« Par-delà les hauteurs »

« Deux films, très différents l’un de l’autre, nous font vivre actuellement une expédition sur le toit du monde : "Everest", la fiction de style hollywoodien réalisée par le cinéaste islandais Baltasar Kormakur à partir de la dramatique expédition de 1996, et "Par delà les hauteurs", un documentaire de Bruno Peyronnet qui suit la montée récente au Kala Patthar, belvédère de l’Everest, d’une bande de jeunes de Seine-Saint-Denis ». La chronique de Jean Verrier

Deux films, très différents l’un de l’autre, nous font vivre actuellement une expédition sur le toit du monde : Everest, la fiction de style hollywoodien réalisée par le cinéaste islandais Baltasar Kormakur  à partir de la dramatique expédition de 1996, et Par delà les hauteurs, un documentaire de Bruno Peyronnet qui suit la montée récente au Kala Patthar, belvédère de l’Everest, d’une bande de jeunes de Seine-Saint-Denis.

On y voit de grands ados, des noirs, des Maghrébins, garçons et filles, découvrir pour la première fois la neige, plus tard jouer au ballon avec des enfants népalais devant de petits édifices tout blancs sur lesquels flottent des drapeaux avec, en arrière-plan, la chaîne des prodigieux pics de l’Himalaya qui se découpent sur un ciel d’un bleu saturé, presque noir. Ils râlent quand le vent glacial filtre par les planches mal jointes d’un refuge, ils rient tout simplement d’être ensemble embarqués dans une folle aventure.

Grâce à Michel Metzger, premier Français à avoir atteint, en 1988, le sommet de l’Everest sans assistance respiratoire, je viens d’assister, en avant-première, à la projection, au Forum des Images des Halles, du film de Bruno Peyronnet et j’ai découvert tout un monde, et pas seulement celui de l’Everest. Tout un monde et toute une histoire.

Par delà les hauteurs, de Bruno PeyronnetC’est d’abord l’histoire de l’Association « En passant par la montagne » fondée en 1995 par Marc Batard, guide de haute montagne et peintre, « le sprinteur de l’Everest », vainqueur des 8844 mètres en 22 heures, en solitaire et sans oxygène. Dans son association il fait partager sa passion de la montagne à des jeunes et à des adultes en situation d’échec.

Quand il rencontre Frédéric Thiriez, patron de la Ligue de football professionnel, naît le projet de faire connaître la montagne à de jeunes footballeurs et footballeuses « de banlieue », et pas n’importe quelle montagne, la plus haute. À partir de Katmandou où ils arrivent le 23 mars 2015, on les voit monter au sommet du Kala Patthar (5600 mètres) en 10 jours. Le film raconte ce voyage, jour après jour, avec la rencontre des habitants des villages traversés en chemin, les jeux avec les enfants, les moments de fatigue et de désespoir, le mal d’altitude qui oblige à se glisser pour un temps dans un caisson de survie. C’est, heureusement, juste avant le terrible tremblement de terre qui a dévasté la région. Les jeunes sont encadrés par des adultes : Marc Batard, Frédéric Thiriez et des guides éducateurs qui partagent les mêmes épreuves et ils sont aussi impressionnés par le travail, le courage et l’endurance des sherpas.

Le film montre d’abord le long et exigeant entraînement, les premiers pas titubants dans la neige que la plupart découvrent pour la première fois au cours de marches alpines. Après quelques abandons, une première sélection se fait. Ils seront onze à essayer les vêtements spéciaux, les bonnets, et les lunettes qui les font tous se ressembler.

Ensuite c’est la longue montée que l’on peut suivre jour après jour sur une carte, jusqu’au moment tant attendu où tous se rassemblent pour la photo de la victoire. Le décor est magnifique, ils oublient la fatigue et la vue de leur joie fait autant plaisir que celle des montagnes. C’est que « par-delà les hauteurs » ils ont prouvé aux autres et à eux-mêmes qu’ils étaient capables de très grandes choses. L’épreuve les a fortement unis, ils sont tous égaux quels que soient leur origine et leur âge. « Je suis vraiment heureuse d’être Française » lance une des filles.

Leur joie et leur fierté, contagieuses, éclataient encore dans la grande salle du Forum des Images où se pressait la foule métissée des parents, des amis, des parrains parmi lesquels le célèbre footballeur Emmanuel Petit avait la vedette, des petites sœurs et des petits frères.
Le film vient de recevoir à Dijon le Grand Prix du Festival « Les Écrans de l’aventure ». On pourra le voir le lundi 9 novembre sur « L’Équipe 21 » et en janvier sur « France Ô ».

Jean Verrier

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