Mettez la Parole en pratique

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Ce peuple m’honore des lèvres,
mais son cœur est loin de moi.
C’est en vain qu’ils me rendent un culte ;
les doctrines qu’ils enseignent
ne sont que des préceptes humains.

Dimanche 2 septembre 2018

PREMIÈRE LECTURE (Dt 4, 1-2.6-8)
« Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne…
vous garderez les commandements du Seigneur »
PSAUME (Ps 14 (15), 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5)
Seigneur, qui séjournera sous ta tente ?
DEUXIÈME LECTURE (Jc 1, 17-18.21b-22.27)
« Mettez la Parole en pratique »
ÉVANGILE (Mc 7, 1-8.14-15.21-23)
« Vous laissez de côté le commandement de Dieu,
pour vous attacher à la tradition des hommes »

 

Un petit bonheur de l’été !

L’été, durant ce temps
différent, autre, inhabituel :
on se retrouve entre amis, en famille…
en un mot bien environnés d’êtres chers.

Pour moi après le tourbillon des parents, enfants, petits enfants
mon grand bonheur (et non petit bonheur) que je voudrai partager ici,
au cours de notre célébration autour de la Parole,
est la joie d’avoir entendu le SILENCE.

Un vrai silence non pas partagé mais vécu
dans une belle solitude méditerranéenne.
Chaque jour, les cigales se sont tues
ou n’ont pas commencé leur vibrations.

Un vrai silence habite tout l’espace,
il est léger et prend toute la place.
Plus de place pour les voitures, pour les voix humaines,
pour le chant des volatiles ou celui des grenouilles…

L’espace du silence monte en moi et me porte loin, très loin.
Méditation, prière : des mots ?
Non du silence !
Je vous l’offre et… Faites-en bon usage !

Florence Carillon

COMMENTAIRE

A l’issue de la rencontre de la préparation, j’avais promis de faire une « ratatouille » avec tout ce qui avait été partagé dans notre échange. Mais comme j’avais moi aussi de vous raconter un petit bonheur évangélique de cet été, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas de mal à se faire du bien et c’est donc cette lettre envoyée de Saint Jacut que j’ai eu envie de partager, puisque selon st Paul c’est de vive voix mais aussi par lettre qu’il faut s’encourager.

Chère Marie-Lou,

Tu me demandes des nouvelles de Saint Jacut et comme d’habitude, je n’en donne pas… Saint Jacut, tu sais, ce lieu au bord de la mer en Bretagne, qui devient la villégiature des saints merriens, où l’on peut découvrir le sens de la vie, partager des expériences, nourrir son intériorité, apprendre de l’autre, nourrir son regard.
Quand, là bas de la fenêtre de ma chambre de l’abbaye, je vois une de tes sœurs religieuses aider, avec une délicatesse infinie, une personne âgée à sortir de voiture, je me redis à moi-même : est-ce que chaque événement, chaque rencontre ne peut pas être une occasion d’apprendre à aimer ?
Et tu sais quoi ? Un jeune dominicain qui sautille quand il parle – de cette génération dont nous attendons beaucoup, il s’agit de Jocelyn Dorvault qui a fait un « Notre Père pour les nuls » et qui vit au Caire – me demande, au cours de la retraite qu’il prêche, de parler naturellement de Saint Augustin, plus précisément de sa conception de la loi.
Cela tombe bien car ce sera un peu la même question dimanche prochain à St Merry, le rapport entre la loi et la parole, la tradition et la vie, la parole en pratique.
Je ne sais pas ce qu’il fait aux retraitants mais je les vois souriants, détendus… Visiblement, il se passe quelque chose ! Et qu’est ce que j’aimerais que ce soit comme cela à Paris, que les gens se sourient. Tant pis pour les grincheux, qui voudraient en plus que tout le monde soit comme eux.
Alors la loi. Il n’y pas besoin de regarder de près l’Évangile. Un dicton populaire le dit bien : « trop de loi tue la loi ». Combien de gens se sont enfermés dans des camisoles de règles, par contrainte, par nécessité, que sais-je… et sont passés à côté de la vie. Ce sont les scribes et pharisiens dont nous parle l’Évangile de ce jour, obsédés par la pureté, le rite qui les empêche de rencontrer les disciples et les fige dans le passé.
Et puis, tous les jours, on voit l’inverse : « surtout pas de loi ! », « on verra bien plus tard ! » « c’est mon choix, c’est comme je veux ! ». La mentalité «libérale-libertaire » n’a pas disparue. C’est toujours « la valse des éthiques »… Mais ne peut-on pas dire des choses avec douceur mais avec fermeté en même temps aujourd’hui ?
Notre jeune dominicain sautillant connaissait sans doute cette référence de Martin Luther King, alors en prison, à Saint Augustin : « une loi injuste n’est pas une loi » (Du libre arbitre). Et puis, comme Christine m’a dit qu’il y avait des protestants dans cette retraite et qu’il y en a sans doute aussi à St Merry, j’ai évidemment pensé au pasteur Bonhoeffer. Il prêchait ouvertement aux chrétiens la désobéissance aux lois nazis. C’est peut-être là l’origine du thème de la retraite du dominicain ? J’aurais aimé aussi parler de figures féminines de résistance, Etty Hillesum ou Simone Veil…
En tout cas, Saint Augustin a suffisamment vécu pour se rendre compte que toutes nos lois humaines sont faites aussi de tâtonnements, de remises à plat… et que, malgré leurs approximations, elles peuvent procurer une certaine paix, un certain équilibre, un certain ordre… Bref, ne pas survaloriser la loi, mais ne pas en désespérer non plus ! La loi humaine contient un potentiel d’humanisation, un essai d’organisation, dira quelqu’un. A nous de le trouver !
Bien sûr, Saint Augustin accorde aussi de l’importance à la loi biblique : la Torah, le Pentateuque, ce n’est pas rien ! Le peuple juif, à la nuque raide, a pris son temps pour accepter, digérer la loi et se rendre compte qu’il n’honorait Dieu que du bout des lèvres. Mais dans la Cité de Dieu, Saint Augustin voit bien que toutes les grandes civilisations ont eu des lois. Celle d’Israël est aussi le reflet d’une crise identitaire et religieuse. Soyons donc modestes dans notre présentation et notre rapport à la Loi !
Alors évidemment, ce qui compte, c’est la loi du Christ. Elle est « justice, miséricorde, fidélité », nous dit l’Évangile. C’est elle qui rend un vrai culte et fait tomber ce qu’il a y a de mort dans la tradition. Ricoeur l’a très bien compris en parlant de la nécessité de ce processus de renouvellement permanent de la tradition, qu’il appelle traditionalité.
Augustin lui oscille entre le respect pour les Juifs qu’il appelle « nos archivistes », « nos bibliothécaires » et je suis surpris du renouveau de l’antisémitisme en France aujourd’hui et la critique, avec une pointe polémique : leur loi est dépassée. La seule loi qui compte, c’est l’amour. C’est vrai : la loi d’Israël ne s’est pas formée en un jour et tout n’a pas être mis sur le même plan : le Décalogue, c’est quand même plus important que les prescriptions du Lévitique. Vive le Christ et Basta avec tout le reste. Allons avec Lui plus loin. N’en restons pas à ce qui cloche autour de nous mais surtout en nous. Vivons !
Finalement, apprendre à vivre sous cette loi d’amour, c’est peut-être cela, notre tâche d’homme et de femme. La loi est tutrice, éducatrice. Elle est là pour libérer l’humanité. Et si les gros mots de dignité, de solidarité nous font peur, les petits mots de sourire, de générosité, d’entraide, d’ouverture peuvent peut-être être là pour nous aider à mettre la Parole en pratique.
Bon, je ne voudrais pas, chère Marie-Lou, être trop long dans cette lettre. Tu sais que je suis en train de lire Mgr Claverie, l’évêque d’Oran assassiné en 1996 l’ami des moines de Tibhirine. Je reste frappé par l’une de ses formules : « Jésus naît pour que nous renaissions avec lui » (Lettres et messages d’Algérie).
Alors, ce que je vais dire aux retraitants est simple, je dirai la même chose à St Merry : pas de renaissance durable sans renouveau intérieur ; pas de renaissance durable sans écoute intérieure.
La vraie loi est là. Elle peut nous libérer de tout ce qui nous bloque.
J’espère que, toi aussi, tu es attentive à tout ce qui grandit dans le silence et dans la « sainte patience du Christ ».

Jean François Petit
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