Oran : Mgr Jean-Paul Vesco dans la presse algérienne 

“Notre Eglise est extrêmement catholique et universelle, mais elle n’est pas hors sol“. Mgr Vesco répond à une interview dans la presse. Un message fort pour toute l'Algérie.

Mohamed Aïssa, le ministre algérien des Affaires religieuses, a souligné la dimension réglementaire qui gère la vie de l’Eglise catholique et des autres communautés religieuses. Il vous a catégorisé comme une entité qui participe à la réconciliation nationale et qui respecte l’identité du pays. Vous reconnaissez-vous dans cette description ?
Mohamed Aïssa est un homme spirituel avec lequel nous avons eu des relations profondes. Il voulait cette béatification, il en attendait quelque chose. Il avait un projet politique, pas politicien. Pour ce qu’il dit de notre Eglise, il a raison. Nous sommes respectueux de la religion des habitants de ce pays où l’immense majorité des citoyens sont religieux. Nous essayons d’être respectés.
Oui, notre Eglise est respectueuse de l’histoire et de la culture de ce pays, nous essayons d’y participer. Oui, notre Eglise est majoritairement étrangère, même si juridiquement, c’est une association de droit algérien. Elle est composée de chrétiens que la vie amène en Algérie. Elle est extrêmement catholique et universelle, mais elle n’est pas hors sol, y compris dans la pratique de sa foi. Il est important pour nous d’être ancrés dans ce pays. En tant qu’étrangers, nous avons à cœur de vouloir être une Eglise citoyenne. Vous trouvez dans notre centre diocésain d’Oran de l’artisanat féminin, des clubs pour les enfants, des cours de langue, la bibliothèque, l’accueil de migrants. C’est à travers tout cela que nous tenons notre témoignage évangélique.

Cette béatification est une manière de renouveler la rencontre entre les catholiques et les Algériens ?
Bien sûr. Cette béatification n’aurait pas eu lieu si les 19 avaient été algériens. Ils auraient été 19 parmi les 200’000 personnes tuées. Précisément, ce qui donne la force c’est cette dimension d’extériorité parfois douloureuse : oui, nous sommes étrangers. Nous voudrions l’être le moins possible, mais nous sommes “autres“. Il vaut mieux le poser plutôt que d’essayer de ne pas le voir. C’est dans cet “autre“ que nous donnons le témoignage.
Il y a aussi les catholiques algériens. Il y en a peu. Nous les accueillons. La question du prosélytisme, c’est de voir en l’autre musulman un chrétien potentiel et d’élaborer la stratégie à développer pour qu’il le devienne. Ce que nous ne faisons pas. En revanche, la dimension de l’accueil est très présente. Sans cette dimension, nous serions une Eglise hors sol.

C’est une forme d’“évangélisation“ par l’exemple puisque ces bienheureux étaient intégrés dans la vie quotidienne, au milieu des gens parmi lesquels ils vivaient. Ils sont restés jusqu’au bout et l’ont payé au prix fort.
Ils étaient intégrés comme le nez est intégré au milieu de la figure. Ils étaient très visibles aussi. On n’est jamais intégré, on reste toujours des étrangers, même ceux qui ont la nationalité algérienne. D’une certaine manière, c’est dans cette condition que nous pouvons donner un témoignage. Les chrétiens de ce pays ont une autre forme de témoignage à donner qui est aussi ce “vivre avec“, mais qui est le témoignage que tout baptisé a à donner.
Cette béatification met en lumière cette forme de présence, de rencontre que je qualifie de discrète, non pas au sens d’effacée comme on parle de quelqu’un de timide, mais discret au sens de respectueux. Nous voulons une Eglise discrète parce que respectueuse. C’est le témoignage que nous pouvons donner. Je ne suis pas sûr que nous puissions en donner un autre ni qu’il y en ait un de meilleur pour nous.

Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran

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