Né d’une femme

… le temps où elle devait enfanter fut accompli.
Et elle mit au monde son fils premier-né …

Dimanche 24 décembre 2017
Messe de nuit.

PREMIÈRE LECTURE (Is 9, 1-6)
« Un enfant nous est né »
PSAUME (95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc)
Aujourd’hui, un Sauveur nous est né :
c’est le Christ, le Seigneur.
DEUXIÈME LECTURE (Tt 2, 11-14)
« La grâce de Dieu s’est manifestée
pour tous les hommes
»
ÉVANGILE (Lc 2, 1-14)
« Aujourd’hui vous est né un Sauveur »

 

ACCUEIL INTRODUCTION

Bonsoir à toutes et tous,
la communauté de Saint-Merry vous accueille chaleureusement ce soir.

Qui que nous soyons, d’où que nous venions,
cette nuit nous rassemble pour célébrer la naissance d’un enfant,
naturellement, «né d’une femme» (Paul)

Né d’une femme comme chacune et chacun de nous,
première fraternité avec Jésus, première proximité avec le Christ.

Issu d’une lignée.
Évidemment pas n’importe laquelle
puisque Matthieu l’évangéliste écrit en exergue
«Livre des origines de Jésus, Christ, fils de David, fils d’Abraham »

Mais, là encore, comme nous, qui avons aussi des ascendants
probablement moins illustres ou totalement inconnus,
Jésus s’inscrit dans l’histoire d’un fragment d’ humanité .

C’est par cette généalogie surprenante
que nous vous proposons d’entrer dans la célébration de ce soir.

Pour ce faire, nous avons choisi trois figures : Rahaab, Ruth et Marie.

Trois femmes donc, citées par Matthieu,
parce qu’il serait temps
que notre Église prenne au sérieux « l’autre moitié du Ciel »,

Trois femmes à la marge, aux conditions sociales instables,
irrégulières, étrangères au moins pour deux d’entre elles,
en état d’infériorité manifeste face au poids des normes culturelles.

Trois femmes renvoyant ainsi à la situation difficile, dramatique parfois,
de tant de femmes aujourd’hui, bafouées, exploitées,
parfois juste parce qu’elles sont des femmes.

Trois femmes qui, pourtant à un moment de leur vie,
transgressent une histoire déjà écrite par des hommes
comme si le plan de Dieu passait par des médiations humaines
totalement surprenantes, inattendues.

Trois femmes qui ont à un moment choisi d’ exister autrement
pour, qu’à terme, Jésus soit.

Trois femmes qui ont accepté de se laisser bousculer
et d’inverser leur destinée participant ainsi à la généalogie de Jésus

Et donc, pour nous chrétiens du XXIe siècle,
afin que nous entrions dans la sienne
pour qu’il entre dans la nôtre.

Nous sommes dès lors spirituellement des fils et des filles
de Rahaab, de Ruth et de Marie ;

Par ces trois femmes,
nous sommes les enfants des enfants de leurs enfants
invités à accueillir la naissance et la vie de cet Enfant.

Alain Cabantous

Histoire de Rahab

Au livre de Josué,  l’auteur situe le rôle de Rahab
dans le mouvement de conquête de la terre promise,
mission confiée à Josué par Yahvé après la mort de Moïse.
Noter en passant que le nom Josué
comme celui de Jésus signifie “Dieu sauve”.
En prenant telle ou telle initiative, Josué réalise le plan
que Dieu a dévolu au peuple qu’il a choisi en scellant une alliance avec lui,
alliance de paix et d’amour offerte et étendue à toutes les nations de tous les temps.
Jésus, fait homme parmi les hommes en est l’incarnation.

Alors, le rôle de Rahab, femme,étrangère, prostituée, dans cette vaste mission?
Rahab, véritable paria tenant une maison close à Jéricho, ville que Josué veut conquérir.
Pour cela , Josué va y envoyer deux espions
qui doivent entrer dans la place, sans se faire prendre.
Écoutons plutôt le récit au chapitre II du livre de Josué
tout en comprenant que le petit incident relaté a une valeur symbolique.
Nous entendrons aussi que l’auteur place dans la bouche de Rahab
une confession de foi au Dieu vivant qui va livrer le pays aux hébreux.
Rahab sera sauvée de sa trahison  envers Jéricho en raison de sa foi.
car le Seigneur, votre Dieu, est Dieu là haut dans les cieux et ici-bas sur la terre
cette confession de foi fait d’elle un modèle de croyant.
Elle est reconnue comme telle dans une épître et  par Paul et de Jacques.

Marie-Thérèse Joudiou

Josué chapitre 2  versets 1 à 14

Josué, fils de Noun envoya secrètement deux espions.
Il leur dit :”Allez, observez bien le pays et la ville de Jéricho. »
Ils firent la route et entrèrent dans la maison d’une prostituée
qui s’appelait Rahab. Ils y couchèrent.

On avertit le roi de Jéricho :
”Des hommes, des Israélites sont entrés ici cette nuit pour espionner le pays.”
Alors le roi de Jéricho envoya dire à Rahab :
”fais sortir ces hommes qui t’ont approchée et qui sont entrés dans ta maison
car c’est pour espionner le pays qu’ils sont venus.”

Mais la femme alla cacher les deux hommes.Elle répondit :
”Ces hommes sont bien venus chez moi, mais je ne savais pas d’où ils étaient.
Ils sont partis à la tombée de la nuit quand on fermait les portes de la ville
et je ne sais pas où ils sont allés.
Lancez-vous vite à leur poursuite et vous les rattraperez”.
En réalité elle les avait fait monter sur sa terrasse
et les avait cachés sous des tiges de lin.
Les gens se lancèrent à leur poursuite dans la direction du Jourdain…
et dès qu’ils furent partis, on ferma la porte de la ville.

Les deux hommes n’étaient pas encore couchés
qu’elle les rejoignit sur sa terrasse. Elle leur dit :
” je sais que Yahvé vous a livré le pays.
Vous avez semé la panique parmi nous
et tous les gens du pays sont terrorisés devant vous.
On nous a dit comment Yahvé a desséché devant vous la mer des roseaux
lorsque vous sortiez d’Egypte et ce que vous avez fait
aux deux rois des Amorites de l’autre côté du Jourdain,
( à Sihon et à Hog, que vous avez voués à l’anathème.)

Lorsque nous l’avons appris, le coeur nous a manqué,
et maintenant à votre approche tout le monde est saisi de peur,
car, Yahvé, votre Dieu, est Dieu là haut dans les cieux et ici bas sur la terre.
Mais maintenant que je vous ai fait une faveur,
jurez moi par Yahvé que vous ferez vous aussi une faveur à la maison de mon père.
Donnez- moi donc une preuve de votre fidélité
et laissez vivre mon père, ma mère, mes frères, mes soeurs …
Arrachez-nous à la mort…

Les hommes répondirent :
“nous te le jurons sur notre propre tête à condition
que tu ne révèles pas notre conversation,
nous te traiterons avec fidélité et avec bonté
lorsque Yahvé nous aura livré le pays.”

Histoire de Ruth

Ruth est la mère d’Oved, père de Jessé,
lui-même père de David, le roi David !

Ruth a pour belle-mère Naomi,
qui a quitté Bethléem avec son mari et ses deux fils,
pour le pays de Moab, de l’autre côté de la mer morte,
à cause de la famine.

Après la mort de son mari et de ses deux fils,
Naomi décide de revenir à Bethléem
et rend leur liberté à ses deux belles-filles moabites.

Mais Ruth, très attachée à Naomi, lui dit :
« Où tu iras, j’irai.
Ton peuple sera mon peuple
et ton Dieu sera mon Dieu ».

Ruth accepte ainsi de quitter sa terre
et de devenir à son tour une étrangère.

 A Bethléem, en allant glaner dans des champs
pour assurer leur subsistance, Ruth va rencontrer Booz,
parent du mari de Naomi.

Booz rendra légitime ce qui ne l’était pas,
épouser une étrangère,
ouvrant ainsi la possibilité d’une descendance,
d’une filiation.

Eliane Brouard

Première rencontre entre Booz et Ruth
au chapitre 2 du livre de Ruth (versets 8 et 10 à 13) :

Booz dit à Ruth « Ne vas pas glaner dans un autre champ ;
non, ne t’éloigne pas de celui-ci, mais attache-toi aux pas de mes servantes ».

Ruth lui dit « Pourquoi m’ai-je trouvé grâce à tes yeux,
pourquoi t’intéresser à moi, qui suis une étrangère ? »

Booz lui répondit « On m’a dit et répété
tout ce que tu as fait pour ta belle-mère après la mort de ton mari,
comment tu as quitté ton père, ta mère et le pays de ta parenté
pour te rendre chez un peuple que tu n’avais jamais connu de ta vie.
Que le Seigneur te rende en bien ce que tu as fait.
Qu’elle soit complète la récompense dont te comblera le Seigneur,
le Dieu d’Israël, sous les ailes de qui tu es venue t’abriter. »

Ruth lui dit « Que je trouve toujours grâce à tes yeux, mon Seigneur !
Oui, tu m’as consolée, oui, tu as parlé au cœur de ta servante,
à moi, qui ne suis même pas comme l’une de tes servantes ».

HOMÉLIE

En cette veillée de Noël, il m’est revenu en tête une vieille chanson
non de Johnny mais de Joe Dassin reprise par Hélène Ségara
«  et si tu n’existais pas, dis-moi pourquoi j’existerais ? ».

Les parents pourront la chanter ce soir aux enfants !
Oui, Dieu, si tu n’existais pas, serions-nous là ce soir,
seuls ou en famille pour te fêter ensemble ?

Serions -nous là même pour redécouvrir ces longues chaînes de fidélité
qui nous traversent et qui remontent à Jésus lui-même ?
Serions-nous là pour redécouvrir que l’histoire même de Jésus
est portée par toutes ces femmes,
dont la variété de vocations et de destinées jusqu’à Marie est assez incroyable ?

Oui, soyons joyeux de redécouvrir la richesse de cette aventure humaine et spirituelle.
On le sait bien, elle passe par des hauts et des bas, des détours et des retours,
car Dieu ne se lasse pas de nous surprendre,
plus particulièrement ce soir en prenant le visage d’un enfant.

Cette nuit où la Parole s’est faite chair ne se passe pas sans la médiation des femmes,
dont Marie, la première qui aura pris le plus soin de ce nouveau-né,
fragile – parce que né dans une situation hélas très précaire
comme beaucoup de naissances dans le monde aujourd’hui
– mais qui tout de suite attire l’attention des plus humbles qui vont se reconnaître
« dans celui qui sera désormais la mesure de toute chose » (K.  Barth),
la mesure de notre propre espérance.

Dieu vient à nous dans la discrétion
mais aussi dans la victoire de la lumière sur les ténèbres.
Il y a la lumière de la Résurrection, c’est la veillée pascale.
Mais il y a aussi la lumière de la Nativité, c’est Noël.

A Paris, de lumières nous n’en manquons pas :
des néons, des guirlandes, des grands magasins…
mais l’étoile lumineuse qui nous conduit comme celle des bergers,
l’étoile lumineuse dans les yeux d’un enfant, la voyons-nous ?

Ce soir nous fêtons aussi l’événement d’une maternité :
Jésus, né de Dieu, est aussi né d’une femme.
« N’est-ce pas le fils de Marie ? » demanderont les gens de Nazareth

En tant que chrétiens, ne méprisons pas ce premier pas :
nous avons d’abord à reconnaître la pleine humanité de Jésus.
Le Fils bien-aimé du Père rejoint la condition humaine.
Dieu n’a pas trouvé de meilleur moyen de nous dire
qui il est que de venir à nous dans la fragilité d’un enfant.

Noël, c’est Dieu qui vient à la rencontre de l’humanité
et qui nous invite à engager le dialogue avec les femmes du monde entier.

Ne devrions-nous pas être pressés et joyeux
de partager la joie de cette naissance au monde,
la joie de cette venue inattendue,
la joie de s’impliquer dans cette aventure radicale ?

Si Jésus est né d’une femme il y a deux mille ans,
c’est pour naître à chaque moment, dans chaque cœur,
pour apporter paix et bonheur à toute vie humaine,
pour faire briller la lumière dans notre monde.

«  Marie écoute, adhère, se donne, se perd dans ses abîmes »
dira Maurice Zündel : « sa chair peut devenir le berceau de l’éternelle Parole.
Mais Marie, à la suite de toutes les femmes, donne audience au Verbe silencieux ».
Laissons nous ce soir transporter de cette joie-là !

Jean-François Petit

ENVOI

Cette nuit, inscrits dans la descendance de Rahaab, Ruth et Marie,
des femmes ayant choisi leur destin et leur foi,
ensemble, entrons dans la joie, une vraie joie qui donne du goût à le vie,
une vraie joie qui nous arrache un cri d’humanité,
comme celui du petit enfant, le signe d’un futur possible,
d’un changement en cours ou à opérer.

Allons dans la paix du Christ !

Jacques Debouverie
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