Photo by Cullan Smith on Unsplash

PASSER PAR LE FEU

Il arrive que les croyants soient éprouvés dans leurs convictions les plus intimes. C’est bien le cas aujourd’hui. C’est un fait connu dans toutes les traditions religieuses. Ces épreuves ne sont jamais prévues, programmées. Saint Jean de la Croix parle d’être « jeté dans le silence comme dans un trou ».

De son côté, Elie Wiesel, rescapé des camps de concentration, interrogera sa foi juive : « Qu’es-Tu, mon Dieu, comparé à cette masse endolorie qui vient Te crier sa foi, sa colère, sa révolte ? Que signifie Ta Grandeur, maître de l’univers, en face de toute cette faiblesse, en face de cette décomposition et de cette pourriture ? » (La nuit, Ed. de Minuit, p. 105). Image terrible aujourd’hui que ces cadavres du covid 19 qui jonchent les rues des villes de l’Equateur ou parqués dans des camions de congélation à New-York !

L’épidémie est sans doute l’une de ces « expériences-limites », où il parait impossible d’y reconnaître toute trace spirituelle. Tous ceux que nous voyons partir, parfois des proches, que leur est-il donc arrivé ?  On connait la réponse du théologien Maurice Bellet : c’est en l’expérience même qu’il faut trouver un chemin. Vaine est la parole. Vaines sont les consolations à bon marché.

 Au moment où l’on vient, devant ses yeux,  de tuer un enfant à Auschwitz, Elie Wiesel entend une voix derrière lui : « Où donc est-il ton Dieu ? Le voici : il est pendu à cette potence » (p.103). Aux « naufragés » des attentats de 2015, il a fallu échapper aux « voleurs de vie et de mort ». On connait la suite : le 11 janvier 2015, des millions de personnes, submergées par l’émotion, ont défilé dans les rues en France en hommage aux victimes innocentes. Immense lueur d’espoir d’un monde meilleur. A-t-on déjà oublié?

Pourtant, dans cette nuit si étrange du 11 avril 2020, qui est celle du Samedi Saint pour les chrétiens, l’être humain se trouve comme ramené à sa propre condition. Tout ce qui fait protection semble avoir cédé. Tout ce qui encombrait est broyé. Tout passe par le feu. 

De retour des camps, les rescapés espéraient être accueillis avec dignité. Ce ne fut généralement pas le cas. Mais revenir parmi les vivants est aussi un choix délibéré. A bien des moments, Elie Wiesel l’aura expérimenté. Pour lui, cela aura représenté une lutte de tous les instants dans les camps, pour préférer la vie. Souvent contre la mort. Mais surtout contre lui-même. Et avec d’autres,  ses compagnons d’infortune, dans les longues marches organisées en 1945 par les nazis pour effacer toute trace de vie et vider les camps à l’approche de la défaite. Elie Wiesel et les siens étaient là« serrés les uns contre les autres, pour tenter de résister au froid, la tête vide et lourde à la fois, à un tourbillon de souvenirs moisis » (p. 150). 

Si l’humain devient pour lui-même ténèbres, il n’y a plus aucune échappatoire. L’absence pour lui est infinie. Sauf s’il reste aux aguets d’une parole, sauf s’il attend avec patience la Promesse, sauf s’il reconnait la vérité de la mort d’un innocent, Jésus-Christ,  qui a ouvert le chemin pour tous et établi une paix définitive. En faire l’expérience, c’est accepter de ne plus revenir en arrière. Ce frêle espoir, les chrétiens l’appellent Résurrection.

                                                                                Jean-François Petit

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.