Miguel, artiste et régisseur à St Merry

Miguel Torres,miguel torres ce nom ne vous dit sans doute rien, mais ce jeune homme au crâne rasé, aux fines moustaches « en crocs » soigneusement roulées en boucles fines, au délicieux accent americo-latin, souvent derrière vous dans l’église, l’artiste aux marionnettes des Douze, et depuis peu le régisseur du CPHB, vous voyez mieux de qui je veux parler.

Miguel m’a raconté son parcours.

Tu vivais en Colombie ou tu étudiais l’art dramatique et la mise en scène, quand à l’âge de 23 ans, en 2003, tu es venu à Paris.
J’ai continué mes études et noué des rencontres avec des gens de théâtre, m’intéressant beaucoup à des lieux non conçus à priori pour le théâtre.

En 2008 et 2009, j’ai habité le 4ème arrondissement et c’est là que j’ai découvert l’église St Merry. J’y suis venu plusieurs fois, très attiré par ce qu’il s’y passait. Et j’ai rencontré Jacques M. que j’avais rencontré à Bogota en 1999. Il était venu avec Nicolas D. au conservatoire où j’étudiais. J’ai parlé à Jacques de mon projet de marionnettes des Douze. Ce fut par la suite une belle rencontre avec les gens de cette communauté. On répétait tous les matins et de 21h à minuit. Après 9 mois de travail, on a réussi à bâtir une esquisse.

Les Douze, ce fut un spectacle capital dans ton évolution ?                                                                            Oui, capital pour notre compagnie IMMEDIA TMT qui a réussi à donner la parole à ces lieux et à faire de belles rencontres avec le public. Cf un commentaire sur Voir et Dire : « Rarement une église a été « habitée » de la sorte ! Et il ne s’agit pas de savoir si les personnages ou le théâtre sont de telle ou telle école dans le domaine des arts plastiques…

La jeune troupe s’est emparée des lieux de manière magnifique et stupéfiante ! Ils ont su jouer de tout l’espace offert par l’église : du maître autel à la tribune d’orgue, ils nous ont entraînés, sans parole, dans un mouvement et un rythme digne de ce lieu. »

 Les mannequins à tête de vieillard ont suscité des réactions parfois vives. Mais nous voulions faire entendre les vieillards que notre société oublie et laisse à l’asile ou sur le trottoir, un peu comme les intermittents du spectacle. Le chiffre Douze, je l’ai choisi par hasard, parce que mon père est le 12ème de sa fratrie. Mais on aurait pu prendre 7 ou 10. Et la soupe préparée pendant le spectacle et servie à la fin, c’était comme une messe, un partage, une communion. Nous avons fait l’expérience d’un art largement ouvert à la discussion. Par la suite le spectacle a été joué en Colombie et au Pérou.

Quels sont aujourd’hui tes projets de théâtre ?                                                                                                     Je continue à travailler avec Thomas Raimbaud rencontré dans une école de théâtre à Montreuil.  Nous avons créé un nouveau spectacle « L’inconnu » ; On a tous en nous un autre moi que nous ne connaissons et que nous ne voulons pas connaître. Les décors seront en carton (moins encombrants que les marionnettes !). Nous ne ferons à St Merry que les répétitions. J’envisage aussi de proposer à la communauté un apprentissage théâtral dans ce lieu atypique, sur une semaine, comme l’an dernier sur le thème « créer, c’est reconnaître autrement », avec la chaise comme instrument.

Depuis peu, tu as une autre fonction à St Merry, celle de régisseur.

Photo manuel Rojas
Photo manuel Rojas

Depuis août dernier, Jacques m’a proposé ce poste et le logement que Donatus a quitté. En remplaçant un temps le sacristain, comme en répétant Les Douze, je m’étais familiarisé avec la communauté et les accueillants. Dépanner, ranger, nettoyer, seconder, être derrière chacun, accueillir les artistes, faire des courses pour la cuisinière, tout cela je l’ai toujours fait avec plaisir et naturellement. Depuis l’enfance je suis habitué à cette atmosphère ; enfant de chœur pendant 7 ans j’ai fait en même temps qu’une école de théâtre, un an de séminaire.  J’ai finalement choisi le théâtre et aujourd’hui le théâtre dans une église. On dirait que ma vie se répète, mais plus qu’une répétition, c’est chaque fois un pas en avant.

Propos recueillis par Michèle Dauger

 

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