MARÉCHAL NOUS VOILÀ…

« C’est peut-être ce qu’ont pensé au fond de leur sacristie quelques épiscopes, non en écho au chant qui faisait fureur sous l’Occupation allemande mais en référence à la nièce de la candidate du Front National arrivée deuxième le 23 avril dernier ». La chronique d’Alain Cabantous
...C'est peut-être ce qu’ont pensé au fond de leur sacristie quelques épiscopes, non en écho au chant qui faisait fureur sous l’Occupation allemande mais en référence à la nièce de la candidate du Front National arrivée deuxième le 23 avril dernier. Car certains évêques, de Toulon à Bayonne en passant par Avignon et quelques autres villes …, ayant eu dans un passé récent quelques complaisances avec les dames du Front, avaient déjà fait sauter les digues dressées jusque-là par l’épiscopat contre le parti de Jean-Marie Le Pen. Ils ont dû être encore ragaillardis par le refus de la Conférence des évêques de France de prendre une position claire pour condamner, comme en 2002, le parti d’extrême-droite qui, même ripoliné façon marine, n’a pas changé sur le fond ; le débat du 3 mai en étant l’illustration éclatante.

Il ne s’agit pas de demander aux évêques de donner des consignes de vote, contrairement à ce que feint de croire François Kalist, ordinaire de Clermont. Au passage il aurait pu citer le parfait contre-exemple de Xavier Malle, évêque nommé de Gap, qui avoua benoîtement début avril dernier prier et faire prier pour François….Fillon avec le succès que l’on sait. Ce que l’on attendait de nos excellences c’est une condamnation ferme et sans ambiguïté d’un parti qui joue en permanence sur les peurs et les angoisses parfois légitimes, qui stigmatise l’autre et accentue les divisions pour tenter de mieux régner. Nous espérions au moins qu’ils disent clairement que les discours, les obsessions et les choix du Front National sont totalement incompatibles avec le christianisme. À la place de quoi, ils nous ont asséné de pieux conseils. « Relisez l’instruction de Ratzinger » affirmèrent Rey (Toulon) et Aillet (Bayonne) toujours aussi facétieux. « Votez l’Évangile à la main » recommanda Dominique Lebrun (Rouen) – mais à quelle page s’interrogea, ironique, un journaliste de La Vie ?  En refusant cette parole minimale, ils ont renvoyé dos à dos les deux candidats comme si Le Pen et Macron étaient interchangeables

Cette non prise de position évoque évidemment des périodes antérieures, celles d’un catholicisme à-droite-toute, même si la France de 2017 n’est pas encore celle de 1940-1944. En ces temps de maréchalisme triomphant, les évêques de l’Église catholique avaient déjà analysé la défaite militaire comme une punition divine après la grosse frayeur du Front Populaire. Souvent anciens combattants de la Grande Guerre, parfois compagnons de feu l’Action française condamnée par Rome en 1926, ils avaient pour Pétain des préférences affichées. Chacun connaît la fameuse sortie du cardinal Gerlier qui, en recevant le chef de l’État à Lyon en novembre 1940, s’écria « Avez-vous remarqué, monsieur le Maréchal que les appels vibrants de la foule se sont fondus bientôt en deux seuls cris : Vive Pétain ! Vive la France ! Deux cris ? Mais non, ils ne font plus qu’un. Car Pétain, c’est la France et aujourd’hui la France, c’est Pétain. » Cette hiérarchie aux ordres où « la foi religieuse [lui] fait le devoir d’obéissance » (Mgr Dubour à Besançon en 1941) ne se démentira pas d’ici longtemps jusqu’à condamner « l’esprit critique » de certains prêtres et à refuser d’envoyer des aumôniers auprès des maquis. La même prudence resta de mise face à la collaboration assumée avec le nazisme. Encore en février 1944, confirmant sa « loyauté envers l’État français », l’assemblée des cardinaux et archevêques condamna « toutes les violences », dont celles de la Résistance mais non les atrocités de la L.V.F. (la tristement célèbre Ligue des Volontaires Français contre le bolchevisme). Heureusement, il y eut peu à peu parmi les chrétiens, qui sont aussi l’Église, une prise de conscience, une première « résistance spirituelle »  restée pourtant très minoritaire dans l’épiscopat.

Sans comparer évidemment les situations historiques, on remarque quand même qu’aujourd’hui, ce faux conseil épiscopal a permis sans vergogne à la trop fameuse Manif pour tous ou au parti si mal nommé de Christine Boutin de prendre ouvertement parti pour ce rempart de LA famille que symbolise Marine Le Pen. Cette dernière pourtant n’abolira probablement pas la loi Taubira. C’est ainsi que les évêques irresponsables, déconnectés, encouragent insidieusement un catholicisme identitaire sans avenir mais non sans terreau politique, parfois sous la pression d’un jeune clergé réactionnaire. Comme s’ils s’étaient lâchement résignés à la banalisation de l’extrême-droite sans dénoncer les contradictions qu’elle charrie au regard du message de la Bonne Nouvelle. Comme jadis, quelques évêques, il y a une semaine, se sont désolidarisés devant la dérobade de leurs confrères et près de quarante mouvements d’Église ont dit non au Front National. Car, hier comme aujourd’hui, s’il y a décidément bien peu à espérer de l’épiscopat, rappelons qu’il n’est qu’une infime partie de l’Église catholique et que, si nécessaire, la résistance chrétienne s’organisera contre la lepénisation des esprits mais sans lui.

Alain Cabantous

2 Commentaires

  • donc cher frère Alain Cabantous
    conclusion de ton article : Macron c’est la France et la France c’est Macron ?

    • Ta conclusion faussement interrogative, mon cher Pierre, me semble totalement décalée au regard du propos que j’ai souhaité développer. Mais pour répondre à ta question partisane, je dirai que la France ce n’est jamais un homme ou une femme aussi populiste soit-il. La France, comme l’Eglise, c’est nous.

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