Pascale Peyret. Green Memory

Le cycle des expositions « COP 21 » débute à Saint-Merry avec l’installation d’été de Pascale Peyret. On se souviendra probablement de cette maquette de ville et du blé qui pousse entre les bâtiments, comme on se souvient d’Anamorphose, Nuit Blanche féérique de 2013.

2396 MG_7144 REGLAGE Le cycle des expositions « COP 21 » débute à Saint-Merry avec l’installation d’été 2015 de Pascale Peyret.

Cette œuvre que le public s’est immédiatement appropriée semble résonner avec le psaume de louange Ps 71 ; 16

« Que la terre jusqu’au sommet des montagnes
Soit un champ de blé :
Et ses épis onduleront comme la forêt du Liban !
Que la ville devienne florissante
Comme l’herbe sur la terre ! »

Or le propos de Pasacle Peyret est différent, même si son œuvre est aussi poétique. Son travail questionne la mémoire du vivant, celle du règne végétal, celle des hommes à travers leurs productions manufacturées. Archéologue du numérique, elle démonte des centaines d’ordinateurs au rebut, extrait des écrans cassés ou, comme ici, des cartes mémoires pour les transformer en villes futuristes.

Green Memory a été conçu en 2006 mais est actualisé en fonction des lieux. Pour Saint-Merry 2015, l’œuvre est composée de deux éléments complémentaires.

400_dsc_1490-2Le premier est la maquette de ville à hauteur d’yeux d’adultes pour mieux y entrer ; elle repose sur des grilles de métro, d’où surgissent des blés qui poussent sous l’effet d’une lumière au sodium et d’un apport constant en eau. C’est, techniquement, de l’agriculture hors sol qui doit aboutir à une moisson si les visiteurs agissent avec diligence. Au milieu des constituants de notre urbanité contemporaine interconnectée pousse ce qui constitue depuis le fond des âges agraires notre alimentation. Plus tard dans la vie de cette œuvre, il semblerait que ce soit l’inverse, le blé ancien choisi par l’artiste, dont la variété est proche de celui trouvé dans les pyramides d’Égypte, offrande aux défunts pour leur voyage dans l’au-delà, a germé et peu à peu submerge la cité des cartes mémoires. Au fur et à mesure du déroulement de cette installation vivante, le blé devient plus haut que les immeubles, le sens change, la mémoire incluse dans « carte mémoire » bascule.

2396 MG_7165 GM REGLAGELe second est un mur de bonbonnes qui est en lui-même une œuvre, il vient doubler le mur de pierre, avec un éclairage au sol à la Dan Flavin : une forme hybride entre un environnement minimaliste et un autel d’un nouveau type intégrant son tabernacle triangulaire où reposent une fontaine d’eau et des gobelets. Pour cela, l’artiste s’est associée à l’ONG « 1001 fontaines » qui promeut l’accès à l’eau potable dans les pays du Sud et qui a fourni des dizaines de bonbonnes. Les visiteurs et touristes de passage sont invités à prendre soin de l’installation en l’arrosant. Grace à cette mise en scène quasi sacrée de l’eau destinée au blé créée par Pascale Peyret, les visiteurs vivent un lien entre l’art et l’engagement social. Le défi symbolique proposé par l’artiste est relevé avec succès.

400_dsc_0819Si les œuvres de Pascale Peyret semblent si appréciées à Saint-Merry, c’est parce qu’elles entrecroisent des axes de réflexion et des postures d’artistes auxquels les habitués du lieu sont sensibles : les grandes questions de société – ici le rapport entre la société urbaine technologique et la nature – ; les enjeux d’avenir – ceux qui vont être débattus fin 2015 sur le climat – ; l’engagement social et le care, le désir d’interactivité et d’une société de partage.

400_dsc_1494-2Cette œuvre ouvre sur des questions posées dans les conférences sur le climat : la ville artificialisée ne peut oublier la nature ; il y a urgence à inventer des systèmes nouveaux pour continuer à vivre et à se nourrir ; l’artiste fait une trace poétique et appelle à en concevoir bien d’autres, techniques et politiques ; il n’y a pas d’équilibre ville-nature, s’il n’y a pas un sens social concret à tout ce qui contribue à la vie, l’eau partagée étant au centre de tout.

Il faut trois semaines pour faire une moisson de « Green Memory » -et l’on compte en faire deux pendant toute l’exposition-, la COP 21 durera quinze jours en décembre mais pour quels fruits ?

On se souviendra probablement de cette maquette de ville et du blé qui pousse entre les bâtiments, comme on se souvient d’Anamorphose, Nuit Blanche féérique de 2013.

Jean Deuzèmes

Retrouvez l’œuvre et les photos sur Voir et Dire

Lire aussi

Sites

www.1001fontaines.com

www.pascale-peyret.com

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