Nuit Blanche 2018. Danse avec les arbres

Etait-ce ainsi que vous aviez imaginé Saint-Merry le samedi 6 octobre ? Une procession d’arbres suspendus dans la nef. Daniel Van de Velde, sculpteur, écrit à la communauté du Centre pastoral et se présente au travers de son œuvre.
Nuit Blanche 2018. Plan des arbres

Il s’agit bien d’arbres, mais pas comme vous avez l’habitude de les voir. Quinze arbres tombés après une tempête, segmentés, évidés, dont seuls subsistent les derniers cernes de croissance, leur mémoire la plus récente. Ils sont suspendus dans la nef ou posés sur le sol de l’église, une création musicale les célèbre. Des arbres en majesté, tels des gisants qui se relèvent. Des sujets de nature à protéger.

La Nuit Blanche se transforme en exposition. « Danse avec les arbres » restera visible jusqu’au 14 octobre, du lundi à samedi, de 13h à 18h.

L’arbre est un sujet récurrent dans les expos de Saint-Merry, qu’on se rappelle en 2010, « Forêts » d’Eva Jospin  ou encore précédemment ou enfin l’exposition d’été 2013, mais, en 2018, l’arbre dialogue avec l’ensemble de l’architecture.

Retrouver l’analyse de l’œuvre et les premières photos sur Voir et Dire

Lire aussi le dossier « L’art contemporain et l’arbre »

Daniel Van de Velde. Danse avec les arbres, Nuit Blanche 2018 à Saint-Merry from Voir & Dire on Vimeo.

Nourri de photos et réalisé par Voir et Dire à l’occasion de cette Nuit Blanche, il permet de situer « Danse avec les arbres », dans son inspiration et ses intentions.

Jean Deuzèmes

Daniel Van de Velde. Platane

Madame, Monsieur,

Je suis l’artiste qui va intervenir à Saint-Merry lors de la Nuit Blanche 2018. J’habite le Var et je suis sculpteur, je travaille partout. Mon matériau de prédilection est le bois parce que, sur terre, c’est le juste milieu entre l’air qui est le plus léger et le mercure qui est le plus lourd.

En sculptant, je reviens aux fondamentaux de la sculpture. Sculpter vient du latin scalpere qui veut dire retirer. Je creuse, j’évide. Quand je vois un tas de bois, un tronc débité en morceaux, c’est plus fort que moi, je sens un besoin irrépressible de retrouver la forme initiale du tronc.

Je prends chaque tronçon comme s’il s’agissait de la pièce d’un puzzle et je reconstitue le tronc. Puis sur la tranche de chacun, je mets à jours quelques cernes annuels de croissance. Ensuite, je creuse, j’évide le tout, en ne laissant que les cernes de croissance sélectionnés. Mon énergie d’artiste rejoint l’énergie nécessaire à la croissance de l’arbre sur quelques années. J’insiste, je récupère des tronçons, je n’ai jamais fait abattre d’arbre pour réaliser une œuvre.

À Saint-Merry, il ne s’agira pas, pour moi, d’en mettre plein la vue, mais plutôt d’œuvrer avec une certaine forme d’humilité. En tenant compte de la spécificité architecturale du bâtiment et la valeur qu’il a pour chacun de vous.

Mon installation consiste simplement à inviter les arbres, ici segmentés et évidés, allégés, d’allure spectrale à traverser l’église en passant par la nef centrale, le temps d’une manifestation. Ils seront de différentes tailles, de différentes essences. Ils iront comme pour une procession. Laissons une place, en chacun de nous, pour que l’arbre nous revienne et nous dévoile à nous-mêmes comme étant de quintessence terrestre. C’est un peu le sens du message du pape dans Laudato Si. Prendre acte du fait que la mesure humaine n’est rien sans la mesure terrestre qui conditionne notre existence.

Je remercie d’avance celles et ceux qui parmi vous prendront part à cette aventure. Je serais sur place dans l’église du lundi 1er octobre au vendredi 5 octobre. Nous pourrions imaginer de prendre du temps pour nous réunir et parler. Je voudrais remplir le sol de l’église de feuilles mortes. Nous pourrions le faire ensemble. Par ce geste artistique, adoucir, assourdir l’espace et nous rendre sensibles à nos démarches individuelles. À notre impact sur ce qui relève de la vie.

Qui suis-je, que suis-je à marcher ainsi dans des feuilles mortes qui tôt ou tard forment l’humus ? Terme à partir duquel le mot homme prend corps.

Daniel Van de Velde.

7 septembre 2018

http://www.devande.net

Troncs avant leur départ pour Paris

Retrouvez l’esprit de cet article sur www.voir-et-dire.net, l’expression du réseau des arts visuels de Saint-Merry. Un moyen de découvrir l’art contemporain par les photos, les films, les analyses d’expositions et les commentaires d’œuvres. Une manière d’entrer dans les expos de Saint-Merry, par les mots.

Une manière de réfléchir à la place de l’arbre dans l’art contemporain, à l’occasion de la Nuit Blanche 2018.

Un approfondissement de l’œuvre de Daniel Van de Velde.

 

 

 

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