Nous ne voulons pas d’une Église divorcée de nos vies

« L’Église institution serait-elle si fatiguée du sourire toujours neuf de la vie pour s’obstiner à résister à se réjouir de la capacité d’aimer, plus vaste que nous-mêmes ? ». La contribution de Marie-Christine au débat sur la famille.
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Le Pape François a ouvert un chantier planétaire concernant la famille. C’est en effet au cœur de ce noyau initial de nos vies que, pour un chrétien, se reçoit le message évangélique. Est-ce une découverte pour l’Eglise qui semble avoir longtemps fonctionné comme si cela se passait dans les sacristies et les séminaires ? Oui, l’Evangile s’origine au creuset de la famille, au fil de nos jours et du quotidien.

Le questionnaire pour le Synode m’est d’abord apparu comme une énième agitation de l’appareil ecclésial, opérée trop tard, et sans réelle volonté de rejoindre la vie, nos vies. Mais en dépit de toute attente, la personnalité prophétique de notre Pape François ouvre les fenêtres, libère les miasmes d’une curie dont les membres ne semblent comprendre la famille que comme celle du conditionnement de leur propre enfance et d’un autre siècle… François fait entrer la lumière jusque dans les coins sombres et la clarté de l’évangile dans l’ordinaire de notre destin humain.

Affrontant les questions de la famille, l’Eglise aborde bien sûr la question des divorcés remariés. Pour ma part, la crispation de l’Eglise à propos du divorce, assortie des ruminations d’arguments théologiques, m’a longtemps laissée indifférente. Puis, j’ai épousé un homme divorcé. Nous nous sommes rencontrés deux ans après son divorce. Il était encore blessé. Nous avons fait patiemment connaissance, sans aucun autre projet que de se respecter et s’accueillir, et croire que l’avenir est à vivre. Treize ans plus tard, nous marier était une simple  évidence ; en somme, nos vies s’étaient déjà épousées. Passage devant le maire avec nos amis témoins, puis quelques mois plus tard joie de réunir nos intimes, enfants pour lui, neveux et nièces si chers pour moi qui n’ai pas eu d’enfants. Pas de lectures édifiantes, pas de sous-bénédiction, mais la chance d’avoir auprès de nous deux prêtres proches de nos vies depuis longtemps, que « nos jeunes » connaissent bien ; discret et remarqué signe d’attachement à nos convictions chrétiennes. Leur simple présence, petite croix sur le revers de leur veston, a été joie profonde. Ils étaient témoins que nos deux chemins cherchant à s’accorder se reliaient à la Nouvelle heureuse et féconde que nous recevons des Evangiles.

Depuis mon mariage, me voilà située par l’Eglise-institution : dans l’exclusion. Ce n’est pas grave : comment se sentir concerné par des postures en contradiction frontale avec la force de vie qui me fait aimer le message de Jésus, et chercher sa trace ?

J’avoue sourire de ces hommes « d’Eglise » se félicitant d’une plus grande facilité à obtenir l’annulation d’un mariage. Quel paradoxe extravagant ! Depuis nos catéchismes, nous sommes « homélisés » sur la bonté de Dieu, sa miséricorde, sa voie « chemin, vérité, vie », mais ils envisagent sans état d’âme de passer à néant la réalité humaine de deux êtres et des enfants nés de la vie – si bancale et blessée qu’elle ait été -. Le réalisent-ils, ils adoptent là une catégorie juridique de propriétaires traitant de leurs biens, qui peuvent donc, à tout moment, décider préférable d’annuler un contrat mal ficelé et gênant leurs intérêts. Ont-ils conscience, ces hommes « de Dieu», qu’ils s’adressent à des personnes, non à des objets ? Etrange clivage, ils nous le disent : pas une seule seconde de nos vies ne vient de nous-mêmes ; nos vies se reçoivent de plus grand que nous. Comment oser prétendre avoir la maîtrise d’« annuler » le moindre de nos pas ? Ils nous le disent : « si ton cœur te condamne, Dieu est plus grand que ton cœur » ; on a appris que chacun de nos actes est à notre dimension d’humain incarné, jusqu’à notre dernier souffle…

Penser « annulation » n’est rien d’autre qu’une offense à la vie. L’amour de Dieu nous suit, jusque dans les recoins inconnus et mal aimés de notre âme. Et nous annulerions cette présence… ? Comment a-t-on pu produire cette absurdité ? Que cherche-t-elle à protéger ? Que défend une institution qui confie sa gouvernance à des hommes qui ont renoncé à un engagement familial : pas de femme, pas d’enfants ? Veulent-ils perpétuer le rêve de l’idéal de perfection enseigné dans leur séminaire ? Ou protéger le renoncement qu’ils ont été tenus de faire ?

Et arrive la notion du sacrement. Pour l’Eglise catholique, le mariage est un sacrement. Pas facile de traduire ce mot à quelqu’un qui vit à mille lieues du monde catholique, à nos proches bien souvent… D’où vient que l’Eglise se donne l’autorité d’apposer son label sur le parcours de nos vies : ceci est sacrement, ceci ne l’est pas ? Et pourquoi est-elle empêchée de célébrer cette puissance d’amour de deux êtres qui, malgré leurs blessures, osent faire confiance à nouveau, donner foi à un autre ? Pourquoi est-elle empêchée de s’ouvrir aux cœurs capables de dépasser l’échec ? Pourquoi s’empêche-t-elle de célébrer la joie de ces familles, de ces enfants capables d’établir des liens nouveaux forts qui les construisent. Nos amis prêtres sont affligés de devoir porter ces contradictions. C’est bien par fidélité à leur engagement personnel qu’ils nous accompagnent vers la vie et la confiance. Ils sont nombreux à devoir ainsi porter ce fardeau de tension…

L’Eglise institution serait-elle si fatiguée du sourire toujours neuf de la vie pour s’obstiner à résister à se réjouir de la capacité d’aimer, plus vaste que nous-mêmes ? Vient l’interrogation : une hiérarchie composée exclusivement d’hommes qui n’ont pas l’expérience de ce que représente la force d’un lien avec « un autre » : épouse, et « des autres », les enfants, est-elle qualifiée pour porter un sain discernement sur ces questions ? L’Eglise institution, pas très regardante sur l’usage de nos comptes en banque, se plait à scruter nos chambres à coucher… Sait-elle que l’amour ne se « fait » pas dans la chambre à coucher mais dans les gestes sobres, confiants, généreux de tous les jours.

Dans les familles, on sait l’amour patient qui reconstruit après l’effondrement d’une confiance épuisée ou trahie. N’est-ce pas là « sacrement de confiance » ?

Cher, très Cher Pape François, merci de nous faire retrouver ce trésor ; et retrouver la joie claire de la vie qui, chaque jour, est neuve.

Marie-Christine SER.

Et Xavier son conjoint.

Marie-Christine et Xavier SER – REMON

31 route de Compostelle

37500   CANDES SAINT MARTIN

FRANCE

1 Commentaire

  • Merci à Marie Christine qui m’a autorisée à envoyer son article pour la publication de la lettre du 22 septembre.

    Je lui suis reconnaissante d’avoir déjà tant collaboré avec le CPHB dans un grand nombre de ses soirées débats, en lien avec la Mission de France, les Amis de la vie, Témoignage Chrétien…

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