Au Rijksmuseum d'Amsterdam, devant La laitière de J. Vermeer

L’INVENTION DU QUOTIDIEN

Le confinement pousse à un réaménagement du temps, mais aussi à la découverte d’un nouvel « art du quotidien ». Sur les traces de Michel de Certeau. La chronique de Jean-François Petit

Voilà une semaine que nous vivons une situation de confinement. C’est assurément un nouvel « art du quotidien » qui s’est mis en place. Dans les années 1970, le jésuite Michel de Certeau et une équipe au ministère de la Culture avaient été chargés de toute une étude sur des pratiques jugées très ordinaires (et à ce titre n’ayant pas fait l’objet de recherches sérieuses…) : habiter, cuisiner, bricoler, faire ses courses… Plus que jamais, ces « arts de faire » sont aujourd’hui réinterrogés. Certes, l’urgence est bien du côté des soins aux plus touchés par la crise du coronavirus. Le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint. La prudence est toujours de mise.  

On s’en voudrait presque de faire une chronique aussi légère en ce dimanche. Mais après tout, le dimanche n’était-il pas aussi à réinventer ? Temps du repos, du sabbat, des nourritures spirituelles ? Ou temps de la frénésie consumériste et de l’épuisement dans le travail ?

Le confinement pousse à un réaménagement du temps. L’uchronie mondiale laisse la place à des microtemporalités, vécues dans les lieux restreints. Et l’espace est lui aussi reconfiguré, car il faut bien une zone où l’on joue (quand on est enfant… ou pas !), où l’on bosse (ah, quelle aventure, ce télétravail !), où l’on est « chez soi », dans l’intimité. Ainsi le partage entre le privé et le public prend de nouveaux contours. Là où il fallait encore naguère opérer une « publicisation du privé », jugé trop « bourgeois », il faut désormais favoriser une « privatisation du public », pour ne pas laisser notre vie personnelle être envahie par les réseaux sociaux. Au sein de chaque « maisonnée » — même quand on est seul — toutes les règles sont à revoir. Plus qu’un défi, n’est-ce pas aussi une chance pour tout remettre à plat ? 

On le voit par ailleurs, les polémiques enflent. Sur l’absence de dépistages massifs, sur les modalités de résorption du coronavirus, sur les effets de la chloroquine, sur le manque de masques, sur la comparaison des politiques de santé publique, etc.  

Des choix ont été opérés. Il faut pour l’instant les assumer le moins mal possible, c’est-à-dire « consentir » au quotidien. Mais n’était-ce pas nécessaire de reprendre un « art de faire » qui soit aussi un « art de vivre », plus proche et plus humain ? 

Jean-François Petit

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