Maryan. La ménagerie humaine

L’œuvre est tragique, grinçante. Les personnages suintent le pouvoir brutal, la nausée. Formes grotesques, ils personnifient les plus basses et viles passions. Tout est caricaturé : soldatesque en fureur, bouches vociférantes, insignes religieux. Au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, l’exposition « Maryan. La ménagerie humaine ». À ne pas rater. Par Marie-Thérèse Joudiou

Maryan-Menagerie-humaine-affiche

En ces temps où des propos racistes occupent le devant de la scène médiatique et nourrissent des appétits malsains à l’odeur nauséabonde, signaler l’exposition « Maryan. La ménagerie humaine »  (au Musée d’art et d’histoire du judaïsme,  jusqu’au 9 février) m’a paru nécessaire. Presque une obligation.

De l’artiste, Maryan, né en 1927 en Pologne dans une famille juive traditionnelle, doué pour le dessin dès l’enfance, sont exposés une vingtaine de peintures, 40 dessins, une partie de 9 carnets de graphismes appelés par Maryan « Ecce Homo », ainsi que des extraits de son film portant le même nom.

En 1939, en camp nazi où tous les siens disparaissent, échappé d’une fusillade à bout portant, laissé pour mort, sauvé par les Russes, échappant de peu à une flambée de haine antisémite, il parvient à rejoindre Israël. Puis c’est Paris, Chicago, New York.
Fernand Léger, Francis Bacon, Goya (« Les désastres de la guerre »), Picasso, Soutine, en peinture, et Kafka, Jarry, Becket, et ses propres expériences, inspirent les personnages créés par Maryan.

Maryan, New York,1963, photo Bernard GotfrydL’œuvre est tragique, grinçante. Les personnages suintent le pouvoir brutal, la nausée (le titre « la ménagerie humaine » annonce cela). Formes grotesques, ils personnifient les plus basses et viles passions. Tout est caricaturé, soldatesque en fureur, bouches vociférantes, insignes religieux (ce que Maryan a connu en la matière.)

En 1971, devant l’incapacité de parler de Maryan, son psychanalyste lui propose de s’exprimer par le dessin. Parcours douloureux de visions catastrophiques, dont les carnets portent témoignage. Cet ensemble, que Maryan appelle « Ecce homo », est comme une mise en scène désespérée de soi. Pilate et Jésus dans une même personne.
Il peint des crucifixions en grand nombre. Il compose le film du même nom que ses carnets (film dont on peut voir quelques passages). Il meurt en 1977.
Maryan parlant de sa peinture la nomme peinture-vérité.
Parlant de sa famille, il dit « je regrette que je sois né juif. Tout simplement parce que je n’aurais pas été envoyé dans des camps et j’aurais encore eu mes parents ». Parlant des jours passés dans des camps et du moment de la fusillade, il dit : « Évidemment après avoir été passé plusieurs fois par des cirques pareils, ce n’est pas étonnant de traîner avec soi toute sa vie des culpabilités. »

Pour terminer et mieux dire la raison déterminant ma visite et réflexion sur cette œuvre, comme beaucoup de personnes contemporaines des désastres du XXe siècle, je sais vrai ce que des auteurs reconnus ont pu écrire, produire sur les marques subies de l’inhumain.

Quelques noms : Giorgio Agamben (Ce qui reste d’Auschwitz), Primo Levi (Si c’est un homme), Sloterdijk (Règles pour le parc humain), Zoran Music, dans un camp nazi, dessinant sur des bouts de papier les amoncellements de cadavres et, beaucoup plus tard, intitulant sobrement ses dessins « Nous ne sommes pas les derniers »……

Être des veilleurs. Se tenir sur la frontière où tout peut basculer dans l’inhumanité.
Maryan lui-même dans son film « Ecce homo » ne désespère pas complètement lorsqu’il écrit : « Et alors, toutes les forces du mal, et tous les ennemis disparaîtront ».
Maryan, lui s’est tenu sur la frontière par son œuvre bouleversante et éminemment politique.

Marie-Thérèse Joudiou

 

 

 

 

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