« Où est l’Esprit là est la liberté »

La Pentecôte... La fête de l’Esprit ? Mais l’Esprit a-t-il besoin d’un temps spécifique et d’un lieu particulier ? Puisqu’il souffle où et quand il veut. La fête de l’Eglise ? Oui, à condition qu’elle accepte de recevoir ce souffle qui bouleverse ses crispations qui font passer la loi avant la miséricorde. La fête de notre libération ? Oui, à condition que chacune et chacun accueille ce souffle inprévisible en dévérouillant d’abord ses portes La fête de la Parole qui nous offre la liberté afin de proclamer les merveilles de Dieu ? Oui, à condition de nous ouvrir avec audace aux rencontres et à la compréhension de nos différences. Alors pourquoi encore enfermer la Parole ?

24 mai 2015
Pentecôte
Année B

Lectures
1ère lecture : « Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler » (Ac 2, 1-11)
2ème lecture : « Le fruit de l’Esprit » (Ga 5,16-25)
Evangile : « L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15)

 » Jésus disait à ses disciples :« Quand viendra le Défenseur,que je vous enverrai d’auprès du Père,lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père,il rendra témoignage en ma faveur.Et vous aussi, vous allez rendre témoignage,car vous êtes avec moi depuis le commencement.

J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,il vous conduira dans la vérité tout entière. »
                                                                                                 Jn 15, 26-27 ; 16, 13

Introduction

Bonjour à tous… qui venez peut-être de moins loin que la Cappadoce, la Mésopotamie ou la Crète..Soyez quand même les bienvenus pour célébrer ici ce dimanche de Pentecôte
La Pentecôte…
La fête de l’Esprit ? Mais l’Esprit a-t-il besoin d’un temps spécifique et d’un lieu particulier ? Puisqu’il souffle où et quand il veut.
La fête de l’Eglise ? Oui, à condition qu’elle accepte de recevoir ce souffle qui bouleverse ses crispations qui font passer la loi avant la miséricorde.
La fête de notre libération ? Oui, à condition que chacune et chacun accueille ce souffle inprévisible en dévérouillant d’abord ses portes
La fête de la Parole qui nous offre la liberté afin de proclamer les merveilles de Dieu ? Oui, à condition de nous ouvrir avec audace aux rencontres et à la compréhension de nos différences.
Alors pourquoi encore enfermer la Parole ?

Alain Cabantous

Actes 2, 1- 13 : Commentaire

Dans ce texte du début des Actes, Luc, met en scène la manifestation toute puissante de l’Esprit : bruit, violent coup de vent, les langues de feu qui se divisent… Luc nous rend perceptible l’inexprimable, en images et en actions, en puisant dans l’expression biblique des théophanies. C’est l’unique texte du Nouveau testament sur ce moment de la vie des disciples, qui fonde l’Eglise.
Ce moment ainsi proclamé à notre intention par Luc, dans son intensité, marque le commencement d’un changement.
Les disciples « rassemblés en prière, dans la chambre haute, toutes portes fermées par crainte des juifs » (Jn 20,19), déverrouillent le lieu, parlent en toute langue, et clament les merveilles de Dieu …
La peur est balayée, les portes s’ouvrent pour que notre Eglise entende à nouveau cet appel pressant « n’ayez pas peur », « allez vers les périphéries »
Les disciples assemblés parlent en toutes langues : Dieu est présent en toute langue et culture.
Les merveilles de Dieu ? C’est la nouveauté de Jésus le Christ qui nous invite au passage de la mort à la Vie…qui nous invite à vivre une foi, non figée une fois pour toutes, comme un acquis, mais une foi qui se découvre : « l’Esprit nous fera connaître » … « L’Esprit reçoit ce qu’il vous dit », dans l’Evangile de ce jour. L’Esprit déploie ce que Jésus a vécu et enseigné.
Ce passage des « Actes » ouvre au temps qui est le nôtre, un temps qui se dilate, du temps de Jésus à notre temporalité.

Cette ouverture guidée par l’Esprit, détruisant toute peur, ouvre à la compréhension mutuelle, au travers de nos diversités, charpente de notre unité véritable, puisque la Pentecôte est un Babel inversé.
Mais cette manifestation gigantesque ne génère pas la foi automatiquement … Chacun est appelé à répondre ou non, à discerner, à accueillir ou non cet Esprit.
Puisque d’aucuns s’interrogent… d’autres « s’esclaffent » : « ils sont pleins de vin doux »…….., rien ne va de soi, rien n’est nécessairement évident.

Evelyne Holzapfel
Et l’équipe de préparation

Réflexion à partir de la lettre aux Galates

Bon, voilà, avec Paul, au moins, c’est clair. D’un côté le bien, de l’autre le mal, nous au milieu, et disons au dessus, l’Esprit présent pour nous aider. C’est un peu caricatural, mais finalement c’est une situation que nous connaissons bien, car tous les jours nous sommes amenés à faire des choix entre un peu plus de bien ou un peu plus de mal. Entre le blanc et le noir, nous jouons avec les variations de gris, entre le gris clair et le gris foncé. La question peut se résumer à : comment faire les bons choix, comment discerner, comment s’ouvrir à l’Esprit, comment se laisser convertir ?

Lors de la préparation de lundi, nous avons décidé, puisqu’il est question de discernement, de programmer un temps de silence, de méditation et donc de discernement à la fin de cette prise de parole. Pour nous aider à meubler ce temps, je vous propose quelques pistes de réflexion.

Notre foi, c’est d’abord que l’Esprit est présent, toujours disponible, 24h/24, 7j/7, pour nous aider. Reste à savoir si nous lui avons ouvert ou fermé notre porte, notre tête ou notre cœur. Reste à savoir si on accepte de se laisser bousculer par l’appel de l’Autre avec un grand A, ou de l’autre ou des autres avec un petit a. La réponse n’est pas évidente…

Quand Paul parle de la chair, on pourrait aujourd’hui utiliser le terme d’égo. L’égo me paraît être le plus grand obstacle à l’Esprit. Il est tellement plus confortable de rester au chaud dans le cocon de nos convictions… Là où est l’Esprit, là est la liberté. Seigneur, libère nous de notre égo ! Comme nous dit Zundel : « Il faut sauver Dieu de nous-mêmes, comme il faut sauver la musique de notre bruit, comme il faut sauver la vérité de nos fanatismes (…) Dieu a besoin de notre oui. Il ne peut sauver le monde tout seul (…) Le sens de notre vie c’est de sauver Dieu en nous. Nous sommes habités par une présence, la vie se poursuit à travers notre oui. Il est le visage que chacun reconnaît dans son cœur, l’espace d’amour qui nous transfigure. On peut le découvrir, le rencontrer, naître à nouveau, devenir une autre existence, un immense espace d’amour, comme est le Dieu vivant. »

L’arbre se reconnaît à ses fruits, l’Esprit aussi, c’est ce que Paul nous a rappelé : recevoir l’Esprit, c’est produire plus d’amour, plus de joie, plus de paix… Alors posons-nous simplement la question : produisons-nous plus d’amour, plus de joie, plus de paix ?

La foi est souvent présentée de façon statique comme une somme de certitudes et de vérités. Notre Eglise aime bien nous le rappeler qui prétend parler au nom de Dieu. Mais la foi n’est-elle pas d’abord une dynamique, un chemin de conversion, une expérience à vivre avec nos frères, où on tombe et on se relève, avec ou grâce à eux… La foi n’est-elle pas le fait de discerner ensemble, ici bas, les signes de la présence de Dieu dans notre monde ? S’ouvrir à l’Esprit est un acte qui se vit en communauté et qui renvoie immédiatement au monde : dès qu’ils ont reçu l’Esprit à la Pentecôte, les apôtres ont ouvert leurs portes et sont allés affronter la diversité du monde ! Même plus peur ! Quand on pense que 50 jours plus tôt, Judas trahissait, Pierre  reniait et pour les autres c’était la débandade, on se dit que quand on laisse faire l’Esprit, ça bouscule et ça décoiffe. Mais y croirons nous, si nous n’en faisons pas l’expérience nous même ?

Michel Bouvard

Méditation à la manière d’une prière eucharistique

Célébrer l’eucharistie, te rendre grâce Dieu notre Père. Voici notre propos et notre désir le plus profond. Comme nous le disons souvent, nous te louons  parce que nous vivons et nous vivons parce que nous te louons.
Tonnerre, feu, langues innombrables, secousses en tout genre. Effets spéciaux. Voilà ta force mise en scène pour que nous comprenions ce que tu nous proposes, ce que tu nous donnes : ta force pour découvrir l’inimaginable, le jamais vu, ce qui fait vivre : amour, joie, patience, paix, bonté,  bienveillance, foi, douceur,  maîtrise de soi.  Tout cela nous permet d’écouter les autres, d’être attentif à l’autre. De parler un langage qui instaure la relation et cultive la communion.
Toute cela nous donne à entendre l’autre dans sa spécificité, à  l’accueillir et à le reconnaître. Face à cette merveille, que faire d’autre si ce n’est que te remercier?
Tout cela nous pousse à être inventifs, créateurs, à ne pas avoir peur de ce qui arrive, de ce qui vient. Face à cette merveille vivifiante, que faire d’autre si ce n’est que te remercier?
Tout cela nous plonge dans un bain de liberté. Car, en effet, là où est l’Esprit, là est la liberté. Elle est dure la liberté. Et nous préférons souvent, tu le sais, nous crisper sur nos certitudes, notre passé, nos manies, nos savoirs… Face à cette merveille, à cette liberté inégalable que faire d’autre si ce n’est que te remercier?
L’écoute et l’accueil, qui l’a vécu mieux que ton Fils , notre Seigneur Jésus?
Qui a été plus créateur que ton Fils, notre Seigneur Jésus, ouvrant les portes, traversant les barrières et les frontières?
Qui mieux que Jésus, notre Seigneur, a incarné la liberté  ?
Aujourd’hui nous avons à te remercier pour Mgr ROMERO qui visita notre communauté de  St Merry en son temps. Oscar Romero, l’évêque des pauvres et opprimés, assassiné lors de la célébration de l’eucharistie par les puissants et les grands propriétaires, réhabilité et reconnu hier officiellement par l’Eglise. Un homme libre, honnête, crédible. Un martyr. Un serviteur. Un disciple du Christ.
Pour le Christ et son disciple, par ton Fils notre Seigneur nous te remercions et nous te chantons.

Lorsque viendra l’Esprit il vous fera accéder à la vérité tout entière. ON n’y est pas, Dieu notre Père. Il nous est toujours difficile de saisir le chemin du serviteur, le chemin de la croix. Il nous est toujours difficile d’assumer, d’assimiler le don qui va jusqu’à l’anéantissement. Et pourtant, grâce à ton Esprit, par lui, la mort, la croix, sont devenues le terreau, le  lieu d’où est surgie la vie, la vraie. Que cet Esprit fasse de ce pain et de ce vin les signes visibles de la présence du ressuscité parmi nous, les signes visibles du corps et du sang de notre Christ.

Il est grand le mystère de la foi. Ta vie, ta mort et ta résurrection sont des merveilles que seul ton Père et notre Père pouvait réaliser. C’est pour cela que, selon ton exhortation, nous en faisons le mémorial. C’est pour cela que nous attendons dans la joie ta venue.

Que l’Esprit qui renouvelle la face de la terre, fasse de tous ceux qui partagent le repas du Seigneur un seul corps et un seul esprit, ton Eglise.
Une Eglise caléidoscope de couleurs et de différences rassemblée et vivifiée dans la communion, dans l’amour et dans l’humour.
Une Eglise sans peur et sans crainte, ouverte et accueillante.
Une Eglise qui discerne dans et par le service de tous les hommes.
Que les migrants de  la Méditerranée trouvent un pays où vivre dans la liberté et la sécurité.
Que les Rohingyas de Birmanie ne soient pas, le plus vite possible, la minorité la plus persécutée du monde.
Que les fugitifs du Bangladesh trouvent confort et espérance.
Que ceux qui massacrent, pillent et cassent en Orient trouvent un peu de raison et de cœur. Que leurs victimes trouvent la paix et la vie.

Jesus Asurmendi

Envoi

Le souffle de l’Esprit à l’écho de nos prières libres s’est-il engouffré en nous ? Par le silence, avons nous pu faire l’expérience du vide pour l’accueillir ? Avons nous senti certaines de nos certitudes vaciller sous la poussée du printemps que Dieu nous offre aujourd’hui ?
A chacune, à chacun de répondre, à chacune, à chacun d’entendre dans sa langue, sa culture, son histoire la mise en pratique des merveilles de Dieu, à chacun de vivre sa Pentecôte maintenant ou demain dans la liberté donnée et surtout reçue.

 Alain Cabantous

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