Michiru Nakayama. Familles : portraits intimes

Nouvelle exposition photographique à Saint-Merry (27 janvier - 24 février 2017) : une jeune et talentueuse Japonaise transforme des portraits de familles habitant Paris en tableaux, fascinants, ironiques, mais inquiétants.
Nicolas Henry, Shashemene

Les plus anciens se rappellent probablement la crèche 2012 de Nicolas Henry, « Les cabanes de nos grands-parents ». Un patchwork totalement baroque avait envahi l’église : des photos de femmes et d’hommes, seuls ou en groupes, du monde entier, qui avaient deux points communs être grands-parents et avoir engagé avec Nicolas Henry un dialogue qui s’était traduit par la réalisation de la cabane de leur enfance, bricolée à partir de matériaux locaux.

Inde

Avec Michiru Nakayama et son œuvre « Familles : portraits intimes », on est à l’exact opposé dans le portrait de famille et pourtant l’objectif est le même : approcher la vérité des sujets et de la structure familiale, les imaginaires étant manifestés par une cabane ou la décoration d’un appartement. En outre, l’artiste cherche à déceler l’intime et pour atteindre ses fins elle construit un protocole très strict de prise de vue. Elle n’est pas baroque, elle est japonaise — avec sa recherche de la perfection froide—et s’engage dans le sillage des maîtres contemporains de la photographie. Elle est étrangère et approche la diversité dans Paris-même.

France (Saint-Denis)

Un père ou une mère, avec son fils ou sa fille, habillés pareillement, vous regardant de manière impassible, et habitant des appartements très propres, de classe moyenne ou supérieure, témoignant d’un positionnement social réussi. En discutant avec les familles où elle s’est fait inviter, elle obtient tout ce qu’elle veut pour sa mise en scène. Le rapport parents/enfants est réduit à deux : ils portent le même vêtement ; ils sont raides et drôles à tenir de telles poses ; tout est symétrique ; rien ne permet d’entrer dans leur histoire, sauf la mention de la nationalité sur le cartel.

Des tableaux à l’aspect déroutant : toutes les photos sont presque parfaites, elles attirent et invitent chaque visiteur à un jeu d’observation. Mais elles dérangent et laissent filtrer une « inquiétante étrangeté » pour citer Freud qui désignait ainsi les situations où l’intime apparaît comme étranger, voire effrayant.

Japon

L’artiste ne fait pas une sociologie de la famille contemporaine, mais une étude des rapports entre les générations, tels qu’ils peuvent s’afficher en public, et de l’intime du logement tel qu’il aimerait se montrer à un invité. Sa photo est faussement objective.

Finalement, ce n’est pas le visage que la photographe fait parler, alors que ses clichés sont des portraits, mais les corps dans leurs rapports mutuels et dans leur contexte, un appartement qui dit l’intime publique, l’intime privé, comme la chambre, étant hors champ. D’où l’étrangeté des photos qui attirent le spectateur sans lui donner les éléments de repère habituels.

Michiru Nakayama ne dit rien d’autre que la photo de famille est une construction, la famille peut-être aussi.

Cameroun

À chaque visiteur de repérer les liens entre générations que l’artiste laisse entrevoir.

À chaque visiteur de réfléchir sur ses propres photos de famille, sur celles qu’il aime.

La photo est décidément un révélateur de nos questionnements enfouis.

 

Si vous souhaitez avancer plus loin dans l’analyse, si vous souhaitez en apprendre un peu plus sur les tendances de la photo contemporaine où Michiru Nakayama risque fort de trouver une place, lire Voir et Dire>>>.

 

Jean Deuzèmes

Exposition dans le déambulatoire et la chapelle Saint-Vincent-de-Paul du 27 janvier au 24 février 2017.

France

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