coupable. Il devait inventer de longues listes de péchés pour être crédible devant un curé pointilleux. Même si nous y avons échappé, nous savons combien de chrétiens gavés de culpabilité en sont marqués à vie. Dieu surmoi, ou plutôt Dieu « surautre », car le surmoi au moins c’est encore moi.

Dieu n’est ni surautre ni surmoi, il est notre frère. « Je ne suis pas venu juger le monde mais le délivrer, Jn12/47 ». Il nous donne le pardon qui rend l’innocence et efface toute culpabilité chronique, il nous rend libres, fondamentalement libres. Pour éviter les pièges de la société hypersurveillée, nous avons le meilleur des antidotes : notre liberté. Croire en la vie rend libre, croire en Jésus Christ, encore plus. La foi rend libre. On nous enviera, on nous le reprochera. Êtres libres dans une société d’esclaves volontaires fait de nous des rebelles. On en a crucifié pour moins que ça. Mais si on nous épie pour nous voler notre secret on trouvera la parole qui rend libre.

Jacques Mérienne