Ce sont d’abord les dernières pages que j’ai feuilletées dans ma vieille édition du Livre de Poche pour retrouver comment se terminait l’histoire, comme pour me rassurer : « Les portes de la ville s’ouvrirent enfin, à l’aube d’une belle matinée de février, saluées par le peuple, les journaux, la radio et les communiqués de la préfecture ». Bon, donc ça finit bien un jour !  Et plus loin : « … faire comme tous ceux qui avaient l’air de croire autour de lui que la peste peut venir et repartir sans que le cœur des hommes en soit changé». Il est question aussi «de tous ceux qui avaient perdu toute joie avec l’être maintenant égaré (…) Mais qui pensait à ces solitudes?» Et dans les toutes dernières lignes : «on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser».

Mais j’aurais dû commencer par le commencement de cette chronique fictive, cette fable, construite en miroir de l’invasion de la France par la peste brune « en 194.» Aujourd’hui la lecture, pleine de surprise et d’imprévu, peut suivre la montée de la pandémie et du confinement, le moment où tout bascule : « À partir de ce moment, il est possible de dire que la peste fut notre affaire à tous. Jusque-là malgré la surprise et l’inquiétude que leur avaient apportées ces événements singuliers chacun de nos concitoyens avait poursuivi ses occupations, comme il l’avait pu, à sa place ordinaire. Mais une fois les portes fermées, ils s’aperçurent qu’ils étaient tous, et le narrateur lui-même [Jean Verrier ?], pris dans le sac et qu’il fallait s’en arranger».

Albert Camus

L’acteur principal est un médecin. Ce livre peut aussi être lu comme un hommage au personnel soignant, ces héros du quotidien que nous applaudissons le soir à 20 heures à nos balcons. On demande au médecin: « Pourquoi montrez-vous tant de dévouement puisque vous ne croyez pas en Dieu? (..). il avait répondu que s’il croyait en un Dieu tout-puissant, il cesserait de guérir les hommes, lui laissant alors ce soin». L’histoire, celle du livre comme la nôtre, n’est pas finie, et chaque événement nouveau que nous vivons aujourd’hui réveille de belles et fortes pages endormies. Oui c’est vraiment le moment de lire ou de relire La Peste d’Albert Camus. 

Jean Verrier

  1. BruasRoger et Jacqueline says:

    Merci Jean, ton article est vraiment d’actualité et va m’aider à relire « la Peste », comme beaucoup d’amis autour de moi.
    Roger et Jacqueline Bruas

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