Maxim Kantor. Merry Cathedral

Saint-Merry reçoit en donation un tableau contemporain majeur de Maxim Kantor, artiste international qui a déjà exposé ses œuvres de spiritualité dans l’église. Ce tableau sera présenté au public à l’occasion de l’installation de Daniel Duigou, le 15 novembre 2015.

Merry Cathedral (2014) a été réalisé pour Saint-Merry, du fait de l’attachement de l’artiste à ce lieu et à la Communauté Pastorale Halles Beaubourg qui l’anime. Elle a d’abord été acquise par Guerman Ainbinder et sa famille, un collectionneur très sensible à cette œuvre et aux messages de l’artiste, et qui l’a offert à l’église Saint-Merry.

1400 Vierge à l'enfantLe sujet est une cathédrale entourée d’une foule en procession, une vaste communauté de croyants, un peuple avançant vers la joie. La cathédrale aux formes chancelantes de Maxim Kantor est le symbole de l’Église universelle, mais aussi de l’Europe d’aujourd’hui, qui s’est couverte naguère de cathédrales souvent colorées.

Cette vision magnifie Saint-Merry par un jeu de mot sur Merry, la traduction du titre anglais étant « Cathédrale joyeuse ». Si le style expressionniste de Maxim Kantor est reconnaissable et puise à des œuvres antérieures, le tableau innove formellement et symboliquement.

1400 Rosace
La rosace

 La cathédrale est centrée sur sa rosace aux couleurs vives qui peuvent évoquer celles de l’architecture du Centre Pompidou tout proche. La rosace symbolise le cosmos, le temps de Dieu. Au centre, une croix rouge, car c’est l’amour qui est premier. Le bleu intense du fond est celui du ciel.

Vus de l’extérieur, les vitraux des églises apparaissent toujours gris. Dans Merry Cathedral, il se produit une inversion : l’Église éclaire le monde extérieur.

Un des premiers symboles chrétiens, le signe de la Parole de Dieu sur le Christ à son baptême, l’Esprit dans la représentation trinitaire, la colombe est devenue le symbole universel de la paix. Le tableau de Maxim Kantor vise à l’universalité.

La crucifixion est un thème souvent repris par l’artiste, sensible à la question de la souffrance humaine. Il propose ici deux représentations du Christ, l’une est une mise en croix, l’autre la mise au tombeau dans le dénuement.

1400 Dessus portail T
Le portail

L’humanité vivante en marche a pris la place des saints et prophètes sculptés sur les façades des cathédrales. Un monde fait d’éclopés, de vieux, de jeunes, d’émigrés portant des balluchons revit les épisodes de l’Évangile. Les hommes qui lisent sont des figures fréquentes dans les œuvres du peintre : son père, lui, ses amis, ceux qui méditent. La lecture et la peinture sont chez Maxim Kantor des moyens de résistance aux oppressions politiques, des voies d’accès à l’humanisme et au spirituel.

La Vierge et l’enfant, sous les traits de la femme et du fils de l’artiste, sont en tête de cette humanité en marche. Pour en souligner l’importance, l’artiste les a peints, toutes les autres figures étant seulement dessinées.

1400 La visitation
La visitation

La visite de Marie enceinte à sa cousine Élisabeth, dans l’Évangile de Luc, est ici traitée selon les codes rappelant ceux des artistes de la Renaissance : elles s’embrassent. Dessinées comme les autres femmes du tableau, elles appartiennent à l’humanité contemporaine et font confiance à la parole de Dieu.

1400 Gargouilles
Les gargouilles

Les gargouilles grimaçantes évoquent toutes les cathédrales et probablement celles très connues de Notre-Dame de Paris, ainsi que celles de Saint-Merry. Œuvres de l’imagination des sculpteurs du Moyen Âge, ces figures entrent en résonance avec le style expressionniste de Maxim Kantor qui leur attribue en outre la symbolique du mal et de l’oppression politique.

La toile est riche de multiples détails qui témoignent de la méditation et de la foi d’un artiste croyant, dont on trouve désormais de nombreuses œuvres dans le monde (musées, édifices publics, particuliers).

C’est en 2012 que Maxim Kantor a souhaité faire un tableau pour cette église. Après avoir demandé un argumentaire sur le saint, il a réalisé trois tableaux qui ne lui ont pas donné satisfaction. De saint Merry, qui vécut au VIIIe ou au IXe, siècle, on ne connaît presque rien, si ce n’est que son tombeau fut rapidement un lieu de pèlerinage, facteur d’enrichissement pour les chanoines, ce dont l’architecture de l’église témoigne.

Aussi, l’artiste a adopté un nouveau parti et, de l’argumentaire initial, Maxim Kantor a retenu peu de choses, sauf les plus fondamentales : une foi intense, un esprit, une utopie en marche, une visée d’Église, un enracinement dans la culture, une résistance aux oppressions[1].

L’œuvre (2,40×2,25m) a été achevée dans son atelier de l’île de Ré, en août 2014. Elle a été donnée par la famille Ainbinder -Myron, Taisiya, Irina et Guerman-en novembre 2015.

Jean Deuzèmes

 

Poursuivez la découverte de l’œuvre et de l’attachement de Maxim Kantor à Saint-Merry (>>>)

[1] Maxim Kantor est né en Russie et est un opposant au régime actuel. Pour protester contre l’invasion de l’Ukraine, il a renvoyé son passeport. L’Allemagne lui a donné, peu de temps après, la citoyenneté allemande.

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