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Opérer le diagnostic du présent

Prochain atelier FOUCAULT dimanche 12 janvier à 10 h.

Compte rendu de la séance du 15/10 : Le texte du livre « Mal faire, dire vrai » : la conférence inaugurale du 2 avrilCapture d’écran 2014-01-03 à 17.40.12

Le traitement psychiatrique a pour but de « faire avouer » la personne. Leuret (1797-1851) parlait en son temps d’un traitement «moral » de la folie. On n’est pas seulement dans le traitement psychiatrique, la personne doit elle-même prendre conscience de sa propre folie. Impensée de la psychanalyse, cette thérapeutique renvoie à des sources très profondes, les techniques d’aveu en lien avec les confesseurs et l’Inquisition, venant de la pénitence. Mais on remarque que, quand on retrouve ce même traitement chez les sorciers en Afrique, c’est dans le but que le malade, le fou rejoigne la communauté humaine.
Pour la psychiatrie phénoménologique, la folie est une représentation du monde différente : il faut percer la croûte et rentrer dans cette représentation. C’est pourquoi Foucault pose la question : qui est le fou ? question du normal et du pathologique.

Quelle est l’origine de l’aveu ?
Il montre la fragilité de l’extorsion des aveux, et les origines religieuses des institutions judiciaires même si elles sont marquées par le positivisme. La reconnaissance de l’aveu n’est pas si facile que ça, elle est marqué par la subjectivité de la personne : le vrai ce n’est pas un code binaire qui dirait : c’est vrai ou c’est faux.

Dans la commission Vérité Réconciliation d’Afrique du Sud, que Jean-François Petit étudie actuellement, le but était de faire émerger la vérité. Desmond Tutu a dirigé d’une main de fer cette commission. Même s’il a une position très croyante, face à un peuple croyant, il ne joue pas sur ce registre. La reconnaissance des faits a un effet cathartique. Son but est de remettre une société en marche.
Certains pensaient, par l’apartheid, protéger un état de la société, comme situation plus juste qui correspondait à une inégalité entre races. Tutu pense qu’il faut aller jusqu’à faire dire ces réalités inaudibles ; il ne se comporte pas comme un juge. Il faut déjà établir les faits : ensuite seulement, voir comment ces personnes reconnaissent qu’il y a eu un préjudice, ce qui est difficile.

Foucault s’interroge : quelles sont les conditions pour dire le vrai ?
Il n’échappe pas à s’interroger sur la pureté. Mais comment atteindre la pureté : passer par la pénitence ?
Ce qu’il veut c’est d’abord montrer les liens touffus et complexes d’émergence de la vérité, qui le travaillait – sans doute pour lui d’abord : qui était-il ? mais surtout, comment une société peut arriver à dire le vrai sur une situation ?
Par exemple une émission récente sur Pétain et le régime de Vichy, régime inique, mais qui n’aurait pas impliqué l’État, montre comment Chirac a cassé cette illusion. L’histoire de la France est fondée sur une amnistie puis un oubli, alors que en Afrique du Sud, il n’a pas été question de l’oubli ou de l’amnistie ; il faut affronter la reconnaissance des situations, sinon beaucoup de problèmes restent. En France où l’on a passé relativement rapidement l’éponge après la Libération (Bousquet, etc.), on voit aujourd’hui un retour du refoulé, avec ces théories un peu racistes qui remontent : elles ont une histoire longue, elles ont des filiations.

A travers cette extension massive de l’aveu – avant la chute du régime communiste de Berlin, tout le monde veut faire avouer les autres, – il y a un régime de sociétés qui se veulent rationnelles mais qui sont mues par des mécanismes beaucoup plus complexes : faire des parallèles, des liens entre médecine, justice, psychiatrie, religion, c’est tout à fait nécessaire.
Une société sécularisée comme la nôtre vit sur l’oubli de ses fondements chrétiens, des techniques et des mécanismes qui l’ont régi pendant des siècles, et même des gestes qui ont permis cette sécularisation. Pourtant c’est le christianisme qui autorise la sortie de la religion, au nom de la liberté. Alors que certains pensent que c’est une victoire contre l’intolérance … il y a un mythe de 1789 à démonter.

Foucault, c’est quelqu’un qui montre bien ces mécanismes sociaux. C’est ainsi que on a trop lu Michel Foucault sur le mode de l’individuation, sur le mode de faire la vérité sur soi. Mais comment est-on capable de supporter la charge de l’aveu ? L’aveu, dit-il (page 8), c’est une étrange manière de dire le vrai. Pour Michel Foucault ce n’est pas une approche linguistique, même s’il est sensible aux actes de langages.
Mais surtout nous sommes dans une société qui demande sans cesse aux gens de dire vrai, c’est une violence : « dis-nous pourquoi tu es au chômage… »

En Eglise, les procédures d’aveu, de contrition, ont été dépoussiérées, renouvelées…la pénitence. Est-ce qu’on peut commencer une célébration par un acte de pénitence ? Mais dans une communauté ecclésiale, où reconnaît-on que tout n’est pas au clair ?
À Saint Merry la célébration elle-même est pénitentielle. Faut-il extraire un moment en début de célébration avec une tête mortifiée ? Trouver une position juste, à quel moment ? Une génération a de très mauvais souvenirs de la pénitence… Faute de l’objectiver, nous sommes dans une inflation de « dire vrai » partout, avec le DRH etc. On évoque le film « Le festin de Babette », où on ne se dit la vérité qu’à la fin, grâce à la fête, pas au début !

La gouvernance
Voir page 15 : gouverner c’est former, transformer, diriger (donner une direction). Dans notre communauté, les formes de gouvernance sont-elles adaptées ? On n’est plus en 1975, y a-t-il des réaménagements à faire ?
Pour Foucault, gouverner, c’est une question stratégique : il le relie à une question de sémantique, soit la capacité de communication, – et à la fois à une question économique, soit la production du sens. Comment nos orientations stratégiques sont annoncées, coordonnées, avec une capacité de communiquer entre nous : quelle perte en ligne ?

La production du sens, comment on la vit au CPHB ? par exemple les scouts viennent ce matin de toute la France pour fêter la Lumière de Noël. Quel sens ça a pour la communauté de 11h15 ?

Prochaine réunion le 12 janvier. Lire le chapitre suivant.

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  1. marie therese joudiou says:

    Je regrette beaucoup que cette 2ème partie commence pa “le traitement psychiatrique a pour but….” au présent de l’indicatif sans signaler que Leuret est mort en 1851!

    Que peut penser un lecteur actuel dans une situation de fragilité psychique parcourant cette phrase?

    De même la phrase “impensée de la psychanalyse… : cela signifie-t-il que la psychanalyse a refoulé cette question, en tirant profit dans sa pratique? (faire avouer!) mais la question de la psychanalyse c’est que le patient arrive à une parole de vérité sur lui-même mais au terme ou au cours d’un long accouchement, et non par un forcing de son langage(voir la note page 14 dela conférence inaugurale)

    (Une remarque avait été faite dans la salle blanche le 15 décembre )

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