Nuit Blanche 2018. Danse avec les arbres

Imaginez Saint-Merry le samedi 6 octobre. Une procession d’arbres suspendus dans la nef et un tapis de feuilles. Daniel Van de Velde, sculpteur, écrit à la communauté du Centre pastoral et se présente au travers de son œuvre.

Il s’agit bien d’arbres, mais pas comme vous avez l’habitude de les voir. Dix-huit arbres tombés après une tempête, segmentés, évidés, dont seuls subsistent les derniers cernes de croissance, leur mémoire la plus récente. Ils sont suspendus dans la nef ou posés sur le sol de l’église, une création musicale les célèbre. Ils sont sur un tapis de feuilles mortes douces à la marche. Des arbres en majesté, tels des gisants, non des rois de pierre à honorer, mais des sujets de nature à protéger.

Cette œuvre restera visible le jour, une semaine durant.

L’arbre est un sujet récurrent dans les expos de Saint-Merry, qu’on se rappelle en 2010, « Forêts » d’Eva Jospin  ou encore précédemment ou enfin l’exposition d’été 2013, mais, en 2018, l’arbre dialoguera avec l’ensemble de l’architecture.

Jean Deuzèmes

Daniel Van de Velde. Platane

Madame, Monsieur,

Je suis l’artiste qui va intervenir à Saint-Merry lors de la Nuit Blanche 2018. J’habite le Var et je suis sculpteur, je travaille partout. Mon matériau de prédilection est le bois parce que, sur terre, c’est le juste milieu entre l’air qui est le plus léger et le mercure qui est le plus lourd.

En sculptant, je reviens aux fondamentaux de la sculpture. Sculpter vient du latin scalpere qui veut dire retirer. Je creuse, j’évide. Quand je vois un tas de bois, un tronc débité en morceaux, c’est plus fort que moi, je sens un besoin irrépressible de retrouver la forme initiale du tronc.

Je prends chaque tronçon comme s’il s’agissait de la pièce d’un puzzle et je reconstitue le tronc. Puis sur la tranche de chacun, je mets à jours quelques cernes annuels de croissance. Ensuite, je creuse, j’évide le tout, en ne laissant que les cernes de croissance sélectionnés. Mon énergie d’artiste rejoint l’énergie nécessaire à la croissance de l’arbre sur quelques années. J’insiste, je récupère des tronçons, je n’ai jamais fait abattre d’arbre pour réaliser une œuvre.

À Saint-Merry, il ne s’agira pas, pour moi, d’en mettre plein la vue, mais plutôt d’œuvrer avec une certaine forme d’humilité. En tenant compte de la spécificité architecturale du bâtiment et la valeur qu’il a pour chacun de vous.

Mon installation consiste simplement à inviter les arbres, ici segmentés et évidés, allégés, d’allure spectrale à traverser l’église en passant par la nef centrale, le temps d’une manifestation. Ils seront de différentes tailles, de différentes essences. Ils iront comme pour une procession. Laissons une place, en chacun de nous, pour que l’arbre nous revienne et nous dévoile à nous-mêmes comme étant de quintessence terrestre. C’est un peu le sens du message du pape dans Laudato Si. Prendre acte du fait que la mesure humaine n’est rien sans la mesure terrestre qui conditionne notre existence.

Je remercie d’avance celles et ceux qui parmi vous prendront part à cette aventure. Je serais sur place dans l’église du lundi 1er octobre au vendredi 5 octobre. Nous pourrions imaginer de prendre du temps pour nous réunir et parler. Je voudrais remplir le sol de l’église de feuilles mortes. Nous pourrions le faire ensemble. Par ce geste artistique, adoucir, assourdir l’espace et nous rendre sensibles à nos démarches individuelles. À notre impact sur ce qui relève de la vie.

Qui suis-je, que suis-je à marcher ainsi dans des feuilles mortes qui tôt ou tard forment l’humus ? Terme à partir duquel le mot homme prend corps.

Daniel Van de Velde.

7 septembre 2018

http://www.devande.net

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