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Ma royauté n’est pas d’ici

Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci :
rendre témoignage à la vérité.
Quiconque appartient à la vérité
écoute ma voix

Vendredi Saint, le 14 avril 2017

PREMIÈRE LECTURE

« C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé » (Is 52, 13 – 53, 12)

PSAUME

(30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25)

DEUXIÈME LECTURE

Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent
la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)

ÉVANGILE

Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)

Ma royauté n’est pas d’ici


Répond Jésus à Pilate
Ma royauté n’est pas d’ici

Dimanche, nous avons acclamé avec nos rameaux l’entrée de Jésus à Jérusalem
Nous attendions sa royauté comme celles que nous connaissons
Avec pouvoir et force
Capable de dominer et de s’imposer
Nous avions mis toute notre confiance
Dans sa capacité à instaurer un monde différent.

Ce soir ce projet de royauté s’écroule

Ma royauté n’est pas d’ici
Jésus nous parle d’une autre royauté
Une royauté qui vient d’ailleurs et qui nous porte ailleurs
Une royauté où le trône devient une croix
La couronne de diamants, une couronne d’épines
Et le sceptre, des clous dans les mains

Ma royauté n’est pas d’ici
Mais c’est où ta royauté ?

Ce soir, le seul et unique symbole de la royauté de Jésus
C’est la croix

Ce soir, nous sommes invités à vivre un renversement radical
Celui de Dieu mort sur une croix
Il est tellement à l’encontre de ce que nous croyons et de ce que nous espérons,
Que nous voulons très vite passer à la résurrection.
Mais ce soir, nous sommes invités à nous arrêter devant cette croix
Scandaleuse, incompréhensible, insupportable
Car c’est elle le symbole de sa royauté.
Ce soir, nous sommes invités à rentrer dans les entrailles de la mort
Dans ces lieux d’obscurité totale, de non-sens absolu, de perte irréparable.

Ma royauté n’est pas d’ici
Laissons-nous ce soir porter ailleurs
Ailleurs de ce qui est convenu et espéré.
Ce soir, laissons-nous transpercer par le non-sens de la croix.

Elena Lasida

Ma royauté n’est pas d’ici
Ta royauté c’est la croix
Certes, une croix qui conduit à la vie
Mais avant d’arriver à la vie
Il faut traverser la mort.

Tu nous invites ce soir à rentrer dans les entrailles de la mort
Là où l’on ne voit aucune lumière
Parce que c’est seulement là
Dans la nuit profonde, dans l’obscurité totale, dans le vide absolu
Que le radicalement nouveau peut naître
Quand on cherche trop vite à mettre du sens dans le non sens
On plaque du déjà connu et on empêche le nouveau de naître.

Acceptons donc ce soir de rentrer dans les entrailles de la mort
Dans les entrailles de NOS morts,
De tout ce auquel on tenait, et qui est disparu
De tout ce qui nous tenait, et qui est perdu.
Mais également dans les entrailles de la mort subie
Par ceux qui nous sont proches ou lointains
Et qui sentent aujourd’hui leur vie et leurs rêves partir en éclat.

Rentrons dans les entrailles de la mort
Dans l’échec, quand on attendait la réussite
Dans la rupture, quand on attendait à marcher ensemble
Dans la séparation, quand on attendait la proximité
Dans le mépris, quand on attendait de la reconnaissance
Dans la trahison, quand on attendait de la complicité
Dans l’impuissance, quand on se croyait très fort
Dans l’humiliation, quand on se croyait respecté et vénéré
Dans l’écroulement, quand on était presqu’arrivé sur la cime
Dans la chute, quand tout roulait à merveille

Rentrons dans les entrailles de la mort
Celle de l’illusion perdue, de la confiance trompée, de l’espoir brisé
Rentrons dans les entrailles de la mort
Dans le royaume du non-sens
Rentrons dans les entrailles de la mort
La nôtre, et celle de chaque homme et chaque femme
Dont sa vie est aujourd’hui bafouée, dénigrée, outragée.

Nous vous invitons à marcher vers la croix placée au transept
Elle n’est pas debout, mais elle est couchée par terre
Car nous allons ce soir vers le très bas.
Nous vous invitons à penser pendant cette marche silencieuse
Aux morts que chacun de nous porte
Nos désillusions, nos blessures et nos brisures.

Nous prendrons avant de commencer la marche
Une poignée de miettes des rameaux du dimanche
Restes d’une royauté perdue, d’un rêve écroulé, d’un pouvoir écrasé
Nous les mettrons autour de la croix
Et nous pourrons ensuite, en micro libre, partager
nos chutes, nos ténèbres, nos pertes
et celles de toute la création
La clameur de la terre et la clameur des pauvres
Dirait le pape François.
Nous mettrons tout simplement en commun
Tous ces lieux, proches et lointains
Où le non-sens l’emporte.

Nous finirons notre prière par le Notre Père.
A la fin, vous pouvez communier avec le pain consacré hier.
Mais si vous le souhaitez, vous pouvez également ce soir
Vous abstenir de communion
Ce serait une manière de signifier le non-sens de la croix
Et de faire une expérience de manque,
Manque de quelque chose qui est pour nous essentiel
Manque qui nous prépare à mieux accueillir demain le radicalement nouveau.
Chacun est libre de choisir le geste qu’il pense pouvoir mieux l’aider
A traverser les entrailles de la mort.
En tout cas ce soir, ce sont nos corps blessés et nos âmes brisés
qui sont en communion autour de la croix.

Nous partirons ensuite en silence,
Avec nos blessures et celles du monde à fleur de peau
Pour permettre que ce qui germe à l’intérieur
Dans l’obscurité des entrailles
Et que personne ne connaît encore
Puisse émerger….

Elena Lasida
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