Mieux devenir acteurs des mutations en cours, par un spirituel libéré du magique.

Pourquoi et comment les chrétiens pourraient se concentrer sur les messages spirituels, en se libérant du « magique » ?  Comment pouvons-nous contribuer, même modestement, à déraciner les fondamentalismes en nous et autour de nous ? Pourquoi ces questions peuvent vraiment aider à rassembler des personnes de bonne volonté pour apporter leur part afin de relever les défis actuels inédits de l’humanité ? Michel Ray propose de rassembler des bonnes pratiques existantes qui vont dans ce sens, avec le même esprit constructif que le film « Demain », et des pistes concrètes pour ceux qui souhaitent approfondir ces sujets, ou directement s’engager dans ces directions.

Regarder les réalités en face, et approfondir le « Pourquoi ? »

Dans le passé, le magique (ou le miraculeux) a été beaucoup mélangé, soudé même, aux messages spirituels de grande valeur, dans les religions en général, dans les églises chrétiennes, et dans le catholicisme en particulier. Cette situation a contribué à donner à différents pouvoirs des possibilités importantes de manipulation des peuples et des personnes. Face aux défis actuels de l’humanité et à leurs caractères inédits, il est nécessaire de pouvoir tourner une page dans le domaine religieux aussi bien que sociétal pour mieux investir dans l’avenir, ensemble.

Actuellement, un grand nombre de personnes aspirent à pouvoir en toute clarté vivre leur foi, leur vraie vie spirituelle, sans magique, mais sans être exclues ; ceci aurait par ailleurs des conséquences profondément positives :

  • Les dialogues avec des personnes de bonne volonté, dont les jeunes, sont souvent bloqués justement par des aspects qui sont les conséquences de formulations magiques,
  • Une meilleure capacité de compréhension réciproque pourrait se développer avec les démarches scientifiques, ainsi qu’avec les champs de la psychologie, etc…
  • Le dialogue à la base entre les religions, pour lequel les formulations magiques ou dogmatiques rigides peuvent exclure, alors que le spirituel peut contribuer à rassembler, à faciliter les rencontres, dans une diversité assumée.

Même si certains responsables religieux, théologiens, laïcs… ont déjà effectué dans leur sphère personnelle cette analyse critique, une reconnaissance explicite de cette façon de vivre sa foi est retardée depuis trop longtemps, rendue tabou, mais à quel prix !

Participer à déraciner les fondamentalismes, face aux défis actuels

Déraciner les fondamentalismes violents est aujourd’hui une urgence sociétale incontournable ; différentes formes d’intégrismes, de simplismes, de populismes contribuent aussi à leur développement. Ils sont tous liés à des mécanismes de pouvoir qui manipulent les personnes, y compris par l’intermédiaire des religions, en les déformant, ou à des mécanismes de peurs qu’il est essentiel de mieux comprendre en profondeur. Ce travail sur ces racines comporte un côté important qui nous est extérieur, ainsi qu’un travail progressif de fond sur soi-même car c’est l’autre face, incontournable également, de la même recherche.

Pendant tout ce temps, beaucoup d’enjeux ont pris une dimension à l’échelle de l’humanité, et concernent maintenant tout l’homme : rassembler les humains pour devenir en mesure de vraiment relever ces défis nécessite une contribution du domaine spirituel, qui est une des formes de capitalisation de ce qu’a appris l’homme au cours de son histoire, pour pouvoir vivre ensemble durablement, et  survivre, en tant qu’humain et en tant qu’humanité. Si le magique et les rigidités entretiennent certaines fragilités chez les personnes et les groupes où ils se développent, je suis convaincu que le spirituel contribue à développer une forme de conscience, de résilience et de maturité, qui sont aujourd’hui essentielles.

Que peut vouloir dire concrètement ce spirituel dessoudé du magique ? 

Chapelle Palatine (Palerme), Création de l’univers.

Plusieurs domaines de messages spirituels forts peuvent être exprimés, compris aujourd’hui, et nourrir notre vie, sans faire appel à du miraculeux, à du magique, par exemple : la création de l’univers, Dieu est amour, l’espérance… ; des passages des évangiles parlent spirituellement autant, sinon plus, lorsqu’il n’y a pas de miracle au sens classique du terme, par exemple : la multiplication des pains, ou le rideau du temple qui se déchire à la mort du Christ…

Et dans l’autre sens, il existe des exemples dans les religions, lointaines temporellement ou géographiquement, ou proches, qui montrent par quels processus le magique peut créer des fragilités dangereuses : les vierges du paradis, certains fondamentalismes qui ont des conséquences lourdes sur les guerres dans le monde… ; le magique s’avère aussi être parfois un obstacle à la vraie rencontre.  Approfondir les sens des mots : superstitions, magique, mythes, spiritualité, permet d’observer à partir d’où commencent les risques significatifs de manipulation des personnes et des peuples, et à partir d’où certaines formes de responsabilisations plus profondes peuvent être créatrices.

L’approfondissement du spirituel, au niveau individuel et collectif, doit aller de pair avec cette libération du magique. On retrouve ce dernier dans la société actuelle, sous la forme d’idéologies déconnectées du réel.

Apporter des éléments de réponse à la question :  » maintenant je peux faire quoi et comment ? »

Dans ce contexte il me semble très utile de capitaliser et d’échanger les expériences et les bonnes pratiques :

  • Sur le quoi faire : dans la façon de s’approprier le sujet, pour se préparer à des dialogues constructifs sur certains de ces aspects complexes, sur l’approfondissement des formulations du spirituel libéré du magique, dans une optique de simple partage et de transmission intergénérationnelle, ou dans un contexte pastoral ou théologique.
  • Et sur le comment le faire : par une démarche personnelle renouvelée, par des suggestions de types d’actions locales, et en interaction avec des réseaux nationaux ou plus larges, mais aussi par la lecture d’ouvrages pertinents et complémentaires.

Ces mutations ont aussi des conséquences sur les façons d’agir : certaines rigidités souvent associées au magique tendent à exclure ; s’engager dans une démarche spirituelle profonde libérée du magique tend à développer au contraire la bienveillance, la qualité d’écoute, et l’acceptation de la pluralité des chemins, ce dont nous avons grand besoin aujourd’hui.

Dans sa singularité qui est une vraie richesse, chacun peut réellement être acteur de ces mutations, spécifiques au domaine spirituel, mais également plus larges si l’on prête aussi attention aux « pensées magiques » qui se sont développées avec force dans la société de notre époque. La nature et la taille des enjeux, ainsi que les urgences pour leur trouver des réponses pertinentes font que la participation de chacun est en fait objectivement une vraie nécessité !

Des propositions concrètes

Toute personne en recherche d’une manière ou d’une autre sur ces sujets, peut avoir envie de ne pas en rester là :

  • Pour les personnes intéressées à lire quelque chose de plus développé, je tiens à disposition un texte plus détaillé qui essaye d’aller au fond des choses, sur le pourquoi, sur des exemples, et sur le comment. Une bibliographie commentée y est associée. Des lecteurs amis l’ont déjà enrichi par leurs expériences et leurs commentaires.
  • Pour les personnes intéressées à découvrir, ou à approfondir ces sujets complexes par un dialogue de groupe, il serait possible de l’organiser, par exemple sous la forme d’un moment de partage à imaginer, ou de réunions mensuelles éventuelles jusqu’à juin 2019.

Un groupe d’approfondissement s’est récemment constitué dans un cadre extérieur, en lien avec des personnes qui travaillent sur la pensée de Maurice Bellet, et avec la participation de deux personnes de Saint Merry.

Quel lien avec l’esprit de Saint Merry ?

Ne serait-ce pas une modalité de « rencontre entre des chrétiens chercheurs de sens » ?
Saint Merry est « Un lieu de recherche à partir de l’actualité ».
Ne serait-ce pas une opportunité de mettre en pratique « Une culture du débat, d’écoute des différences, d’accueil de nouveaux regards » ?
« Une communauté qui expérimente une nouvelle pratique de la foi dans l’Eglise et le monde actuel » : cette expression donne envie, sur ce sujet, aujourd’hui.

Michel Ray

michel.ray47@gmail.com

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