Pedro Meca. Un ange gardien de la vie

Le père Pedro Meca, dominicain, fondateur, à Paris, du lieu d’accueil de personnes sans-domicile « La moquette », est décédé mardi 17 février. Deux témoignages personnels.

Le père Pedro Meca, dominicain, fondateur, à Paris, du lieu d’accueil de personnes sans-domicile “La moquette”, est décédé mardi 17 février. Deux témoignages personnels.

Pedro Meca – Pâques : heureux passage de la mort à la Vie !

Il était de plain pied avec quiconque, puissant ou misérable. Son accueil inconditionnel était posé d’emblée sans réticence ni jugement.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAIl m’a donné, comme à tant d’autres, de ne plus craindre de partager la parole et le pain avec qui que ce soit, fusse-t-il une outre de vin perdue sur un trottoir. En effet la capacité de Pedro était exceptionnellement grande pour attendre de chacun, haut gradé dans l’échelle sociale ou errant dans les méandres de la ville, la petite lumière qui s’éclaire quand on se rencontre pour de bon ! Certains diraient d’âme à âme. Des personnes sans domicile précis il disait qu’elles mouraient de n’avoir aucune occasion d’offrir quelque chose à une autre personne, faute d’écoute, d’attention de l’autre. J’ai eu l’occasion ainsi de recevoir des paroles et même des présents merveilleux dans mes rencontres à la Moquette et dans la rue !

Pedro est présent pour moi à l’image d’un ange gardien !

Danielle Ballet

Nous voici réunis pour un immense Merci – Action de grâces – Eucharistie pour la vie de Pedro.

Eblouis, nous pouvons l’être, par son parcours hors-normes, transfrontières, depuis l’abandon, la mise à la rue de son enfance, jusqu’à la reconnaissance tous azimuts. Notre Pape François n’a-t-il pas donné pour priorité une « Eglise pour les pauvres » ? Ne nous enjoint-il pas d’aller aux périphéries ? Depuis 50 ans, Pedro a répondu à cet appel. Pedro, prophète ?

Nous admirons la force de sa liberté intérieure mais elle est le fruit d’une vie douloureuse de recherche et de travail sur lui-même. Contemplatif, artiste (sculpture et peinture), intellectuel autodidacte, Pedro cherchait toujours et partout à se cultiver en butinant ce qui lui tombait sous la main ; il cogitait et ruminait sans cesse, savait faire son miel.

Il savait aussi se reposer en regardant le Tour de France ou un match de foot ou rugby ou en jouant avec des enfants ou en rendant les services les plus pratiques, nettoyage, jardinage, courses, menuiserie, déménagements (c’était un ancien d’Emmaüs, très ordonné et déménageur-né) …

« Quand je mourrai, écrit-il, dans « Contrebandiers de l’Espoir», la mort ne me prendra que ce que je n’ai pas donné. » Car l’essentiel pour, Pedro, c’est le don mutuel, la RELATION.

Cette relation d’Amour du Père et du Fils, source de sa relation aux frères, particulièrement aux plus abîmés et faibles, dans les situations et conditions sociales les plus diverses, il la voulait pour lui-même et pour tous. Elle l’a rendu  « frère universel. »

Méditant le Notre Père, il y restait scotché car la seule invocation de «Abba » pouvait le faire pleurer. Il ressassait aussi souvent Nicodème et la nouvelle naissance, en Saint Jean ainsi que les disciples d’Emmaüs…

En pleine forme, cet été, il confiait : « Je veux mourir vivant ! » et sa dernière homélie au « Notre Noël » avec ses amis de la rue, pleinement conscient de l’échéance qui approche, martèle pour la dernière fois :

« Aujourd’hui, maintenant, c’est le jour de la naissance :

une nouvelle humanité commence.

Sommes nous prêts, voulons-nous naître à nouveau,

RE-NAITRE avec le Christ ?

Voulons-nous devenir, enfin ! Des humains à part entière ?

Des Vivants à tout jamais ?

Heureux passage de la mort à la Vie ! Heureuse Pâque !

Marisol – Messe pour Pedro – 27 février 2015

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2 Comments

  • Un exemple d’une parole, d’un don merveilleux de Pedro.
    Un jour, Pedro vient déjeûner à la maison. Il nous parle de ce qu’il propose à la Moquette, ce lieu d’accueil où viennent ceux qui le souhaitent, avec ou sans domicile, de ses rencontres. Il interroge nos enfants et un lui dit que ce qui le gêne souvent quand il croise un sans domicile, c’est son « odeur ».
    Pedro part alors de son énorme éclat de rire et raconte. : « Un jour, je croise une personne dans le métro et tout le monde autour de lui partait tant l’odeur autour de lui était insupportable. Je lui parle et il me répond : je pue, je pue…Je lui répond : non c’est pas toi qui pue, c’est la saleté qui est sur tes vêtements. Et lui alors me regarde avec un très beau sourire. »

  • J’ai croisé plusieurs fois Pedro Meca. J’ai grand regret de n’avoir pas pu échanger avec lui …. mais comme par hasard, ou par grâce, il était là comme moi au milieu des chrétiens ou pas, mais militants de la justice et du partage.
    On avait lui et moi le même père spirituel, on avait pris la parole lors de la messe de départ du père Cardonnel qui nous avait appris à sortir des sacristies pour être des « insurgés de la foi  » et des « semeurs d’évangile » face à ce monde et même face à l’Eglise. Merci Pedro, merci Cardo ! Vous nous manquez terriblement ….
    Pierre

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