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Lundi 2 novembre, un débat dans les écoles…

La liberté d’expression et l’éducation au discernement soulève la question du choix de l’heure de pastorale dans les écoles catholiques. Une réflexion et un débat menés par Agnès Charlemagne, à partir de son expérience de rencontre avec les jeunes générations qu’elle perçoit comme des êtres responsables, avides d’échanges et porteurs de spiritualité.

Lundi matin 2 novembre, les élèves et les professeurs de la France entière se seront – peut-être – encouragés les uns et les autres à trouver les mots pour comprendre ensemble ce qui est arrivé à un professeur décapité pour avoir exercé son travail, à savoir développer chez ses élèves un esprit critique. La liberté d’expression est menacée ; celle des adultes, mais celle des jeunes aussi. Le ministre de l’Education nationale demande qu’il y ait débat. Dans quelles conditions celui-ci aura-t-il eu lieu ? 
Dans un article de La Croix du 19 octobre 2020, le dominicain Adrien Candiard explique combien le débat à propos des religions, dès lors qu’il est réservé à la seule sphère privée, n’est plus soumis à la critique ; il devient alors identitaire, et indiscutable. Par manque de formation, nous sommes privés des arguments rationnels qui permettraient de nous écouter les uns les autres. 

Les conséquences d’un choix ?

Dans les établissements scolaires en France, l’enseignement catholique bénéficie d’un luxe qui lui est spécifique : l’heure hebdomadaire réservée à la pastorale. Or un « choix » est proposé aux élèves à partir de la classe de sixième, de s’inscrire soit en catéchèse pour les catholiques, soit en culture religieuse pour les non-croyants ou les croyants d’une autre religion. Avons-nous réfléchi aux conséquences de ce « choix » ? Ils sont ainsi séparés : « Nous, on est contre Dieu… », me disent très souvent à la fin d’un atelier[1] en commun, trois amis se disant catholique, musulman et juif, ou non-croyant, « parce qu’on veut rester amis, et on nous en empêche ! Mais on a adoré cet atelier : d’être restés ensemble, on a découvert plein de choses sur les autres. Nous, on n’ose pas parler de “ça” entre nous. » Partager ses convictions intimes s’apprend, s’apprivoise. L’Église se rend-elle compte qu’elle divise ainsi celles et ceux que le hasard – le Souffle – avait unis ?

« Objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles »

Peut-on espérer qu’à l’occasion, difficile, délicate, des retrouvailles entre professeurs et élèves après le drame de la décapitation de Samuel Paty, les établissements d’enseignement catholique prennent appui sur un texte signé par le pape François et le Grand Imam d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyib, à Abou Dhabi, le 4 février 2019 ? Celui-ci s’intitule : « DOCUMENT SUR LA FRATERNITÉ HUMAINE POUR LA PAIX MONDIALE ET LA COEXISTENCE COMMUNE », dont voici des extraits : 

« Nous le demandons par notre foi commune en Dieu, qui n’a pas créé les hommes pour être tués ou pour s’affronter entre eux… En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens. »
Car… « le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. »
 « Al-Azhar et l’Église Catholique demandent que ce Document devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles, dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation, afin de contribuer à créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout le droit des opprimés et des derniers. 

« Ça fait tellement de bien de parler ! »

J’ai moi-même rendez-vous en novembre à Marseille avec une vingtaine d’adolescents musulmans et leurs professeurs, qui se retrouvent les samedis et dimanches dans une école du centre-ville pour apprendre à parler la langue arabe et à psalmodier le Coran. Suite aux attentats de 2015, j’avais souhaité animer des ateliers avec des musulmans et le directeur de cette école musulmane m’avait accueillie aussitôt ; les jeunes également : « Ça fait tellement de bien de pouvoir nous dire tout ça entre nous, et en plus avec une non-musulmane ! », avait écrit l’un d’eux. Nous nous sommes vus tous les mois pendant plus d’un an. Mi-octobre, le directeur me téléphone à nouveau : « À la demande d’une des élèves, Inès, qui a dit ce matin : “Ça fait longtemps qu’on n’a pas reparlé entre nous de tout ce qui se passe. On devrait rappeler Madame C. !” » C’était trois jours avant l’assassinat de Conflans. Avec ces jeunes, nous allons prendre le temps d’étudier ce texte, « dans le but d’atteindre une paix universelle ».

Agnès Charlemagne
Marseille, 22 octobre 2020

[1]Agnès Charlemagne, T’es où, des ados parlent de Dieu,Salvator.

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