« Parce qu’il a ouvert les yeux, il vivra »

Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu

 

28 septembre 2014
26ème dimanche du Temps Ordinaire
Année A

Lectures

1ère lecture : Dieu nous appelle chaque jour à nous convertir (Ez 18, 25-28)
2ème lecture : L’unité dans l’amour à la suite du Christ (brève : 1-5) (Ph 2, 1-11)
Evangile : Se convertir non en paroles, mais en actes (Mt 21, 28-32)

 

Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »

Accueil
Bienvenue à tous. Bienvenue aux habitués et bienvenue aussi à vous amis de passage.
Que vous vous sentiez accueillis ; vous êtes chez vous ici, car l’église est bien la maison commune des chrétiens.

Les textes de ce dimanche, chacun à sa façon, nous invitent à la conversion.
La conversion ce n’est pas  acte posé une fois pour toutes ; c’est à reprendre tous les jours.
Dans un moment d’enthousiasme, il n’est pas trop difficile de dire « oui » aux appels évangéliques.
Quand, il s’agit de passer à l’acte, c’est plus dur et nous retombons trop souvent dans les ornières de nos habitudes égocentriques.

Ce constat ne doit pas nous décourager ; il doit plutôt nous inciter à la prière.
Et c’est bien pour prier que nous sommes réunis au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Robert Picard

 

Mt 21 :28 « Mon enfant va travailler aujourd’hui à ma vigne » Il répondit « je ne veux pas » mais ensuite s’étant ravisé il y alla.

ouvre les yeuxUne leçon de morale banale et simple, pour école maternelle.

 Et Jésus balance cela aux prêtres et aux anciens en pleine bagarre violente contre eux. Il a fait une entrée triomphale dans Jérusalem, acclamé par la foule des pèlerins, il en a profité pour chasser violemment les vendeurs du temple, il a guérit les aveugles et les boiteux, il y en a même qui criaient « Hosanna ! » dans le Temple, un peu comme s’il criaient « vive la liberté ! » car voici enfin pour eux une parole qui les sauve dans ce temple où tout est mort.

Quand les autorités lui demandent de s’expliquer il fait cette petite leçon de morale de deux sous. Mais attention ! Quand on a l’impression que l’Évangile est banal c’est en général parce qu’on passe à côté de quelque chose. Ici de deux choses :

  • une leçon de non violence faite aux prêtres et aux anciens,
  • et l’annonce que le salut se fera en dehors d’eux.

Le pardon fraternel.

 Pour mieux le voir revenons en arrière dans ces chapitres (18-21), jusqu’au « pardon fraternel » que nous avons lu il y trois semaines, car dans ces chapitres  Matthieu a rassemblé beaucoup des remarques banales et semble-t-il évidentes, mais qui sont comme des bombes pour les auditeurs, et nous reviendrons ensuite au texte d’aujourd’hui. (18 :15) Si ton frère s’est égaré, va le voir et reprend-le, s’il refuse vas-y avec une autre frère, ou encore demande à la communauté, « s’il refuse encore d’écouter l’église, considère-le comme un païen et un publicain ! ». Une finale que l’on interprète souvent comme : « s’il résiste eh bien laisse tomber, fous-lui la paix… ». Ça tombe à l’eau. Mais aujourd’hui on pourrait imaginer d’autres finales pour ce verset : par exemple, « s’il refuse encore d’écouter l’église, tranche-lui la gorge… ». Ou encore, en avance sur la semaine prochaine : « s’il refuse encore d’écouter l’église, va manifester pour les priver de leurs droits, lui et ses enfants… ». Si on la compare à ces exemples vécus, et agressifs, la version de l’évangile apparaît alors comme radicale dans sa simplicité et sa passivité. En fait radicale dans la non violence, or la non violence n’a rien de banal. Elle a un pouvoir formidable.

Mais il faut allez plus loin dans cette lecture, la finale du verset n’est pas « laissez-le tomber », mais « considérez-le comme un païen ou un publicain ». Or ce qu’on reprochait le plus à Jésus était justement son intérêt pour ces gens-là, son rapport sans interdit avec les païens et les publicains. Il allait même manger chez eux ! Il semblait plus à l’aise avec eux, ou encore avec les prostituées, qu’avec les docteurs de la loi et les bons croyants. Non pas parce qu’ils étaient païens, publicains ou prostituées, ce n’est pas cela qui l’intéressait, mais parce qu’il trouvait chez eux disait-il « plus de foi que chez tous les docteurs de la loi réunis ».

Le frère qui trahit.

 Cette situation d’un frère qui trahit, nous connaissons cela. Cela peut nous arriver qu’un frère nous abandonne, nous trahisse, ou que au contraire, de notre côté nous ne soyons plus capable de l’accepter tel qu’il est au sein de notre communauté, et ainsi de le traiter comme « un païen ou un publicain »,

c’est à dire de reconnaître qu’il n’est plus dans la communion ecclésiale que nous constituons, avec nos critères, c’est-à-dire avec nos dogmes, c’est-à-dire avec nos discours, notre langage.

Mais cela n’implique pas forcément d’en rester là, et  l’ignorer, de le rejeter. Cela peut vouloir dire au contraire : voir et vivre l’évangile avec lui autrement qu’au sein de la communauté, voir et vivre l’évangile avec lui (ou avec eux si cela se reproduit avec d‘autres) d’une tout autre manière. C’est nous découvrir frères et sœurs de ceux qui s’opposent, ou se sentent étrangers, à notre manière de vivre ensemble.

Cela nous renvoie à la mission de l’ÉGLISE aujourd’hui.

 La question de l’évangélisation, notre mission avec (je l’ai déjà dit) deux éléments : la non violence et le fait que cela se passe en dehors de nos institutions.

Pour faire bref, deux options missionnaires se font concurrence dans l’Église actuelle, à un bout de l’échelle et à l’autre on peut les formuler ainsi :

  1. La première : Nous chrétiens nous connaissons le Christ et nous allons l’annoncer à ceux qui ne le connaissent pas ; c’est l’attitude la plus répandue, la plus spontanée aussi. Beaucoup de chrétiens la pratiquent, légitimement, y compris ici même, avec plus ou moins de finesses. Cela peut aller depuis les évangélisations de rue que beaucoup de paroisses veulent mettre en œuvre, jusqu’à un accueil dans l’église qui soit édifiant. Mais surtout cela se vit au sein des familles chrétiennes.
  1. Il y a une autre option: Nous chrétiens nous pouvons voir (parce que nous avons des yeux) et entendre (parce que nous avons des oreilles) comment l’Esprit est déjà à l’œuvre dans la vie de ceux vers qui nous pouvons aller si nous quittons nos institutions protectrices et rassurantes, ou dans la vie de ceux que nous pouvons accueillir quand ils viennent vers nous comme ils sont, avec leurs histoires, leurs différences, leurs solidarités.

(Ici au Centre pastoral et à Saint-Merry notre option en faveur de la deuxième version est clairement affirmée. Nous aurons l’occasion de l’approfondir tout au long de cette année du quarantième anniversaire, si toutefois nous sommes capables de répondre à la demande de l’EP par des propositions impliquantes et risquées.)

Cette option est « impliquante et risquée », car comme nous le voyons dans  l’évangile lu aujourd’hui (par Jean-Yves, revenons-y), l’extrême simplicité de la forme exprime la radicalité du fond : le jeune homme dit non ! mais finalement accomplit la mission. Comment cela se présent-t-il pour nous ?

Quelle est cette parole qu’il faut refuser pour l’accomplir ?

Est-ce simplement la vieille parole dogmatique de l’Église, ressassée depuis des générations, à laquelle beaucoup sont encore très attachés, ou n’est-ce pas aussi une parole actuelle, qui vient nous provoquer ?

Quelle est cette parole qu’il faut refuser pour l’accomplir ?

Est-ce un enseignement et des commandements bien rodés, ou n’est-ce pas aussi des injonctions nouvelles qui visent nos choix actuels et nos comportements aujourd’hui ?

Certes la parole de l’Évangile est forte, l’Église et ses communicants ont raison de la faire retentir, un tas de questions et d’événements actuels la réclament, l’accueil des immigrants, les efforts de paix, le développement des peuples en souffrance, le respect de la vie partout et en tout temps, l’éclatement de la famille, et bien d’autres domaines (à peu près tous !). Mais le radicalisme de l’Évangile n’est pas celui du « marche ou crève », du « c’est comme ça et pas autrement » !

Le radicalisme de l’Évangile c’est celui du « aimez-vous les uns les autres ». C’est une annonce et un appel, pas un programme ou une charte. C’est une parole qui fait confiance à l’homme et non au dogme. En s’incarnant Dieu fait confiance à l’homme, à sa capacité de créer les conditions du Royaume de Dieu, et donc d’ouvrir le chemin du royaume. C’est une parole qui ne s’impose pas comme une parole définitive, c’est une parole qui s’incarne. Je ne vais pas vers mes frères avec ce que je sais, mais avec ce que je suis. Ce que je suis, je peux le découvrir et tenter de le formuler grâce à ma fréquentation de l’Évangile, grâce à ma vie en communion au sein de l’église avec mes frères, mais je ne dois pas en faire un savoir, mes questions sur moi-même ne doivent pas devenir une certitude sur les autres. La parole échangée en Église, en communauté, ne dois pas me rendre sûr de moi. Je dois faire de ce questionnement perpétuel une humilité, une liberté, une générosité. Je dois surtout en faire une chair, une vie.

Jacques Merienne

 

Les « publicains et les prostituées » (qui sont-ils pour nous aujourd’hui ?) bougent et croient plus que les prêtres et les anciens. S’ils refusent un face à face avec Dieu, le Père, qu’ils ne connaissent pas, ils peuvent dans leur cœur recevoir et accueillir l’Esprit. Et c’est notre écoute et notre respect de l’autre dans ce qu’il a de plus personnel qui ouvre à l’accueil de l’Esprit, et finalement à la révélation du Père qui nous atteint par ceux qui nous en semblent le plus loin.

Le texte de Paul aux Philippiens est un appel à l’unité. C’est pour cette raison que nous avons décidé en réunion de préparation lundi dernier de le lire une fois que nous étions tous réunis autour de la table eucharistique.

Frères, s’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres.

Je crois que l’une des choses les plus difficiles dans la vie, c’est de se convertir soi même. On a toujours envie de convertir les autres, mais se convertir soi même, on n’y pense même pas. Et du coup, on passe sa vie avec le même regard, les mêmes habitudes, les mêmes manies, et on a bien du mal à évoluer.

C’est pourquoi je voudrais vous proposer cette prière, au nom de toute notre communauté :

 Seigneur, aide nous à nous ouvrir aux autres, comme nous voudrions nous ouvrir à Toi, le Tout Autre.  Aide nous à nous mettre à l’écoute, à convertir notre cœur, à changer de regard, à dépasser nos petits ego, à ne plus penser que je suis le centre et les autres la périphérie, que j’ai raison et qu’ils ont tort !

Seigneur, qu’il est difficile de discerner où est la vérité ! Seigneur, ouvre nos yeux pour réaliser que la vérité se cherche et se vit avec les autres, en communion avec eux, dans une écoute et recherche commune de sens !

Seigneur, que faire quand nous sommes en conflit avec nos frères ? Comment établir qui a raison et qui a tort ? Comment dépasser le conflit ? Comment se remettre en cause ? Faut-il aller jusqu’à douter de nos convictions ?

Seigneur, qu’il est difficile de résister à la tentation de prendre le pouvoir sur l’autre, de vouloir imposer ses vues à tout prix. Rappelle nous sans cesse l’humilité du service en communauté, et le mot du pape François « qui suis-je pour juger ? » Donne nous de sourire pour accueillir et de respecter l’autre en toute circonstance.

Seigneur, nous avons commencé la préparation de notre AG, qui a lieu dans 15 jours. Nous allons fixer un nouvel élan à notre communauté pour les 10 ans à venir, dans la fidélité aux intuitions d’origine, qu’elle soit signe pour ceux qui, comme nous, sont en recherche de sens. Pour cela bâtissons sur nos diversités, écoutons nous, éclairons nous les uns les autres !

Seigneur, tu as relevé beaucoup d’hommes et de femmes sur les chemins de Palestine. Seigneur, toi qui donnes toujours une 2ème chance, aide nous à nous libérer de nos pesanteurs, aide nous à faire la paix en nous même, aide nous à faire la paix avec nos frères en communauté, aide nous à trouver le chemin de la réconciliation !

Seigneur, que notre prière soit une prière de conversion comme celle que tu adressais au Père au Jardin des Oliviers : non pas ma volonté, mais la Tienne !

Michel Bouvard

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