Dans les champs des rizières, © Jacqueline Casaubon

L’ivraie et la graine de blé

À la naissance, elles sont semblables,
fraiches, souples et vertes,
mais bien vite on reconnaît l’ivraie à son parfum enivrant.

On la suit à la trace. Elle se faufile
le long des sillons bien ordonnés du blé,
il est difficile de la cueillir cette coquine qui envahit tout.

Les deux vont grandir, se nouer, s’entremêler.
Mais se connaissent- elles vraiment ?
L’une  droite, bien rangée, regarde vers le ciel,
l’autre, sinueuse, se déploie librement.

Qui n’a pas goûté à l’ivraie
n’en connaît pas ses aventures,
Ses exploits, ses misères et ses errances…

Les épis de blé en sont  troublés.
Faut-il fuir une telle débauche,
aller «sauver» l’ivraie,
La rencontrer, vivre avec ?

Car la vie continue, l’ivraie est là.
C’est ainsi. Le jour, la nuit,
Toute notre vie.

Je l’ai aimée, j’en ai raffolé, en courant dans les sillons,
elle m’a un temps ensorcelée.
Son charme peut nous faire perdre la tête
quand nous devenons ce qu’elle désire.

Est venu, alors, le temps du désarroi, des cris et des pleurs.
Dans mes appels au secours,
il y avait sans doute déjà, à mon insu,
la recherche de la moindre lumière au fond de mon tableau,
le besoin d’un appui qui serait mon roc.

Plus mon cœur se vidait, se creusait, plus je me
sentais toute petite dans un état d’abandon
que rien ne pouvait  combler.

Un jour, en marchant à tâtons sur mon chemin rabougri,
j’ai vu une petite graine de rien du tout,
je l’ai ramassée et posée  dans le creux de ma main.
Une graine de blé, pain en devenir.

C’était cela mon trésor et mon appui.
Dans l’obscur chemin,
Il m’avait fallu goûter à l’ivraie,
pour qu’un jour s’offre à moi
cette graine précieuse et fragile, source de vie

Oui, Père de tous les humains,
laisse vraiment pousser l’ivraie.
Nous ne savons pas où les trésors se cachent,
Mais toi, tu en as les secrets.

Lors de ta grande moisson,
Que d’heureuses surprises quand apparaîtront
toutes  tes créatures, croyantes et non croyantes,
qui auront fait grandir l’humanité.

Avec ton Fils
ce sera la plus belle
et la plus vraie des moissons.

Jacqueline Casaubon
juin 2015

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