Ville de Paris- @ADAGP, Paris 2017 @ Marc Domage

Nuit Blanche 2017. Saint-Merry magnifiée

L’installation lumineuse « À notre étoile » du groupe « Children of the Light » que trente mille personnes ont pu voir à Saint-Merry le samedi 7 octobre a été sans nul doute un des grands moments de la Nuit Blanche parisienne, un site Internet parlant même d’une église « sublimée » .

Une technique jamais vue dans une église, un désir d’une autre Nuit blanche

Cette œuvre de lumière reposait sur l’usage de 46 stroboscopes suspendus dans toute l’église, alors qu’on rencontre ce mode d’éclairage habituellement dans la société de divertissement, des concerts rocks, hip hop ou groove, des discothèques et de la musique électronique. Le jeune groupe créateur, venant d’Amsterdam et maitrisant parfaitement la technique, en a détourné les usages dionysiaques pour la rendre compatible l’espace du religieux : revisiter l’architecture d’un bâtiment du XVIe par des cycles d’une dizaine de minutes puissamment colorés et sonorisés, incitant la foule à s’y promener dans les espaces vidés de leurs chaises.

En faisant le choix de cette œuvre, le Collège des arts visuels et Voir et Dire souhaitaient introduire les arts numériques et co construire une œuvre valorisant l’architecture. En effet, lors des précédentes Nuits Blanches, les artistes avaient proposé des installations matérielles à fort contenu symbolique, mais s’étaient focalisés sur des morceaux limités de l’église, ce qui était frustrant. Le dialogue avec le groupe néerlandais a donc commencé par une visite commentée de l’église et a été suivi d’une discussion sur ce qui pourrait surprendre des visiteurs d’une nuit ne connaissant pas le lieu (les points de vue sur les vastes espaces, la voûte trop souvent oubliée la nuit, le mouvement du déambulatoire).

La nouveauté de l’approche de « Children of the light » tenait au fait qu’ils n’utilisaient pas les médiums lumière élitaires des musées ou du patrimoine, mais ceux du monde de la fête, les stroboscopes. Or les rapports de ce dernier à l’art demeurent problématiques. Les artistes néerlandais, eux, connaissaient si bien les effets sur les corps et les codes du milieu qu’ils ont été capables de dépasser les traits de la sous-culture de référence.

Une œuvre qui parlait au corps

Cette œuvre n’appartenait pas au registre des spectacles de sons et lumières, racontant l’histoire d’un lieu ou d’un bâtiment ; elle s’adressait d’abord au corps des spectateurs par ses vibrations et sa puissance, et non à leur raison ou à leur mémoire et elle mobilisait la vue et l’ouïe tout autrement. « Children of the light »  proposait une immersion et non une narration, n’apprenait rien sur l’histoire de ce bâtiment, mais invitait à le vivre. L’objet et le style des compositions lumineuses et sonores ne visaient pas la transe, mais, ici, la découverte différente d’une architecture dépouillée de tout son décorum, dont il ne restait à la perception que les volumes, dont celui du chœur où les personnes se sont agglutinées, sa croix de plâtre, qui a trouvé un nouveau visage, les piliers, la voûte.

Tout était mouvement, rythme et collision des couleurs et des flots de lumière, d’où les flux de sensations troublantes et spectaculaires que chacun a ressentis. Les spectateurs étaient submergés et participaient de l’œuvre : leur vision de ce qu’est une foule en était changée, d’une église aussi, bien sûr ! Si Saint-Merry a l’habitude d’ouvrir ses portes sur la ville, durant cette nuit, toute la ville, et notamment la génération Y, s’y est engouffrée. Elle ne s’est pas trompée : Saint-Merry était la quintessence des évènements de cette nuit populaire à Paris tout en affirmant sa place dans l’espace du religieux.

Les raisons d’un succès

Les organisateurs ont vécu un « alignement des planètes » : des artistes acteurs d’un champ de la culture parlant aux jeunes générations et maîtrisant la technique des stroboscopes, ayant compris l’espace de l’église ; l’inscription dans le « IN » ; des moyens financiers accordés par un commanditaire public des arts numériques, Arcadi ; des relations de confiance entre tous les techniciens, le savoir-faire accumulé par l’équipe Nuit Blanche et bien sûr la présence de nombreux membres de la communauté dans l’accueil alors qu’ils n’étaient pas familiers de ces environnements et qu’ils ont dû improviser un autre mode de relation.

Parmi les surprises, le point de vue sur le chevet de l’église depuis la place Stravinsky, transformé en un écran abstrait vibrant ou ondulant alors que les vitraux avaient été enlevés pour des raisons liturgiques aux XVIIe siècle.

Retrouvez l’analyse approfondie de cette œuvre, les photos et les mini films >>>

Relisez les douze poèmes rassemblés par Francis Coffinet et Jacqueline Casaubon et offerts aux visiteurs : Poèmes sur la lumière

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Jean Deuzèmes

Cette réalisation a reçu le soutien d’Urbanact, agence d’architecture et d’urbanisme qui promeut les démarches d’innovation partout et de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas.

Vu et entendu

Dans les flots humains qui pénétraient dans l’église, j’étais placée à contre-courant au centre des flots et offrant un des poèmes sur la lumière, choisis par deux membres artistes du centre pastoral Saint-Merry. Uun couple un peu moins jeune que la moyenne s’arrêta et la femme me posa « sa » question : notre curé était-il d’accord avec notre manifestation?
– « Oui, ici, à saint Merry , les chrétiens font des choix pensés et décidés avec leur curé. »    » Merci. »….puis la dame fut emportée  dans la nef .
Sourires et remerciements de jeunes qui comprennent  que nous sommes un lieu vivant.
Un membre engagé de notre communauté me dit qu’il a été « percuté » par une perception nouvelle de la représentation du Christ grâce aux jeux de lumières offerts par le groupe Children of the light : A notre étoile.
                                                                                                                                 MTJ

 Merci de nous avoir signalé ce magnifique spectacle à Saint Merry. Nous avons été séduits ! Cette création très originale met en valeur l’architecture de l’église, mais ce peut être aussi lu comme un parcours spirituel. La grande croix du Christ dévoilée ou cachée avec toutes les nuances de la présence ou de l’absence… Ce spectacle donne à ressentir et à réfléchir.
                                                                                                                                  BT

Des personnes assises par terre dans la nef, ou dans la chapelle de la Vierge, ou sur les marches de l’autel de la chapelle de Communion, silencieuses : elles se laissent pénétrer par ces lumières fascinantes, cette beauté du lieu. D’autres en sont agitées… ou repoussées ?
Il paraît que de l’extérieur, c’était étonnant aussi.
                                                                                                                               AB

©fc

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