Ministère et ministères

En France, en un demi-siècle, on est passé de la paroisse où le curé était l’homme-orchestre aux « communautés chrétiennes » où les responsabilités, charges et services sont assurées par des personnes en nombre significatif. Ceci change profondément la vie en l’Église, et Anne Righini, théologienne, nous a commenté ces mutations le dimanche 28 janvier. Son intervention a été suivie d'un débat, que vous pourrez prolonger par vos commentaires.

« Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! » Marc 1 – 27.  Cet Évangile de Marc lu le 28 janvier nous parle de l’autorité de Jésus : d’où vient-elle, qu’est-ce qu’elle permet, qu’est-ce qu’elle remet en cause ? Nous savons que son autorité lui vient de Dieu, qui lui a confié une mission : réconcilier les hommes avec Dieu et réconcilier les hommes entre eux, c’est-à-dire annoncer le Royaume. Lorsque nous réfléchissons aux ministères dans l’Église, il nous faut toujours contempler Jésus.

Après sa mort, les chrétiens ont pris conscience qu’ils avaient reçu, grâce à l’Esprit Saint, une part de l’autorité du Christ. Dans les Actes des Apôtres, on voit les premiers chrétiens tâtonner pour organiser cette nouvelle vie ecclésiale. Au cours des siècles, l’Église a dû elle aussi tâtonner, se laisser guider par l’Esprit Saint, pour trouver la meilleure façon d’annoncer cette Bonne Nouvelle. À chaque époque elle a désigné des personnes plus particulièrement chargées d’organiser la mission : on parle de ministère.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Le modèle d’Église tridentin, structuré autour de la paroisse rassemblant pratiquement tous les habitants d’un même lieu sous la responsabilité du curé, ne fonctionne plus. Mais un vrai croyant se doit d’être attentif non pas aux modèles qui disparaissent, mais aux fidélités portées par les disciples du Christ et à la créativité dont ils font preuve dans la docilité à l’Esprit. Le théologien doit se mettre à l’écoute du peuple chrétien. Et la nouveauté chrétienne est largement vivante dans la vie ecclésiale française.

Toute nouveauté est portée par un langage et un vocabulaire : en cinquante ans, on est passé des paroisses aux communautés chrétiennes. Le terme est utilisé pour des réalités ecclésiales assez différentes : communautés nouvelles, communautés paroissiales, communautés dans la vie religieuse… Il revient au théologien de discerner ce que le terme contient d’expérience spirituelle et ecclésiale.

Aujourd’hui, dans l’Église en France, lorsque les chrétiens parlent de « communautés », ils cherchent à signifier que ce sont les chrétiens regroupés qui sont sujets de l’action ecclésiale. On parle « d’appropriation de la paroisse par les paroissiens » (Barnérias). C’est cette prise en charge par les chrétiens eux-mêmes qui bouleverse l’ordre ecclésial tel qu’il s’était construit après la réforme tridentine. Ceci change profondément la vie en l’Église et nécessite de réfléchir théologiquement aux ministères.

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Trois préalables sur la théologie de l’Église :

  • L’Église est œuvre de l’Esprit : la prise en charge de la mission de l’Église par de nombreux chrétiens est une grâce, non pas comme substitution du ministère des prêtres, mais comme dynamique du Peuple de Dieu.
  • L’Église est missionnaire : toute réflexion sur les ministères doit se situer dans la compréhension de cette mission de l’Église.
  • L’Église est image de la Trinité, donc de diversité, de spécificité, de complémentarité. Contempler la Trinité nous introduit dans une vie de communion à la vie divine.

De multiples acteurs agissent pour que les communautés chrétiennes accomplissent leur mission, prêtres, religieux ou religieuses, diacres et des laïcs. Certaines missions correspondent à des responsabilités suffisamment importantes pour qu’on parle de ministère. Ce déploiement de nouveaux ministères et d’équipes diverses est un fait nouveau. De nombreuses questions se posent, on n’efface pas en si peu de temps des représentations de l’Église vieilles de plusieurs siècles.

La question de la légitimité des personnes qui exercent des responsabilités dans l’Église est posée par ces nouveaux ministères. Pour les prêtres et les diacres, l’ordination confère une légitimité liée au sacrement, légitimité qui vient d’en haut. Pour les laïcs, le baptême et la confirmation justifient théologiquement qu’ils prennent des responsabilités dans la mission de l’Église. Cependant, il n’y a pas l’investiture sacramentelle de l’ordination, et leur légitimité provient d’une part du fait de leurs expériences et charismes, et d’autre part de leur mode de désignation : appel du curé, du conseil pastoral, élection, contrat avec le diocèse. Il faut être conscient que cette différence des modes de légitimité est source de difficultés aussi bien au sein des équipes que vis-à-vis des personnes extérieures.

Par ailleurs, l’articulation des différents ministères n’est pas sans difficulté. Les différentes personnes, clercs ou laïcs, bénévoles ou en mission ecclésiale, déploient leurs activités dans divers registres en interaction entre eux : registre « théologique », conception de la mission et de ses enjeux ; registre institutionnel, du droit canon en vigueur et des règles de l’Église locale ; le paramètre du local, une histoire, un vécu commun ; le paramètre organisationnel, les façons de procéder au sein d’un groupe ; les paramètres individuels ; le paramètre spirituel, la façon dont chacun se laisse affecter par son ministère et par celui des autres. Selon les cas, la mission résonnera avec la richesse des harmonies de timbres et de mélodies variés, sera un unisson parfois un peu terne, ou une cacophonie déprimante.

C’est là que l’autorité d’un chef d’orchestre sera essentielle. Aujourd’hui, la mission du prêtre, c’est d’être garant de la diversité des ministères portés par la communauté chrétienne dont il a à « prendre soin ». Il doit veiller à ce que tous puissent trouver leur place au sein de l’Église, et porter une attention particulière aux non pratiquants, ou qui ne se reconnaissent pas comme appartenant à la communauté. Par sa nomination par l’évêque, le prêtre situe la communauté dont il a la charge dans l’Église diocésaine, signifiant ainsi l’universalité de l’Église. Instrument du Christ, il doit, avec une autorité qui « autorise », accueillir et prendre en charge son ministère pour un seul but : celui de permettre à tous de vivre en frères,  et à l’ensemble de la communauté de travailler à la mission du Christ.

Résumé établi par Anne René-Bazin

Retrouvez l’intégralité de l’exposé d’Anne Righini.

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