Paix aux hommes aujourd’hui

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… voici que je vous annonce une bonne nouvelle,
qui sera une grande joie pour tout le peuple :
    Aujourd’hui, dans la ville de David,
vous est né un Sauveur
qui est le Christ, le Seigneur.

Samedi 24 décembre 2016
MESSE DE LA NUIT

1ère lecture : « Un enfant nous est né » (Is 9, 1-6)
Psaume : Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc
2ème lecture : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour tous les hommes » (Tt 2, 11-14)
Evangile : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur » (Lc 2, 1-14)

  

MYRIAM – Ce soir, c’est la fête de la Nativité.
Nous sommes là grands et petits, de ce quartier,
de cette communauté ou de passage, à tous bienvenue.

Nous voulons accueillir cette naissance de Jésus
dans le monde d’aujourd’hui.
Et les enfants sont là, que pensent-ils de Noël… ?

…………………………………………………….
NICOLAS (Nicolas et les enfants)
…………………………………………………….

MYRIAMEt nous, les adultes que pensons-nous ?
Noël, fête de la joie, « fête de la Paix »,
avons-nous écrit sur le lutrin, fête de la paix,

AUJOURD’HUI !

Paix, joie …  Est-ce si évident ?
Tous les jours nous croisons au coin de nos rues,
dans le métro et ailleurs des personnes qui vivent dehors.
Nous savons que beaucoup sont seuls ce soir.
Non, ce n’est pas la joie pour tous.

Et puis nous terminons une année 2016
marquée en France par une série d’attentats
et tout récemment en Allemagne,
sur le marché de Noël, à Berlin ;

il y a tous les réfugiés sur les routes et dans les mers ;
la guerre en Syrie et les évènements dramatiques à Alep,
les massacres et la fuite de la population civile.

Alors, Noël, fête de la Paix, de la joie ?
Comment est-ce possible ?

Nous avons choisi pour la célébration de ce soir
d’écouter des paroles qui nous sont venues de Syrie,
de là où il y a la guerre, le chaos.
Ce sont des extraits d’une lettre envoyée par Jacques Picard,
qui est déjà venu nous parler ici à St Merry,
qui vit à Damas avec ses frères de la communauté des Petits frères de Jésus,

Il s’interroge lui aussi sur comment vivre Noël
avec tant de personnes qui meurent dans les combats,
avec tout ce peuple sans espoir.
Il pose la question :
cette obscurité ne nous rapproche-t-elle pas de la naissance de Jésus,

lui,

nous dit-il, qui s’est fait SDF,
qui a été contraint à l’exil, qui a été recherché
par le pouvoir politique, …

Et pourtant, Jacques nous parle aussi de fête. Il nous dit :

ROBERT :

« Nous tenons à vous rejoindre en ces jours difficiles,
à partager avec vous la vérité de cette fête
et à vous présenter tous nos vœux de bonne fête.
Car après tout, il faut bien fêter, même si le cœur n’y est pas.
Face à ce que nous vivons, la fête n’est-elle pas un appel
à ne pas sombrer dans une tristesse mortifère ?
Fêter est le meilleur antidote contre l’absurde et la désespérance. »

MYRIAM : Accueillons ces paroles comme une invitation
Chacun des 4 dimanches de l’Avent dans notre communauté de St Merry,
nous avons évoqué nos sources de craintes et nos sources d’espérance.
Nous allons nous le rappeler durant cette célébration.
Mais écoutons ces mots d’espérance de Damas envoyés par Jacques
et avec lesquels nous entrerons dans notre célébration :

ROBERT:

« Espérer, ce n’est pas attendre un ciel nouveau,
c’est marcher sur un chemin, comme Jésus,
pour aller à la rencontre de l’autre,
ou plutôt c’est surtout Jésus qui vient à notre rencontre
et que nous accueillons.

C’est chercher au milieu des ruines, de la tragédie, de l’obscurité,
des signes d’espérance »(…)

Savoir reconnaitre les petits signes qui sauvent :
– ces enfants réfugiés sous la tente
restés sans sentiments de violence au milieu de tout ce chaos.
– Ceux qui vont à la rencontre des réfugiés pour leur porter secours
alors que les bombes tombent autour d’eux. (…)
Face à la violence, nous découvrons beaucoup de ces étoiles
qui sont signes d’espérance. »

« espérer, c’est croire que l’histoire,
en dépit des ruines, des guerres, des révolutions, des injustices,
(…) a un sens et marche vers une finalité, toujours nouvelle et inattendue,
que le Créateur lui a donnée lors de la création
et qu’il a confirmée par ses promesses d’un Sauveur
avec lequel nous ressusciterons.

Alors avec nous fêtez et réjouissez-vous,
car, comme le dit Isaïe, le consolateur arrive »
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COMMENTAIRES

Avec les sombres échos de Syrie et d’ailleurs, nous sommes en plein conflit.
Laissons tomber les angelots, la dinde aux marrons et le champagne.
Il fait nuit, froid et noir. Dieu est mis à l’étable.

Pourtant c’est là que naît l’espérance : Noël bouleverse l’ordre établi,
et je propose trois commentaires différents allant dans ce sens.

D’abord, on pourrait dire que ce qui naît cette nuit,
c’est le plus impitoyable des conflits.
Son enjeu : inventer une nouvelle humanité.
Dieu vient prendre parti.

D’un côté, l’empereur Auguste, qui ordonne,
contraint les gens, et se fait craindre.
La puissance établie ne sait pas entrer en relation sans écraser.
L’empereur veut recenser pour fixer son territoire et remplir ses caisses.
Il assoit ses conquêtes
et veut assujettir les hommes, par la loi et les sanctions.
Il faut aller s’inscrire dans sa ville de naissance,
se faire encarter pour verrouiller les migrations.

De l’autre côté, Dieu propose de renverser l’univers de l’empereur.
Il annonce une « bonne nouvelle » pour « tout le peuple »
« jusqu’aux cieux », il enfonce les limites de l’empire.
Dieu suscite l’écoute et la parole, il rassure « ne craignez pas ».
Il inaugure d’autres manières de vivre ensemble.
Dieu fait signe : vous le « trouverez » par vous-mêmes,
il fait confiance et laisse libre.
Il promet la paix et un vrai grand cri de joie,
venu des entrailles de l’homme.
C’est un sauveur, pas un contrôleur des impôts ou une police des frontières.
L’aune pour mesurer le monde devient l’humanité libre et non plus esclave.
L’empereur surveille ses arrières, l’enfant impuissant ouvre l’avenir.
Emmailloté dans ses langes comme bientôt dans un linceul,
il annonce déjà que la vie est plus forte que la mort.
Ainsi on pourrait dire que la bataille finale pour l’humanité s’ouvre cette nuit.

Deuxième façon d’entendre cet évangile,
Dieu parle d’abord à ceux qui vivent dehors et qui bossent la nuit, aux laissés pour compte.
Regardez le récit de la nativité : il raconte l’histoire de manière purement factuelle.
La naissance de Noël est banale, sans apparat ni aucune considération,
dans l’indifférence générale. Tout change avec les bergers :
ils écoutent l’ange, le bel ange de Dieu, vous savez, rien d’extraordinaire,
le même que celui dont nous sentons la présence parfois,
Dieu qui souffle au cœur de l’homme,
et qui nous aspire systématiquement vers la lumière, la joie et la paix.
L’événement c’est les bergers qui le créent.
Noël c’est quand on commence à raconter
ce que nos yeux ont vu et nos oreilles entendues, dans la nuit,
à témoigner de ce qui nous arrive.
Noël commence quand l’homme ouvre son cœur et ses mains,
pour changer la vie de ses frères.
Ce que les bergers racontent, c’est de l’humain, de la chair, du vécu.
Ils donnent de la dignité à toute vie.
Dieu ne juge pas indigne la pauvreté, la misère des bombardés,
la simplicité ou l’analphabétisme, ou même l’enfance, l’humilité ou la fragilité.
L’infiniment pauvre, l’infiniment simple devient l’infiniment digne.

Une troisième piste serait le silence de Marie.
Elle « retenait ces événements et les méditait dans son cœur ».
Les bergers aussi, d’abord, se taisent devant l’ange.
Ils contemplent, puis ils se concertent, se mettent en marche et racontent.
Les mots des bergers sont un message de la part de Dieu,
pour Marie et pour les autres.
Le silence est indispensable pour que le retournement s’opère.
L’événement de noël ne change rien de l’extérieur,
Dieu ne veut pas sauver l’homme de l’extérieur,
il veut que l’homme change de l’intérieur, et pour éviter toute confusion,
il commence par se faire enfant, dont on ne peut rien attendre d’autre
que l’appel à l’émerveillement et à la sollicitude dans le secret de son cœur.
Il faut se préparer au retournement, cela n’a rien d’évident.
Quand les bergers se mettent en marche,
ils lâchent leur troupeau, se hâtent et font un détour.
On peut pas rencontrer Dieu si on n’accepte pas le détour ou de bifurquer,
si on est immobile, inflexible et trop sûr de soi,
si on refuse d’écouter même l’incroyable et l’improbable.

Que ce Noël nous aide à renverser les divers ordres établis
qui entravent l’homme, les peuples et l’humanité.
Que nulle nuit ne soit si noire que nous refusions de l’habiter.
Qu’avec ce Noël enfin commence la révolution dans l’humble étable de nos cœurs !

Jacques Debouverie

PRIERES

Comme nous le dit Paul,
« la grâce de Dieu nous apprend à vivre dans le temps présent
de manière raisonnable, avec justice et piété,
attendant que se réalise la bienheureuse espérance ».

Oui c’est bien « ici et maintenant » que nous devons agir
pour que l’espérance de Noël ne soit pas comme une parenthèse vide
mais qu’elle soit ferment actif de notre monde

Sur ce chemin d’Avent, nous avons évoqué nos sources de craintes
mais aussi nos sources d’espérance.

B – Avec tous ceux qui vivent les ténèbres à cause de la guerre,
avec nos frères migrants, qui surmontent leurs peurs pour partir vers l’inconnu,
rends–nous acteurs d’une véritable fraternité, nous t’en prions Seigneur

Pour les hommes et pour les femmes, pour les enfants de la terre
Ton Eglise qui t’acclame vient te confier sa prière

N – Face aux dangers écologiques qui menacent notre planète
et qui pèsent, en particulier, sur les plus fragiles d’entre nous,
rends-nous acteurs d’une authentique conversion intérieure
qui permettra d’oser la remise en cause de nos modèles de fonctionnement
pour une plus grande plénitude humaine, nous t’en prions Seigneur

Pour les hommes et pour les femmes, pour les enfants de la terre
Ton Eglise qui t’acclame vient te confier sa prière

B – Face aux replis identitaires destructeurs de lien social et source de violences,
rends-nous ferments d’un « mieux vivre ensemble »,
grâce à plus d’écoute  et de rencontres osées
dans le respect et le partage de nos différences, nous t’en prions Seigneur 

Pour les hommes et pour les femmes, pour les enfants de la terre
Ton Eglise qui t’acclame vient te confier sa prière

N- A travers ce que nous fait craindre la mondialisation et ses nouvelles pauvretés,
rends-nous guetteurs des signes d’espérance et de transformation,
et initiateurs de nouveaux sentiers,
qui mèneront à plus de justice sociale, nous t’en prions Seigneur 

Pour les hommes et pour les femmes, pour les enfants de la terre
Ton Eglise qui t’acclame vient te confier sa prière

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