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Nuit des Veilleurs 2020

« Le cri de Job »

Veillée de prière œcuménique – jeudi 25 juin 2020 à 20 h

Ensemble, portons la flamme de l’espérance
en soutenant les victimes de la torture !


Méditation conduite par
Jesùs Asurmendi, prêtre catholique de Saint-Merry
Jean-François Breyne, Pasteur de la paroisse Luthérienne Saint-Jean

Chant : Si tu n’entends mon désespoir G 315

(paroles : Claude Bernard – musique : Jo Akepsimas)
écouter le chant  

 Si tu n’entends mon désespoir,       
Qui sera mon secours ?
Dieu du ciel et de la terre, 
Ne dors pas quand je t’appelle. 
Si tu n’entends mon désespoir,
Qui sera mon secours ?  

Si tu ne veilles sur mes pas,
Qui sera mon appui ?
Dieu du ciel et de la terre, 
Ne dors pas quand tu me gardes. 
Si tu ne veilles sur mes pas, 
Qui sera mon appui ?

Introduction

Bonsoir et merci à vous tous d’être ici en l’église Saint-Merry mais aussi derrière votre écran, pour célébrer comme chaque année la Journée de l’ONU de soutien aux victimes de la torture (le 26 juin). L’ACAT-France et un grand nombre d’ACAT sur divers continents proposent aux chrétiens de toutes confessions de devenir veilleurs en portant dans leurs prières ceux qui, partout dans le monde, sont torturés, persécutés, condamnés à mort, exilés en quête d’une terre d’accueil, et de former ainsi une grande chaîne de prière mondiale.
Merci au père Alexandre Denis et à la communauté du Centre pastoral Saint-Merry qui a préparé cette célébration oecuménique avec les membres de l’ACAT. Merci à Jesùs Asurmendi et à Jean-François Breyne d’avoir accepté de nous aider à cheminer par la méditation.
Pour la 15ème Nuit des Veilleurs, l’ACAT nous invite cette année à méditer à partir du livre de Job : le cri du juste bafoué, de l’innocent martyrisé.

Suite à un pari de Satan (l’Adversaire) fait avec Dieu (le Seigneur), Job se trouve accablé de malheurs et de souffrances extrêmes, conduisant à la perte de sa famille, l’éloignement de ses amis, et à une déchéance physique et morale totale. Il est désespéré, mais ne cesse d’appeler Dieu. Il a des moments de doute : « Où donc est passée mon espérance ? » (Job, 17, 15).
Aujourd’hui le mal est toujours présent dans le monde : alors quelle peut être notre espérance ?
Job, malgré son état pitoyable et sa mise à l’écart, ne perd pas l’espérance : « Je sais bien moi que mon Rédempteur est vivant » (Job 19, 25).
Cette foi inébranlable de Job nous ramène à l’essentiel : elle nous sert d’exemple pour être des veilleurs à l’écoute pour venir soutenir nos frères et soeurs en souffrance. Et affronter nos propres tourments.
Au cours de cette célébration, nous ouvrirons nos coeurs pour intercéder pour toutes les victimes que nous suivons régulièrement et pour lesquelles nous gardons toute notre espérance. À la fin de la veillée, vous pourrez signer les messages de soutien que nous enverrons aux victimes pour lesquelles nous allons prier ce soir. Nous rendrons grâce et louerons le Seigneur de nous avoir donné, par son Esprit, la force d’agir et de lutter sans cesse pour obtenir les libérations ou un traitement plus humain.
Les chrétiens engagés par l’ACAT mènent inlassablement ce combat contre le mal, protestent, questionnent, interpellent, parce que des humains, frères et soeurs, souffrent écrasés et avilis par des bourreaux, accablés, comme Job, de solitude et de désespoir. Oui, par nos actions et la prière, Dieu poursuit son oeuvre en nous. L’Espérance est source de force et de joie.
« Veillez et priez ! » a demandé le Christ à ses disciples avant d’entrer en agonie, au jardin de Gethsémani. Disciples nous aussi, entrons dans cette veillée de prière.

Suzanne Roubeyrie

Chant : Laissez-vous mener par l’Esprit K 524

(paroles : Claude Bernard – musique : Jean-Jo Roux)
écouter le chant
                    Laissez-vous mener par l’Esprit, sur les chemins de la justice.
                    Le vent de Dieu qui vous a pris, fera de vous des hommes libres.

Intentions de prière pour les victimes de la torture

  • Autour du monde, des militants, défenseurs des droits de l’homme, citoyens, ont été arbitrairement arrêtés et emprisonnés, menacés, battus, torturés et gravement mis en danger. Ils ont subi ce sort pour leurs convictions politiques, pour leur engagement en faveur des droits de l’homme, parfois simplement parce qu’ils se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Seigneur nous te les recommandons pour que leur histoire ne résonne pas dans le silence, et pour que les injustices dont ils ont été victimes ne soient pas oubliées…
  • Seigneur, nous avons tant de mal devant la souffrance, qui nous rend absents ou bavards. Apprends-nous, Toi qui sais aussi souffrir, à être pleinement présents aux côtés de ceux que la douleur accable !
  • Seigneur, nous avons tant de mal à prier pour les tortionnaires, à célébrer le pardon dont certaines victimes sont capables. Inspire-nous les paroles du vrai dialogue et le courage de faire le premier geste vers la réconciliation !

« Je sais bien, moi, que mon rédempteur est vivant,
que lui, le dernier, se lèvera sur la terre.
Après mon éveil, il me dressera près de lui,
et de ma chair, je verrai Dieu. »  (Job 19, 25-26)

Méditation à partir de Job 19, 1-22

Le livre de Job n’est pas une histoire. C’est une fiction. Pour être plus précis une sorte de pièce de théâtre. Une des questions en débat, c’est la souffrance de l’innocent. Tout le livre est sous-tendu par ce célèbre principe de la rétribution : Dieu récompense les justes et châtie les coupables. Or Job affirme tout au long de ses discours qu’il est innocent. Alors, il demande des explications. Les amis se contentent de lancer des variantes du principe de base, du principe de rétribution, sans accepter ce que Job dit de lui et de son innocence. Dans ce contexte Job accuse directement Dieu !« Sachez donc que c’est Dieu qui a violé mon droit et m’a enveloppé dans son filet » (Job 19,4). Ou bien 9,22« C’est tout un, je l’ai bien dit : il extermine pareillement l’homme intègre et le criminel. Si un fléau répand soudain la mort, lui se moque de la détresse des innocents. Un pays est-il livré aux mains du criminel, il met un voile sur la face de ses juges. Si ce n’est lui, qui est-ce donc ? » Car, en effet si ce n’est pas lui, c’est qui ? 
Comme le dit Lytta Basset : le mal, ce n’est pas ce qui est mal mais ce qui fait mal. Et là on est en phase avec Job. Combattre le mal, l’éliminer même en très grande partie, relève de l’homme. Car ce qui fait mal à 80 % est identifiable et son origine c’est l’homme. L’origine de ce qui fait mal, c’est l’homme. Donc à l’homme, à nous, de supprimer ce 80 % de ce qui fait mal. Ce que tente de faire l’ACAT.
Ce texte du livre de Job touche un aspect très important et qui ajoute encore à la douleur : l’incompréhension et l’abandon par les plus proches, par les amis. Passe encore que les connaissances ou ceux que l’on croise dans la vie ne comprennent pas et abandonnent la personne qui souffre injustement. Mais la famille, les amis proches… Cela ne peut qu’ajouter à la souffrance et cette douleur de se voir étranger pour tous ceux-là ne peut qu’ajouter de la souffrance, une souffrance plus aigüe, plus poignante. C’est la double peine. 

P. Jesùs Asurmendi

Chant : Ubi caritas (Taizé)

Ubi caritas et amor, ubi caritas Deus ibi est.
(Là où sont la charité et l’amour, là est Dieu)
écouter le chant

Méditation à partir de Jean 3, 16 – 21

De tout l’évangile, s’il n’y avait qu’un verset à garder, peut-être serait-ce celui-là : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. Il nous faudra toute une vie pour en découvrir toute sa richesse, toute sa profondeur, toute sa puissance et toutes ses implications. 
Pour nous ce soir, je retiens seulement quelques idées :
– Chez Jean, le jugement est déjà rendu ! 
La vie, l’enseignement et la croix sont le jugement de Dieu pour le monde. Car tel est son amour. Face aux hommes qui préfèrent les ténèbres, Dieu lui donne sa lumière et son pardon. Car tel est son amour. Car oui, Dieu est un amoureux incorrigible, selon la très belle expression que j’emprunte à Dom André Louf. Chez Jean, en Christ, Dieu se donne lui-même.Et c’est donc lui qui vient habiter toutes nos ténèbres, par-delà nos refus et nos errances. Il est là, il se tient, en croix, pour éternellement liant les bras de sa justice, pour éternellement déliant les bras de sa miséricorde.
– La croix ! 
Mesurons-nous la signification, spécialement pour nous, ce soir, du symbole même de notre foi chrétienne ? Nous croyons en un maître et seigneur qui est notre frère. Pas seulement notre frère, mais un maître, un seigneur et un frère qui rencontre la souffrance, la torture et la mort. Cela implique que Dieu, en Christ, affronte et traverse la torture, la souffrance la plus extrême et la mort ! Il affronte le pire que l’homme puisse affronter, la plus extrême souffrance possible, par amour. Il l’affronte et la traverse et du coup, désormais l’illumine de sa lumière. La souffrance, même la plus extrême infamie, même là où l’humain est bafoué, nié, détruit, et bien même là, Dieu désormais se tient, et parce qu’il se tient là aussi, il peut alors ouvrir et transfigurer, à cause de sa présence à cet endroit-là, justement. 
Par amour. Et Son amour n’est pas seulement empathie pour le monde, mais puissance de transformation du monde ! Désormais, il y a cette étincelle de lumière, qui illumine la ténèbre. C’est très exactement ce que nous avons voulu manifester avec notre croix de lumière.  Et voilà peut-être pour nous autres, qui voulons être de ses disciples, ce que signifie cette étrange expression johannique : « pratiquer la vérité » : le grec dit littéralement « faire la vérité ». 
– Dis, papa, c’est quoi, faire la vérité ? 
Témoigner inlassablement de la puissance de la lumière, fut-ce dans les ténèbres les plus extrêmes, par la seule force de cette parole reçue qui illumine et transfigure, et de tenter d’en vivre ; et le père Maurice Bellet d’écrire : « Si Dieu est, il est en l’homme ce point de lumière qui précède toute raison et toute folie et que rien n’a puissance de détruire. Peut-être alors que croire en Dieu consiste en ceci : croire qu’en tout être humain existe ce point de lumière». Même prostré et brisé dans le cachot le plus opaque. Ma sœur, mon frère, moi, je n’ai pas le droit de dire cela, car je n’ai jamais connu la captivité ni la torture ; mais d’autres nous le disent ! Écoutons le jeune pasteur encore – il n’a pas 40 ans – Dietrich Bonhoeffer ; il écrit ces mots depuis sa prison, cela fait plus de deux ans déjà que le régime nazi l’a incarcéré. Nous sommes en décembre 1944, un court poème accompagne la dernière lettre que nous avons de lui. Il sera assassiné sur ordre exprès d’Hitler le 9 avril 1945. 

[…]
Tu veux nous réjouir encore une fois
à ce monde et à l’éclat de son soleil,
et nous voulons nous ressouvenir du passé,
pour T’offrir toute entière notre vie.

Fais s’élever aujourd’hui la flamme chaude et claire
que Tu as apportée dans nos ténèbres,
fais-nous nous rencontrer à nouveau, si cela peut être.
Nous le savons, ta lumière brille dans la nuit.

Lorsque fond sur nous le profond silence,
fais nous entendre ce plein accord du monde,
qui invisible s’élève autour de nous,
le chant de louange de tous tes enfants.

Merveilleusement gardés par des forces bienveillantes, 
nous attendons sans crainte l’avenir.
Dieu est avec nous soir et matin, 
et le sera jusqu’au dernier jour. 

Pasteur Jean-François Breyne

CatégoriesACAT

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