Mgr Oscar Arnulfo Romero

Mgr Romero. Déjà martyr, bientôt bienheureux 

Le 18 août, le pape François a déclaré « qu’il n’y avait plus de blocages idéologiques à la béatification de Mgr Oscar Romero». Histoire d’un évêque assassiné pour sa fidélité à l’évangile. De Michel Bourdeau

Mgr RomeroLe 18 août, le pape François a déclaré « qu’il n’y avait plus de blocages idéologiques à la béatification de Mgr Oscar Romero et qu’il était important qu’elle ait lieu rapidement ». Le procès de béatification de l’ancien archevêque de San Salvador était mis en veilleuse sous l’influence de courants religieux qui le désignaient comme subversif, marxiste, proche de la théologie de la libération. Ces mêmes qualificatifs ont travesti l’engagement de plusieurs prêtres et évêques d’Amérique latine qui, tel Dom Helder Camara, avaient fait « une option préférentielle pour les pauvres » et qui n’approuvaient pas tous les aspects de la théologie de la libération.

Le lundi 24 mars 1980, vers 18 heures 30, lors d’une messe d’enterrement à la chapelle de l’hôpital de la Divine Providence de San Salvador, Mgr Romero s’effondrait. Il avait reçu en pleine poitrine une balle explosive. La veille dans sa dernière homélie dans la cathédrale, il avait exhorté les militaires : « Frères, vous êtes du même peuple que nous ; vous tuez vos frères paysans. C’est la loi de Dieu qui doit prévaloir : Tu ne tueras point”. Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu… Je vous en supplie, je vous l’ordonne : arrêtez la répression ! »

En février 1977, Oscar Romero devint évêque de San Salvador car il était réputé conservateur. Mais, le 12 mars 1977, son ami et plus proche collaborateur, le père jésuite Rutilio Grande, est assassiné par un escadron de la mort. Cet événement provoqua la « conversion » de Mgr Romero : « Quand je vis Rutilio, étendu mort, j’ai pensé que s’ils l’avaient tué pour ce qu’il avait réalisé, alors moi aussi j’avais à avancer sur le même chemin ».

Une foule de plus en plus nombreuse accourait chaque dimanche pour entendre ses homélies, retransmises sur la radio du diocèse : YSAX. C’est pourquoi il fut surnommé la « Voix des sans voix ». Toutes ses homélies enregistrées constituent la mémoire vivante de la parole d’Oscar Romero. De même ont été conservées ses prises de position écrites, notamment ses Lettres pastorales annuelles.

Dans sa Lettre d’août 1977 « L’Église, corps du Christ dans l’histoire », il dénonce les persécutions dont sont victimes les laïcs, les prêtres et l’Eglise tout entière parce qu’ils annoncent la Bonne Nouvelle « aux masses qui en sont éloignées : les pauvres, les paysans, les ouvriers, les marginalisés des villes ».

Sa Lettre d’août 1978 « L’Église et les organisations populaires » est cosignée par Mgr Rivera y Damas, mais critiquée publiquement par les quatre autres évêques du Salvador. Il y est écrit : « L’Eglise condamne la violence institutionnalisée, la violence répressive du gouvernement, la violence terroriste et toute violence susceptible de provoquer une légitime défense également violente… L’Église préfère le dynamisme constructif de la non-violence ».

La Lettre d’août 1979 « La mission de l’Église dans la crise nationale » paraît à la veille d’un coup d’état et réaffirme les positions de Mgr Romero contre toutes violences et pour le choix des pauvres. Il est vrai que cette année 1979 vit se multiplier des événements de plus en plus sanglants. L’organisme « Secours juridique » créé par le diocèse a recensé durant cette année 749 assassinats, 205 disparitions et 468 arrestations pour motif politique. Devant le cercueil du père Octavio Ortiz, mort le visage écrasé, il déclara : « Octavio est désormais transfiguré parce qu’il a donné son visage pour le Christ ».

Au début du mois de février 1980, Mgr Oscar Romero est fait docteur honoris causa de l’Université catholique de Louvain. Il y déclara : « Le monde des pauvres nous apprend que la libération arrivera non seulement quand les pauvres seront les destinataires privilégiés des attentions des gouvernements et de l’Église, mais bien quand ils seront les acteurs et les protagonistes de leur propre lutte et de leur libération en démasquant ainsi la dernière racine des faux paternalismes, même ceux de l’Église ».

En France, il avait été accueilli par le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement) où il donna une conférence de presse, le 4 février 1980.

Le 24 mars 1980, il tombait en martyr.

Le 30 mars 1980, les funérailles de Mgr Romero furent accompagnées par 350 000 personnes. 30 évêques du monde entier y assistèrent dont pour la France Mgr Jacques Ménager, président de la commission épiscopale Justice et Paix. À l’exception de Mgr Rivera y Damas, aucun des quatre autres évêques salvadoriens n’était présent. Pendant la célébration, une bombe éclata ; plusieurs témoins ont déclaré qu’elle venait du Palais national. Ensuite, des tirs et des rafales de mitraillettes provoquèrent une panique ; il y eut 27 morts par balle ou par écrasement et plus de 200 blessés. La messe de funérailles ne fut jamais terminée. Le corps de Monseigneur Oscar Romero fut transporté à la hâte dans une tombe située dans le transept droit de la basilique du Sacré-Cœur.

 

Michel Bourdeau

1 Commentaire

  • Oui merci , je m’en souviens comme si c’était hier. ce soir là du 24 mars 1980
    j’avais esperé ! que le Pape lui même irait aux funérailles de Mgr . Romero , mais les papes ne peuvent se déplacer helas pour des funérailles .
    Qu’il soit beatifié ou canonisé c’est bien , mais dans mon cœur c’a fait déjà 30 ans qu’il l’est déjà .
    je l’ai même mis dans mon breviaire depuis que je suis diacre au 24 mars
    comme le père Antoine Chevrier au 2 octobre et peut etre un jour le père Joseph Wresinski ( ATD ) et quelques autres illustre inconnu déjà dans la
    gloire du paradis … encore merci pour cet article . Bruno Palluat

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