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Pêcheurs d’hommes !

Une des premières images au commencement des Évangiles, c’est l’étrange image de pêcheur d’hommes que l’on trouve chez saint Matthieu et saint Marc. Drôle de pêche !

Mais c’est bien à cette pêche d’un nouveau genre que Jésus appelle nos pêcheurs. Peut-être, est-ce une manière d’aider les apôtres à franchir le pas : l’ancien métier ne sera pas complètement abandonné. Pour pêcher les poissons, il fallait déjà savoir affronter gros temps, tempête, naufrage ! Leur conversion ne sera pas une rupture mais transposera sur un autre plan leur ancienne manière de vivre. Ils peuvent garder confiance!

J’admire donc le choix et la portée de ce jeu de mots qui fait glisser, d’un seul coup, d’un genre de vie répertorié, celui des pêcheurs qu’ils étaient, à une vie entièrement différente, risquée, celle à laquelle ils sont invités maintenant, qu’ils vont si promptement accepter …

Image puissante donc et d’un grand retentissement : instant où tout bascule ! Reste qu’elle garde son mystère : pêcher les hommes pour les enlever à la noyade, à la mort ? Pour les rendre à leur vrai élément, à la vraie vie ? Tel est le sens du mot grec très rare dans l’évangile, employé par Saint Luc qui, lui, ne parle pas de pêcher des hommes mais de les capturer vivants : pour les rendre vraiment vivants ? Par association, les images des évangiles se nuancent, se complètent.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons les yeux envahis de toutes sortes d’images, aussitôt oubliées. Mais certaines d’entre elles, rares, justes, ont le pouvoir, si elles sont accueillies, entendues plutôt que vues, de nous toucher le cœur.

Alain Merlet

Billet du dimanche 12 mars 2017

2 Commentaires

  • Il faut être prudent dans l’utilisation de cette image du pécheur d’hommes.
    Il y a quelques années, j’ai entendu un jeune curé qui, après avoir exposé son projet apostolique, s’est écrié : « nous allons prendre dans la nasse de la sainte église, les habitants de ce quartier. »

    Un prêtre âgé qui concélébrait et que j’ai rencontré à la sortie, m’a dit : « vous avez entendu ? Vous aimeriez vous être pris dans une nasse ? »

  • A propos des passages de la Bible qui ont le pouvoir de nous TOUCHER LE COEUR : un verset du Coran.

    Chrétien, j’apprécie les perles spirituelles du Coran (moins les appels au meurtre, chacun ses goûts). En voici une, et son commentaire, rapporté de mémoire, dû à un Professeur de littérature française du XVII° siècle à la Sorbonne, un musulman d’origine Nord-Africaine.

    Sourate III, verset 7, traduction Denise Masson, Gallimard 1967 :  » C’est lui qui a fait descendre sur toi le Livre. On y trouve des versets clairs – la Mère du Livre – et d’autres figuratifs. Ceux dont les coeurs penchent vers l’erreur s’attachent à ce qui est dit en figures car ils recherchent la discorde et ils sont avides d’interprétations ; mais nul autre que Dieu ne connaît l’interprétation du Livre. Ceux qui sont enracinés dans la Science disent : « Nous y croyons ! Tout vient de notre Seigneur ! » mais seuls, les hommes doués d’intelligence s’en souviennent.

    Le Professeur nous a confié que longtemps, il avait pensé que tel verset était « figuratif » et tel autre « clair ». Puis qu’un jour, il a pensé qu’ils l’étaient tous, clairs, et aussi tous, figuratifs, selon l’état du moment, l’état du coeur du lecteur.

    Comme dit l’autre, « déchiffrer Ta Parole illumine, et les simples comprennent ». L’autre ne dit rien sur les gens compliqués, notez.

    Pour conclure sur une note résolument pluraliste, je suppose que le Dalaï Lama trouverait que tout cela est marqué de « discrimination mentale ».

    Ma plus vieille Bible, celle que j’ai lue en entier autrefois (dans le désordre), est lardée de coups de surligneurs, sur des passages qui ne me disent rien du tout et m’avaient bouleversé.

    Que Dieu vous bénisse.

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