Notre terre… Art/COP 21 à Saint-Merry

Du 20 novembre au 20 décembre 2015, Saint-Merry accueille six artistes des arts visuels qui proposent des œuvres fortes questionnant les responsabilités collectives dont la COP 21 est porteuse.

Le CPHB se mobilise activement depuis de nombreux mois sur la question du climat. L’art est une composante particulière : le second semestre 2015 a bénéficié d’une programmation artistique avec l’exposition d’été, Green Memory de Pascale Peyret, et la Nuit Blanche, Présage de Djeff et Monsieur Moo.

1400 DSC00083Durant le mois de la Cop 21 six artistes se sont installés dans différentes parties de l’église et parlent de « Notre Terre… »[1]

  • Le film noir de Lampedusa, installation de Clay Apenouvon
  • Ouppsss !! , installation de Pedro Marzorati
  • Red Vision, photographies de LWO
  • Katrina, peintures de France-Noëlle Pellecer
  • Equivalent, installation de François Kenesi
  • Synapses, installation de Kler Schnéberger et Alexandre Bouton

Leurs œuvres utilisent des medias très différents et relèvent de plusieurs visées esthétiques ou politiques :

  • Représenter. La représentation du monde et de concepts utilisés par les responsables impliqués dans la question du climat (François Kenesi, Kler Schnéberger et Alexandre Bouton). Nommer et expliciter les enjeux font partie des préalables aux politiques publiques.
  • Évoquer. L’évocation des tragédies mondiales récentes ou à venir nourrit la mémoire sociale et humaine (Clay Apenouvon, LWO, France-Noëlle Pellecer). Il faut les dire et les redire pour ne pas éluder nos responsabilités collectives et individuelles.
  • Agir. L’invitation à la mobilisation individuelle et collective (Pedro Marzorati) qui peut se faire joyeuse.

L’exposition se veut directe : le cartel de chaque œuvre est constitué d’une phrase qui sollicite le visiteur ou explicite sobrement son sens.

Cet événement à Saint-Merry organisé par Voir et Dire fait partie de la mobilisation nationale Artcop21 ; la presse nationale a salué l’initiative du CPHB.

« Ouppsss !! » de Pedro Marzorati 

1200 PM DSC00037Une ode à la vie. Les hommes ont besoin d’un surcroît d’énergie, individuelle et collective, pour pouvoir se relever et avancer.

Ouppsss !! est une ode poétique à la fragilité humaine, qui parle des hommes confrontés à des événements et ensevelis dans leur histoire personnelle pour des motifs multiples, économiques, sociaux, politiques ou à la suite de catastrophes naturelles.

1200 PM DSC00107L’installation est constituée d’une main, un poing de grand format peint en bleu sortant d’un amas de planches et tenant un arc de chaises en équilibre, devant les fresques dorées de l’iconographie religieuse d’il y a près de 200 ans. Élaborée il y a quelques années, cette œuvre trouve une résonance particulière avec l’énergie déployée par des individus et de multiples ONG pour que les négociations sur le climat aboutissent enfin. Mais, fondamentalement, son sujet dépasse ce qui se joue à Paris début décembre.

Ouppsss !! déborde de son espace, dans le déambulatoire et la chapelle attenante. L’énergie est contaminante ; la joie est surabondante.

« Quel que soit l’endroit où elle habite sur la terre, cette population a besoin d’un surcroît d’énergie, individuelle et collective pour pouvoir se relever et avancer. »

Marzoratti MontsourisToujours pour la COP 21, Pedro Marzoratii propose une autre œuvre magnifique au parc Montsouris à Paris, avec des visages d’ hommes en bleu (le moulage de la tête de l’artiste) qui tente d’émerger de l’eau. L’idée est proche et littérale : il faut sortir la tête de l’eau!

http://www.pedromarzorati.com /// Chapelles nord

« Le film noir de Lampedusa » de Clay Apenouvon

Mise en lumière de Christophe Grelié

1400 DSC00045Les fragments rejetés par la mer forment un récit, « film noir » au sens premier où tout est noir. N’y-a-t-il pas autre chose que des déchets ? Peut-on entendre les cris de désespoir des naufragés ?

À Lampedusa, un homme, Giacomo Sferlazzo et son association Askavusa ramassent chaque jour les objets rejetés par la mer. Des objets qui appartiennent aux migrants cherchant un avenir meilleur et trouvant parfois la mort. Il les recueille comme des reliques et aimerait créer un «musée du silence»…

 

1200 w CA 2 DSC00052Clay Apenouvon fait de cette quête des fragments rejetés par la mer un récit, un film noir au sens premier, où tout est noir et, à cette fin, il recouvre tout de plastique noir.

À l’aide des fragments rejetés par la mer, il cherche à lire le désespoir de ces hommes et de ces femmes quittant l’Afrique pour rejoindre l’Europe. Les mêmes vagues, qui amènent les corps de ces malheureux, charrient aussi toutes sortes de déchets marins ainsi que du mazout.

1400 DSC00049« En poursuivant le questionnement, j’ai choisi d’interroger l’image symbolique de la marée noire, déchets pétroliers visibles et, dans le même temps, d’imaginer les hommes, femmes et enfants qui sont pris dans ce piège noir ; inexorablement, ils sont ramenés au rang terrifiant de déchets de l’humanité. Tout est mélangé, on ne reconnaît ni Humains ni déchets, tout devient juste noir brillant et opaque. Dans ces courants, les objets personnels, les fragments de vies sont illisibles. Je m’intéresse alors à leurs objets, à leurs vies, à leurs mémoires, à leurs vécus… Je m’interroge : peut-on y voir réellement autre chose que des déchets ? Quelque chose de vivant ? D’humain ? Peut-on entendre les cris de désespoir des naufragés ? »

1400W DSC00101En « s’écoulant » de l’autel, l’installation réactualise la théâtralisation rococo de cette chapelle du XVIIIe. La belle mise en lumière y associe le tableau d’Antoine Coypel (1749). L’artiste baroque a peint un Christ dont le regard se porte non sur ses deux compagnons mais sur chaque prêtre officiant à l’autel. En 2015, ce regard se tourne vers les déchets noirs. Une analogie visuelle à « Laudato si », l’encyclique du Pape François qui dénonce les effets des politiques climatiques et création d’une culture du « déchet humain » ?

La symbolique de l’installation est enfin redoublée par la réalité invisible du lieu où elle est montée : les dalles de la Chapelle de communion cachent l’ossuaire de Saint-Merry, d’autres morts anonymes.

http://www.clayapenouvon.com /// Chapelle de communion

« ≡ équivalent » de François Kenesi

Conseiller scientifique : Rémi André, élève ingénieur à l’ESPCI ParisTech

1400 DSC000583000 formes d’un lingot de 1 kg de carbone : « équivalent» de la masse de carbone émise en moyenne chaque année par un Français, son bilan carbone annuel.

Cette installation conceptuelle dans le Claustra est au croisement de l’art et du discours scientifique. Elle vise à sensibiliser le visiteur aux effets de ses actes et à ce qui devient la mesure de tous nos actes : le bilan carbone en équivalent CO2 de nos activité, déplacements, logement, nourriture, …

≡ est le symbole mathématique international pour « équivalent » et reprend la forme de trois lingots.

1400 w DSC00053L’artiste a en effet dessiné mille ≡, soit 3000 fois un lingot de 1 kg de carbone C : « équivalent » de la masse de carbone émise en moyenne chaque année par un Français, c’est-à-dire son bilan carbone annuel, 12 tonnes de CO2.

Ces 12 tonnes de CO2 sont contenues dans le volume d’air de l’espace intérieur de Saint-Merry. Ainsi, par son activité, autre équivalence, chacun « pollue » en moyenne un volume égal à celui de cette église.

Tout l’espace du claustra est envahi par ces formes rigoureuses crayonnées au graphite (du carbone) sur du papier, répétées comme des ‘ex-voto’, alignées et implacables comme l’est la lente dégradation du climat. Le claustra devient une chapelle d’un autre genre.

1400 W DSC00063Devant ce claustra, une table de bridge et le moule en bois, parfaitement sculpté, qui a servi aux milliers de dessins !

L’artiste s’engage et reçoit les visiteurs, parle avec eux sur le mode de la conversation autour des effets de leurs multiples activités, et repartent avec leur papier , au verso duquelle, l’artiste inscrit son prénom et celui de son visiteur.

Il a fallu beaucoup de temps pour mettre en œuvre cette installation ; cela est perceptible par tout visiteur inséré dans l’œuvre. La question du climat a aussi une dimension temporelle.

http://www www.kenesi.fr ///Claustra

« Red Vision » de LWO

Une chaleur rougeoyante irradie l’atmosphère : notre futur ?

L’exposition de LWO, est constituée de photos d’un univers de fiction qui pourrait devenir une réalité. L’atmosphère a changé. Une lueur rouge orangé recouvre la planète : Serait-ce notre futur ?

« Alors que le soleil se fait plus rude, certains de ses rayons frappent par endroit, tels des lasers géants. Ils irradient en profondeur tout ce qu’ils rencontrent. Une lumière étrange chargée de minuscules particules s’en dégage tout autour. Ce nuage transparent pénètre les immeubles, imprègne les murs et les meubles, qui à leur tour irisent l’environnement proche.

1200 2 LWO DSC00042Qu’on soit dehors ou à l’intérieur, le phénomène est permanent. La nature est fortement impactée, les arbres et les plantes dépérissent, le sol se fait acide, l’air est suffocant, des cohortes de réfugiés errent sur des terres devenues hostiles. Au travers de ce reportage fictionnel, il s’agit, par effet miroir, de réfléchir sur notre fragile environnement et sur ce que pourrait devenir notre vie au quotidien si on ne fait rien pour le préserver. »

http://www.LWO-station.com /// Deux chapelles nord

Claustra

« Katrina » de France-Noëlle Pellecer

technique mixte sur toile 60x40 photos documentaires
technique mixte sur toile 60×40
photos documentaires

Louisiane 2005, l’ouragan « Katrina » est passé et a creusé une société inégalitaire. La tragédie humaine se répète, notre responsablité ne peut être éludée.

Six toiles (60×40) réalisées à partir de photos documentaires ; un travail pictural pour exprimer les effets des inondations.L’accrochage sur les grilles du démbulatoire fait face à un lieu de prière très populaire, la statue de saint Antoine.

MNP 3 DSC00030« L’Ouragan Katrina en 2005 qui a provoqué le chaos en Louisiane et ses conséquences sur les populations les plus défavorisées nous a fait toucher du doigt la réalité d’une société inégalitaire qui ne cesse de grandir. Il fait aussi écho à nos fragilités et à nos responsabilités envers les générations futures. C’était Katrina, mais cette tragédie humaine se répète à l’occasion d’autres catastrophes plus récentes. »

http://pellecer.ultra-book.fr /// Déambulatoire

Claustra

 « Synapses » de Kler Schnéberger et Alexandre Bouton

1400 DSC00142La Cop 21, un enjeu d’intelligence collective, un moment où les cerveaux des hommes doivent collaborer. L’arbre, un vivant dont les branches sont reliées en réseau comme des « synapses » humaines.

Pour réussir, la COP 21 doit mobiliser l’intelligence collective des dirigeants politiques et des responsables économiques aux côtés des représentants de la société civile engagés pour cette cause depuis longtemps. Les cerveaux des hommes, siège de l’intelligence individuelle qui doit collaborer de manière croissante pour maitriser l’avenir, trouvent des analogies formelles dans la nature : la frondaison des arbres.

1400 w 350 DSC00126Leurs branches sont reliées en réseau comme des synapses humaines (du grec sunapsis = lieu de jonction, connexion). Des arbres se prêtent plus précisément à cette ressemblance, le Salix erythoflexuosa, saule tortueux aux branches rouges, ou encore le noisetier pleureur. Au-delà du symbole, l’arbre joue, en outre, un rôle fondamental de régulation et d’absorption du CO2.

1400 w DSC00155Les deux artistes (une sculptrice et un architecte du développement durable ) ont « construit », à l’entrée de Saint-Merry, deux arbres hybrides (saules & noisetiers) de taille importante (4 à 5 m de hauteur), plantés dans des buses de béton afin d’affirmer le contraste entre la nature, la voûte, le monde urbain autour. L’échafaudage monté pour la réhabilitation des vitraux de Saint-Merry sert de fond de scène (bois et voile transparent) et théâtralise l’installation. Deux bancs sont intégrés à l’installation.
Les visiteurs peuvent s’y asseoir et s’abriter sous les arbres, voir l’église autrement, méditer ou discuter avec d’autres.

bleukler@gmail.com et bouton_alexandre@yahoo.fr /// Bas côté Verrerie

 

Jean Deuzèmes

 

Retrouvez l’esprit de cette chronique sur www.voir-et-dire.net, l’expression du réseau des arts visuels de Saint-Merry. Un moyen de découvrir l’art contemporain par les photos, les films, les analyses d’expositions et les commentaires d’œuvres. Une manière d’entrer dans les expos de Saint-Merry, par les mots.

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[1] Ce titre repose sur un jeu de mot autour de « Notre Père alors que l’on utilise depuis fort longtemps l’expression : la terre mère, la Gaïa de la mythologie grecqueDiapositive2

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