Conques, Jugement dernier

Nous croyons dans un Dieu qui s’est incarné, et ça change… tout !

« Un Dieu qui s’incarne, cela veut aussi dire que la parole de Dieu n’est pas une parole qui tombe du ciel. Toute parole de Dieu ne peut être autre qu’une parole à hauteur d’homme ». De Michel Bouvard
Santo Domingo de Silos (Castille), Visage du Christ (détail du relief du doute de Thomas)
Santo Domingo de Silos (Castille), Visage du Christ (détail du relief du doute de Thomas)

Le verbe s’est fait chair (Jean 1, 14). Notre Dieu s’est incarné, l’aventure a commencé avec le oui fragile et inquiet d’une femme, Marie. Notre Dieu a vécu notre condition d’homme, notre Dieu a connu la faim, la soif, la fatigue, l’angoisse, Il a confronté l’incrédulité (Thomas), le reniement (Pierre), la trahison (Judas), lui-même a chuté (quand il portait la croix), Il a souffert, et s’est senti abandonné. Bref notre Dieu a connu ce que nous connaissons tous, à un moment ou un autre de notre vie.

Qu’est-ce que cette histoire incroyable – un dieu qui devient homme change pour nous ?
Mais ça change tout !
D’abord cela signifie que l’humain est sacré. Qu’il soit blanc, black ou beur. Qu’il soit riche ou pauvre. Qu’il soit malade, handicapé ou bien portant. Voilà le fondement du christianisme, et de tout humanisme auquel il a donné naissance. Et ce n’est pas sans implication dans nos vies, en termes d’attention à nos compagnons de route !
L’humain est d’autant plus sacré que notre Dieu cherche à faire sa demeure en lui… Voyez Jean 4 (épisode de la samaritaine) : « mais l’heure vient – et c’est maintenant – où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem qu’il faut adorer, mais en esprit et en vérité ». Ce qui compte c’est la vérité de la relation intime de l’homme à son Dieu. Le cœur de l’homme devient le temple de Dieu. Mépriser l’humain, c’est mépriser ce Dieu qui s’incarne. Et la liberté de conscience commence là, dans cette relation intime que chacun peut avoir et qui ne regarde personne d’autre.

Santo Domingo de Silos (Castille), Le doute de Thomas, relief du cloître inférieur
Santo Domingo de Silos (Castille), Le doute de Thomas, relief du cloître inférieur

Un Dieu qui s’incarne, cela veut aussi dire que la parole de Dieu n’est pas une parole qui tombe du ciel. Toute parole de Dieu ne peut être autre qu’une parole à hauteur d’homme, une parole d’amour d’un cœur qui parle à un autre cœur.
Et comme notre Dieu a vécu tous nos tourments, qu’il connaît la misère humaine, ses paroles sont d’abord des paroles d’attention à l’autre, de miséricorde et de pardon. Son objectif premier ne peut être que de remettre debout le frère qui a chuté. Lisez tous les miracles. Lisez le récit de la femme adultère : « va et ne pèche plus ! » Et quand le fils prodigue revient, après avoir fait les 400 coups, il organise une grande fête…
Le programme de notre Dieu est clair : les béatitudes ! Le bonheur est pour les purs, les assoiffés de justice, les miséricordieux, les… L’application pratique est tout aussi simple. Voyez Matthieu  25… « Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire, j’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli, nu et vous ne m’avez vêtu, malade et prisonnier et vous ne m’avez pas visité… ». L’attention à l’autre, sans condition, point final.

Santo-Domingo-de-Silos-Castille-Les-pélerins-dEmmaus
Santo-Domingo-de-Silos-Castille-Les-pélerins-dEmmaus

Au sommet de sa vie, quand il institue l’eucharistie – je me réfère au texte de Jean –il lave les pieds de ses disciples. Oui, notre Dieu lave les pieds des hommes ! Geste dont on mesure encore plus le caractère hautement symbolique quand on l’a pratiqué. Oui, notre Dieu allie les gestes à la parole, jusqu’au bout, jusqu’à en mourir.

Voilà ce qu’implique l’incarnation de notre dieu. Voilà ce qu’est notre foi. Être transparent à l’amour de notre dieu. Se laisser habiter par cet amour. Croire que cet amour est plus fort que la mort. Ne pas faire ombre à la lumière. Porter la flamme de l’espérance, malgré tout. Se convertir et se relancer. Croire qu’au-delà de l’échec, un rebond est toujours possible.

On n’est pas obligé d’y adhérer, on peut estimer que ce sont des bêtises, que c’est trop exigeant, trop radical, ou qu’il serait plus rassurant de mettre en place des règles et des interdits. Mais ainsi est l’Évangile, fait d’exigence et de miséricorde.
Si telle est notre foi, il reste une question fondamentale : pourquoi une partie de notre église, qui se dit être le corps du Christ, cherche-t-elle encore et toujours à nous imposer une parole qui tombe du ciel, une parole autoritaire qui ne respecte pas la liberté de conscience, une parole de condamnation, une parole qui exclut (je pense aux exclusions au baptême), le tout basé sur une morale étriquée ?
Pourquoi certains prélats de la Curie continuent-ils de se comporter comme les pharisiens que Jésus a passé son temps à combattre ?
Pourquoi veulent-ils interdire la communion aux divorcés-remariés, quand le Christ a partagé son dernier repas avec Pierre qui allait le renier et Judas qui allait le trahir ?
Pourquoi profèrent-ils continuellement des paroles de condamnation ? Rappelons nous qui a été le premier homme à rentrer au royaume de Dieu : un condamné mis à mort aux côtés de Jésus !
Heureusement François est venu, ses paroles traduisent qu’il est pleinement conscient de cette situation. Mais arrivera-t-il à convertir les forces réactionnaires de l’Église qui voient en elle le dernier rempart contre le « tout fout le camp » ?
« Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures » disaient les pèlerins d’Emmaüs (Luc-ch.24). La Parole de Dieu fait brûler le cœur des hommes. Quand en sera-t-il ainsi de celle de l’Église ? C’est pourtant ce qu’attend notre monde, et cette attente est aussi vraie aujourd’hui qu’il y a 20 siècles…

 

Michel Bouvard
Écrit à Sylvanès, ce jour de Pâques 2015

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