« Ne te dérobe pas »

« Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans-abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. » La lecture du livre d’Isaïe donne le ton de ce cinquième dimanche du temps ordinaire.

Dimanche 9 février 2014 Année A 5èmeordinaire Lectures Lecture du livre d’Isaïe Is 58, 7-10 Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu Mt 5, 13-16 Le-Bon-Samaritain_large

« Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. »

Commentaire suite à la lecture de l’Evangile de Mathieu
Mardi dernier, en acceptant de commenter cet évangile de Mathieu, j’ai vite réalisé  que des phrases bien pensantes ne conviendraient pas.
C’est un témoignage vécu qui m’a paru le plus opportun pour illustrer ces versets où il est question de sel et de lumière. Le voici orienté vers la lumière.
Pharmaciens, Claire et moi, nous avons exercé notre métier pendant 10 ans dans un quartier peuplé en grande partie d’immigrés de  tous pays.L’un d’eux pénètre un matin dans la pharmacie, une ordonnance à la main.
A sa lecture, je constate que les médicaments prescrits sont dangereux. Je dois les inscrire sur l’ordonnancier en lui demandant son nom et son adresse.
Un embryon de relation s’établit alors entre nous. « Je suis monsieur X et j’habite en face de chez vous. Je loge au rez-de-chaussée et je suis le gardien, responsable du sous-sol de l’immeuble. Ce lieu permet aux musulmans du quartier de se réunir le vendredi à midi pour prier. »
J’ai donc en face de moi un musulman, homme de 50 ans environ, nord africain.
Alors que s’est-il passé ?
L’adaptation a été rapide. C’est le traitement de la  « maladie »  qui fut à l’origine d’une relation de confiance entre nous.De sa part, dire sa souffrance et ses malaises, évoquer les événements de sa journée , de notre côté, écouter ses demandes, exécuter l’ordonnance, la commenter en détails : tout cela a créé des liens qui se sont insensiblement transformés en une relation  où l’autre devient proche.
Les mois ont passé. La santé de notre voisin s’est progressivement dégradée.
De notre côté, Claire et moi, fatigués, avons décidé de prendre notre retraite. Nous avons informé notre ami de notre départ. Sa réaction fut étonnement, déception et peut-être tristesse. Il nous l’a manifesté de façon inattendue. Un matin, il entre dans l’officine en nous tendant un paquet joliment enveloppé. « Voilà pour vous, Monsieur et Madame Fournier. » L’emballage dégagé, nous avons découvert un livre encore inconnu dans notre bibliothèque. Son titre : « Le Coran, en numéro spécial édité par France-Islam ». Mutuellement, avec émotion, nous nous sommes dit : « Merci » .
Quelques jours après, nous apprenions son décès. A-Dieu le frère, A-Dieu l’ami !
Quel est le lien ce témoignage avec la lumière de l’Evangile ?
J’ai découvert que :
– L’appel, écouté et bien entendu, engendre l’action
– L’action bien ajustée  à la demande engendre une relation de confiance.
Alors sans cesse, de part et d’autre, des lampes s’allument et se répondent.C’est en avançant l’un vers l’autre que la lumière jaillit et nous éclaire mutuellement.
nous la source de cette lumière jaillissante ? Bien sûr que non. La source, elle est chez Celui qui est à l’origine de notre foi et de nos actions. On l’appelle l’Esprit.

Charles Fournier

  Offrande Seigneur, voici pour nous le temps de l’offrande. Avec ce pain et ce vin que nous te présentons, nous t’offrons ce que nous avons reçu de toi, le don de la vie. Partager ce pain et ce vin avec les hommes et les femmes d’aujourd’hui, pleins de nos désirs et de nos rêves et malgré nos peurs et nos lâchetés, pleins de nos espoirs et de nos ambitions et malgré nos résignations et nos abandons, pleins de notre émerveillement devant les promesses du monde et malgré nos insouciantes indifférences, partager donc ce pain et ce vin c’est te recevoir au cœur même de notre passion d’exister, c’est entendre ton appel à aimer vraiment, c’est-à-dire, à aller jusqu’au bout de notre désir d’aimer, c’est recevoir ton pardon qui délivre et ouvre l’avenir, c’est nous unir à ton Fils pour devenir nous-mêmes paroles de ressuscités … et, solidaires de l’humanité, de toute l’humanité, dans ce vaste bouillonnement de la modernité, c’est écrire nous-mêmes les Béatitudes du XXIe siècle et anticiper le repas de la fraternité que tu promets. C’est vivre la liberté que tu nous donnes à vivre comme acte d’amour.

Daniel Duigou

 Nous disons merci Vraiment, il est juste et bon de te rendre grâce, de t’offrir Seigneur notre action de grâce, toujours et en tout lieu, par ton Fils Jésus le Christ. Verbe devenu chair, il a ouvert aux hommes et aux femmes de son temps l’intelligence de la loi, celle de l’amour. Aujourd’hui, dans ce monde à la recherche de nouveaux repères, l’Esprit Saint continue de nous inspirer pour que nous inventions à notre tour, dans une configuration différente, un nouveau paradigme pour le bonheur de l’homme. Il transforme nos manques en force, notre tranquillité en rébellion, nos pleurs en courage, notre compréhension en audace, nos différences en fraternité, notre faim et notre soif de justice en espérance d’un monde meilleurs. Lui qui ne s’est pas dérobé, il nous appelle à être les acteurs de notre devenir.

 Seigneur, Que ton repas nourrisse en nous le courage de ne pas nous dérober à l’autre, à son appel, à ses manques qui  inquiètent, à sa détresse qui déstabilise, mais aussi à la puissance de son désir d’exister,  un défi  vis-à-vis de nous-mêmes, en vérité, vis-à-vis de notre propre désir de vivre et d’aimer. Que ton repas nourrisse en nous, également, la volonté de ne pas nous dérober au défi de notre temps, à notre responsabilité de citoyen dans une société de plus en plus violente et désorientée. Que ta parole renforce en nous le désir de prendre notre part de responsabilité vis-à-vis de ceux que nous rencontrons sur notre chemin, de ceux avec qui nous faisons l’expérience de la vie, là où nous sommes engagés que nous le voulions ou non. Que ton festin renforce en particulier notre solidarité avec les plus faibles, avec ceux qui, comme les nommait Isaïe, avec ceux qui ont faim, qui sont sans vêtement et sans abris ; ils sont notre semblable. Ns sommes parfois, si souvent, comme eux, au bord du monde, à la recherche d’un refuge, comme désarticuler en quête de vérités humaines et de possibles amitiés. A la recherche d’une foi qui nous sorte enfin des ténèbres et nous sauve de la nuit. A la recherche de la lumière de midi. 

Daniel Duigou

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *