« Passions des hommes. Passion de Dieu ». Les textes

Pour la veillée du Jeudi saint, nous avons choisi comme fil conducteur les « confessions » de Jérémie. Voici l’introduction de Jesús Asurmendi et les prières de Myriam Glorieux, Céline Dumont et Blandine Ayoub
Colijn de Coter (1450/55-1522/32), Pietà (détail), Rijksmuseum, Amsterdam

Pour la veillée de prière du Jeudi saint, après la célébration de la Cène, nous avons choisi comme fil conducteur les « confessions » de Jérémie. Les cris, la révolte, les interrogations du prophète : « Pourquoi les démarches des coupables réussissent-elles ? », « Jusques à quand la terre sera-t-elle en deuil, et desséchée l’herbe de toute la campagne ? ». Questions toujours d’actualité, auxquelles font écho nos prières.

Voici l’introduction de Jesús Asurmendi et les prières de Myriam Glorieux, Céline Dumont et Blandine Ayoub.

 

Jérémie - Moissac

Connaissez-vous Jérémie le prophète ?

Pas le pleurnicheur de l’image populaire.

Non, celui qui fut engagé, enrôlé, mobilisé, malgré lui. Malgré ses protestations et ses résistances.

Celui qui eut une vie passionnante, vie de passions et de tourments, une vie d’angoisses et de souffrances. Celui qui crie à la manipulation, à la tromperie, la mystification et le mensonge : « Tu m’as séduit Seigneur et je me suis laissé séduire. Avec moi tu as eu recours à la force et tu as gagné ».

Collaborateur et parrain de l’occupant, de l’ennemi d’Israël. Démoralisant le peuple, sapant la résistance des patriotes. Défaitiste, pacifiste…

Interdit de séjour, jeté en prison, précipité dans un cachot qui est un puits plein de boue.

Jérémie, celui qui eut une vie passionnante, oh oui. Criant jour et nuit : violence ! dévastation !

Une vie passionnante dévorée par la parole du Seigneur, impossible de taire, incapable de la cacher, impensable de la dissimuler. Une vie passionnante, une mission de feu.

Une mission vivante et provocante, un défi permanent. Célibataire. Seul : interdit de fêtes, sans femme, ni fils, ni fille. Une mission faite chair, une tâche sans chair, sans chaleur, sans tendresse. Une vie de solitude permanente. Mort seul, en exil, malgré lui. Avec Dieu. Cela lui fait une belle jambe… Passions et passion…

Tout cela ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Jesús Asurmendi

Dieu, qui nous a confié la Création…

Hier, à la soirée « jeûne pour le climat », nous avons écouté des passages de Gen. 6 et 7 évoquant le déluge. « C’est le mythe le plus répandu dans les civilisations de la planète entière »,  nous disait Jesús. « Le mythe dit ce qui est permanent, structurel, hier, aujourd’hui et demain »

Oui, nous savons bien que nous sommes dans un temps de crise écologique. Mais ce temps ne serait-il pas aussi un « kaïros », c’est-à-dire le moment opportun pour être créatif.

Dieu, qui nous a confié la Création, regarde tous ceux qui se lèvent pour en prendre soin.

Dieu, regarde les groupes qui agissent, parmi eux les groupes de « jeûne pour le climat » à travers le monde, en vue et au-delà de la Conférence internationale sur le climat en décembre.

Dieu, regarde les politiques qui se mobilisent. Le 26 mars, des représentants des capitales ou grandes villes de 28 États de l’U.E. ont publié une Déclaration des maires européens pour le climat, avec des engagements très concrets de coordination entre eux pour peser sur le secteur industriel en matière d’énergies propres.

Dieu, regarde les petits paysans que j’ai rencontrés l’année dernière au Laos et qui, avec juste un peu de soutien, développent une agriculture qui leur permet de vivre et qui est respectueuse de l’environnement.

Oui, Dieu qui nous a confié la Création, éveille-nous, éveille nos communautés chrétiennes, que nous ne restions pas dans une inertie prudente et frileuse.

Myriam Glorieux

Pour l’accueil des migrants

Tous les mardis, après midi, nous ouvrons grandes les portes de la permanence d’accueil des Migrants, dans le 19e arrondissement de Paris.

Les migrants entrent et s’installent : toute la vie des hommes est là, toute l’épaisseur humaine emplit la salle d’attente.

Puis, en face à face, à une table, nous accueillons les questions, les demandes et les récits de ce dont ils souffrent : manque de visibilité, manque de droits, manque de dignité.

 

Jésus, dans cette veillée autour de ta Passion, nous déposons devant toi toutes les « passions » qu’ils vivent

 

Kaïna qui vient pour soigner sa fille de 11 ans atteinte d’un cancer du sang,

Ladji, arrivé en France il y a douze ans, et qui n’a pas revu sa femme et sa fille depuis son départ,

Chantal, amenée en France par une famille alors qu’elle avait 12 ans,  qui aujourd’hui, à 22 ans, ne peut pas faire reconnaître sa présence pendant ces années sombres où elle a été « esclave »,

Et tous les autres que chacun de nous écoute…

 

Seigneur, pourquoi toutes ces souffrances ? Pourquoi ces refus et ces rejets quand ils demandent justice, quand ils demandent amour et vie ?

À toi,  Jésus, qui es allé jusqu’au bout de ta Passion,

nous apportons leurs cris silencieux, leurs larmes rentrées et leurs paroles bloquées au bord des lèvres !

Ce soir, nous te prions pour eux, pour nous, pour notre communauté :

Seigneur,

— ne nous laisse pas nous habituer à ces « passions » qu’ils subissent, mais transforme nos impuissances en énergie et notre impatience en endurance,

— donne-nous les paroles et les gestes qui permettent de partager, d’expliquer,  de convaincre nos frères qui nous écoutent,

— enfin, alors que nos dirigeants préparent des modifications des textes législatifs en vigueur, mets dans leurs cœurs, dans leur imaginaire et dans leurs esprits la possibilité de lois généreuses !

 

Pour le Réseau Chrétien Immigrés,
Céline Dumont

Le martyre des chrétiens d’Orient

Prions pour nos frères d’Orient,

Chrétiens arabes orthodoxes, catholiques ou protestants

De rite grec ou arménien, syriaque ou chaldéen,

Copte, maronite, ou même latin,

Atteints dans leurs biens,

En danger dans leur foi,

Directement menacés dans leurs vies ;

 

Chrétiens d’Orient à qui leurs amis en occident,

Comme leurs ennemis sur place,

Suggèrent comme une solution de quitter leurs pays,

Comme s’il était normal qu’ils n’y aient plus leur place,

Et sans leur proposer ailleurs un réel accueil ;

 

Pays parfois ravagés comme l’Iraq ou la Syrie,

Pays toujours en danger d’implosion comme le Liban ou la Jordanie,

Pays où ils sont régulièrement agressés comme l’Égypte.

 

Prends pitié de tes enfants qui n’en peuvent plus, Seigneur !

Jusques à quand devront-ils subir

Ces injustices, ces souffrances, cette barbarie, ce désespoir ?

 

Envoie ton Esprit pour qu’il suscite des hommes de paix et de bonne volonté

Du sein de ces peuples en guerre comme parmi les dirigeants du monde.

 

Que les enfants d’Abraham,

Qu’ils soient fils d’Ismaël, fils d’Israël ou disciples du Christ,

Parviennent à reprendre en main leur destin

Pour construire ensemble une cohabitation pacifique

Dans ce qui fut le jardin d’Eden et le berceau de notre civilisation.

 

Nous t’en supplions, Seigneur. Seigneur, prends pitié.

 

Blandine Ayoub

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