Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu

Coupole du baptistère de Florence
©fc

 Comme tout le peuple se faisait baptiser
et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait,
le ciel s’ouvrit.

Dimanche 13 janvier 2019

PREMIÈRE LECTURE  (Is 40, 1-5.9-11)
« La gloire du Seigneur se révélera,
et tout être de chair verra »
PSAUME  (Ps 103 (104), 1c-3a, 3bc-4, 24-25, 27-30)
Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
DEUXIÈME LECTURE  (Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7)
« Par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître
et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint »
ÉVANGILE  (Lc 3, 15-16.21-22)
« Comme Jésus priait,
après avoir été baptisé, le ciel s’ouvrit »

Mot d’accueil

Bonjour à tous, aux réguliers de la communauté, aux intermittents et aux personnes de passage. Bonjour et bienvenue. Ce matin, au nom du Centre pastoral, c’est le groupe Chant qui vous accueille et qui, avec quelques autres ( Pierre, Serge, Alain et José et bien sûr notre organiste), animera la célébration.
Trois mots pour nous définir. Le service d’abord puisque, depuis les années 1980, nous sommes présents dimanche après dimanche avec vous et pour vous. La créativité ensuite puisque une partie de notre répertoire (paroles et musique)  a été écrite par des membres de notre groupe pour traduire au plus près la sensibilité spirituelle et musicale de la communauté. La diffusion ensuite. Des CD bien sûr (4 au compteur) mais surtout des rencontres avec d’autres communautés de province d’abord, de banlieue ensuite pour partager les expériences.
Et ce matin, en cette fête du baptême de Jésus, quelques mots forts des textes nous font un signe. Le vent, le souffle, la voix comme porteurs de chant. La voix surtout. Celle de Dieu qui dit sa joie alors que le ciel s’ouvre. Mais il s’ouvre pour qui, pourquoi ?  A qui, à quoi ? Il s’ouvre après que Jésus ait reçu le baptême de l’eau, après qu’il ait prié. Alors, ce matin, nous aussi avant de prier en chantant et de chanter en priant, avant de comprendre comment notre ciel s’ouvre, nous allons réitérer le geste de notre baptême en processionnant vers les coupes d’eau bénite placées devant l’autel pour nous signer au nom du Père, du Fils et du saint Esprit.

Alain Cabantous

Commentaire de la lecture d’Isaïe

Voilà un texte rempli de joie et d’espérance. Le temps de l’exil à Babylone se termine, et après les ténèbres, le ciel s’ouvre sur un horizon nouveau. Et pourtant, lors de la préparation, nous n’avons pas réussi à nous entendre sur la manière d’interpréter ce texte et en particulier, les mots « préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route… que tout ravin soit comblé ».
Pour certains d’entre nous, le plus important, c’est le don infini de Dieu, sa miséricorde, la bonne nouvelle, la consolation. Dès lors, les mots « que tout ravin soit comblé, que toute montagne soit abaissée » doivent être compris comme une manifestation de la puissance infinie de Dieu, qui va jusqu’à abaisser les montagnes et à combler les ravins.
Pour d’autres, ces phrases représentent plutôt les efforts préalables à faire pour obtenir la miséricorde de Dieu : nous devons préparer la route au Seigneur, aplanir la route, abaisser les collines, des efforts exigeants, car ce n’est évidemment pas à la portée de tout le monde d’aplanir les montagnes.
En réalité, les deux interprétations se rejoignent. Oui, la miséricorde de Dieu est infinie, mais nous ne pouvons pas la voir ou en faire l’expérience si nous ne changeons pas notre cœur, si nous ne faisons pas une place à Dieu dans notre vie. Alors, comme le dira l’Évangile, soyons un peuple en attente, convertissons-nous, souvenons-nous de notre baptême, ouvrons notre cœur, et nous verrons la puissance et le pardon de Dieu.

Vincent Moreau

HOMELIE sur le Baptême de Jésus                         

         Il est seul dans la foule, il est là incognito. Le voici au bord du Jourdain. Et c’est l’heure du bain. Il se glisse dans la foule, il se glisse dans sa tradition, il se laisse faire. Il descend dans l’eau comme il descend au plus profond de lui même pour entendre le très haut lui souffler très bas « je t’aime ». Que s’est-il passé ? Mystère, il prie. « Le ciel s’ouvrit » , nous livre l’évangile. Il a saisi le sens de sa vie. Quelque chose a explosé ou plutôt implosé en lui, le ciel s’est ouvert, ses yeux se sont ouverts, l’évidence a jailli en lui comme une sainte évidence !  L’évidence lui claque à la tête encore trempée des larmes de son baptême. Il comprend, il saisit, il sait ce qu’il a à faire, il sait ce qu’il a à dire, à vivre.  C’est la révélation de son être intime, c’est l’heure de sa mission enfin révélée. C’est l’expérience mystique douce, tendre et bouleversante.

         Mes amis de st Merry, nous arrive-t-il nous aussi de voir dans nos vies le ciel s’ouvrir sur une évidence qui tout à coup a donné sens à notre vie ? L’évidence ! Un homme, un soir, vint me voir à la fin d’un café Théo que j’animais pour me dire les yeux dans les yeux inondés de lumière « Je ne savais pas que l’évangile, c’était si révolutionnaire ! » Ce jour-là, le ciel s’ouvrit ! Mes amis, vous avez sans doute comme moi, osé la lecture de vos vies, pour voir et revoir le jour, le soir … où le ciel s’ouvrit, où vous réalisez l’évidence de l’évidence qui a donné sens à votre vie.
Marcel Légaut, mon maître spirituel écrit :  « La vie spirituelle est cet appel intime auquel je ne peux pas ne pas répondre sans me trahir. » Jésus va jusqu’au bout de l’appel, il l’entend, il est encore trempé dans l’eau de sa tradition et il sort de sa tradition pour entrer en création, il passe du baptême de l’eau au baptême du feu ! On change de dimension, c’est la révolution. On passe de l’heure du mystère, la prière à l’heure révolutionnaire où tout va basculer.  C’est le baptême du feu. Il le porte en lui. Jean le baptiste qui n’en rate pas une, clamait quelques heures plus tôt : « Moi, je vous baptise avec de l’eau mais il vient, celui qui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »
Nous sommes appelés à nous baigner dans nos traditions pour nous en nourrir, pour nous construire mais pour en sortir. Jésus sort de l’eau avec le feu, il va au temple, là ce qui devait arriver arriva, il entre dans le temple, il renverse les tables du fric, du mensonge et du pouvoir. Je suis venu apporter le feu sur la terre dit le Christ, Oh comme je voudrais qu’il prenne. Heureux ceux qui ont faim et soif de justice ! Et comme en écho le psaume répond : «Amour et justice s’embrassent ». L’amour sans la justice c’est suspect. Les disciples d’Emmaüs ne s’y sont pas trompés, ils étaient perdus, paumés, en errance, en carence d’être, et après le passage de Jésus, ils se disent en chemin : « notre cœur n’était il pas brûlant . . . quand il nous interprétait l’écriture ? »  il nous faut donc de toute urgence poser les lourds bagages de notre errance pour laisser Dieu entrer dans notre secret. Nous avons tous un secret déclare Bernard Feillet, prêtre franc-tireur et fondateur de la chapelle st Bernard de la gare Montparnasse. Dans notre secret le plus caché, là est Dieu. Je ne peux en dire plus pour ne pas être impudique. Puissions nous, mes amis, ouvrir le ciel de notre secret et en être habités, aimés, comblés.
Passons du Jourdain … aux jardins … de ce monde et ainsi, baptisés, trempés jusqu’aux os, osons nous mouiller jusqu’à l’os dans ce monde pour y mettre le feu d’amour et de justice. Et dans ce monde où règnent les princes de la finance, dans ce monde où si peu de gens ont TOUT alors que tant d’autres n’ont rien, nous, disciples de Jésus, nous disons NON à l’intolérable et nous déchirons le ciel pour que pleuve la justice.
Oui, il est passé du baptême de l’eau au baptême du feu. Il ne cesse de le porter, le fils de l’homme, il ne cesse de le susciter et de le ressusciter : Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers. Il change l’eau en vin et pas de la piquette mais du très bon vin en fête pour tous. Il multiplie les pains et tous ont à manger. Et il en reste pour d’autres, c’est révolutionnaire. Il se réjouit du riche qui donne la moitié ou le quart de ses richesses, peu importe, c’est un bon début, c’est déjà révolutionnaire. Il nous invite à ne pas gagner, toujours gagner, n’ayez pas peur de perdre, perdez cette vie, notre joie est ailleurs, bonjour la société compétitive dont on nous rabat les oreilles. Il lave les pieds des disciples, il renverse la hiérarchie, il nous invite à servir et non pas à dominer ou exploiter les hommes et les femmes de ce monde, c’est une toute autre société qui est annoncée. Le voilà le baptême de feu qui ouvre le ciel en soleil de justice, pour reprendre Isaïe.
Nous allons sous peu passer à l’eucharistie, là encore, pardonnez-moi, c’est un acte révolutionnaire. Vous vous rendez compte, nous partageons le pain à la même table et buvons à la même coupe. Mais dans cette société, on passe pour des fous. Vous vous rendez compte du signe, du signal donné à notre société, à notre humanité ? A ce monde de la compétition, nous répondons par la communion. C’est sublime. Aux richesses de ce monde, nous répondons par le dérisoire de l’hostie en miettes où s’ouvre le ciel d’un autre monde dont nous sommes les annonceurs.
Les premiers chrétiens ne s’y sont pas trompés, ils disaient « Nous n’avons pas de patrie, notre patrie, c’est le ciel ! » et le ciel s’ouvre quand la terre est un toit et une table pour tous. Et nous chrétiens, disciples de ce feu, citoyens du ciel, apatrides, immigrés, nous sommes dans le monde mais nous ne sommes pas de ce monde, nous avons faim et soif de justice, et c’est pourquoi nous allons partager sous peu le pain et boire à la même coupe à la table du Christ. Soyons, amis de la terre, amis de st Merry, soyons mystiques et révolutionnaires. Lutte et contemplation disait frère Roger de Taizé. Soyons priants et militants, aimant et subversifs. Intériorité et partage. Les écritures de ce jour nous chuchotent au creux de l’oreille :
Ouvre ton ciel sur l’intime du Jourdain … et sur les jardins de la rencontre va semer le feu de ton baptême.

Pierre Castaner

Mot d’envoi

Comme nous venons de le chanter avec force, c’est l’Esprit qui ouvre chacun de nos cieux lors de nos rencontres inattendues et créatrices. C’est l’Esprit aussi qui ouvre les portes de notre église celles de Saint Merry comme celles de l’Église universelle. Alors que cette sortie des temples où nous avons été nourris soit une entrée dans le monde auquel nous appartenons et à qui nous devons rendre témoignage de notre espérance baptismale.

Alain Cabantous
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