« N’ayez pas peur ! »

Ma bonne nouvelle en ce temps de Covid est qu’il est possible de changer profondément le monde et que c’est plus facile que ce que me dit mon intelligence ! Il suffit de découvrir que la peur que j’ai de l’autre et la peur de l’avenir est une construction de mon imagination. Mais cette peur peut m’envahir quand je suis amené à quitter « ma vision du monde normal ,» autrement dit, à quitter « le paradigme collectivement établi.

« N’ayez pas peur ! », nous dit Jésus.

Ce conseil de Jésus est donné à ses apôtres à chaque fois que ceux-ci sont déroutés par ce qui leur arrive, car ce qui leur arrive est hors de leur entendement, de leur vision de la vie alors, ils ne sont plus maîtres des choses.
Quand Jésus marche sur les eaux, les apôtres n’ont plus aucune maîtrise de leur avenir. Ils vont tout perdre, et ce qui surgit à ce moment-là, le possible (ici Jésus) qui se présente, n’étant pas imaginable par eux, ils sont emportés par la peur.
À la transfiguration, les apôtres sont, là aussi, mis dans une situation où ils ne maîtrisent rien, leur savoir est « à côté de la plaque ». Ils proposent une tente à Jésus, leur solution est hors sujet. N’est ce pas de se sentir inapproprié qui crée leur peur ?

Quelles sont les situations dans lesquelles surgit la peur en moi, et comment agit-elle en moi ?

La peur surgit, banale, tout au long de nos journées, différemment pour chacun :  en faisant ça, est-ce que je risque d’avoir la Covid ? J’ai un examen médical, quel va être le résultat ? J’ai peur de perdre un avantage acquis, mon enfant fait un choix qui me fait peur, que faire ?
Quel est l’avenir de la Terre avec l’exploitation outrancière que nous en faisons ? Avec le terrorisme, j’ai peur de sortir dans la rue. Quand un SDF vient me tendre la main, j’ai tendance à fuir ! Les manifestations n’aboutissent à rien quand leur moteur est la peur qui génère la peur chez ceux d’en face.

Alcide Gaboriaux, Jésus marchant sur les flots, 1872, Eglise de St Trojan, Oléron

Quels sont les effets de la peur sur nous ? Est-ce qu’une décision prise sous l’emprise de la peur est une décision qui mène vers la paix ? J’en doute.

La peur change notre manière de respirer, notre regard et notre voix, elle augmente la rapidité cardiaque. Si elle prend plus de place, la peur finit par déprimer notre immunité et arrêter la production des hormones de croissance. Tout ça pour être prêt au combat pour la « survie » !  De plus cette peur provoque chez l’autre, qui perçoit cette mise en posture de combat, une peur d’être agressé et les mêmes réactions physiologiques menant au combat. On voit tout au long de nos journées ce scénario se dérouler devant nous (conflits sociaux, conflits entre générations, dans un couple, dans le cadre du travail, etc.).

N’est-ce pas ce processus archaïque que nous enseigne à combattre Jésus quand il propose de tendre l’autre joue à l’agresseur ?

La peur qui sépare de l’autre n’appartient-elle pas au « Diviseur » ? Nous avons tous eu l’expérience, autour de nous, que dans un conflit, dans un couple, entre deux frères, entre deux États, c’est toujours l’autre qui a commencé. N’avez-vous pas déjà eu à essayer de réconcilier deux parties dans votre vie ? C’est très difficile, car la peur de l’autre est en nous depuis les premières expériences de la vie. La peur est toujours tapie en chacun de nous, vite réveillée par un petit événement. « N’ayez pas peur », dit Jésus, si vous me suivez, cette forme de vie va disparaître et c’est une vie de paix qui étendra son règne !

Quand la peur s’insinue en nous individuellement ou collectivement, savons-nous le voir ?

Apprenons à reconnaître les premiers signes de la peur. Car les Évangiles nous enseignent qu’en nous mettant en lien avec le Christ, qui est en l’autre, ce lien avec Lui fait tomber la peur, nous donnant accès à un monde nouveau dans lequel les possibles ouverts à notre créativité sont insoupçonnés. Et en faisant le choix de recevoir ce lien d’amour, j’expérimente que ma peur tombe et je peux tendre l’autre joue à celui qui m’a frappé, participant à la création d’un monde nouveau, inconnu et plein de promesses.

Michel Metzger


 

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  1. Jacqueline Casaubon says:

    Bonjour Michel,
    J’ai lu ton témoignage avec un grand intérêt, j’espère qu’il parlera aussi à d’autres que moi. Un témoignage qui nous ramène vers le haut, l’essentiel mais aussi à nous dans la réalité de nos jours. Merci !
    J’aime le tableau qui annonce ton texte.
    Jacqueline

  2. Jean Verrier says:

    Tu mets le doigt là où ça fait mal: difficulté à réconcilier des adversaires, peur du résultat d’un examen médical, peur du choix inquiétant fait par un petit-enfant, peur d’attraper la Covid dans une rencontre familiale, peur de l’avenir des nations et de l’avenir de la Terre: je coche toutes les cases! Mais ta réflexion sur le processus archaïque de la peur et le “N’ayez pas peur” de Jésus au long des pages des évangiles est un fort encouragement . Ça fait encore mal, ça fait encore peur, mais je lève la tête. Merci Michel.

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