Pèlerinage

Beaulieu - Homme agéIl est encore des aventures, des départs innocents dans les matins brumeux, loin des pays bruyants de cymbales sans âme, et de la solitude des paroles meurtries, vers des lueurs lointaines aux accès incertains.

Et l’on s’en va confiant et faible, démuni de tout, sauf l’espoir, et l’on jalonne le chemin pour que d’autres puissent rejoindre.

Mais plus je vais plus j’ai de peine ; à chaque pas mon pied trébuche, tout se dérobe et tout m’enserre.

Toujours aussi lointaine scintille la lumière, indiquant la demeure où je suis attendue ; il me faut y aller, solitaire, malhabile.

Devant l’épais taillis de mes pensées bornées, je demeure stupide et ne vois nul passage : tout semble inextricablement mêlé ; alors, patiente, je m’assieds, m’abandonne à la terre et au temps, notre maître.

J’ai regardé trop loin, voulu marcher trop vite, méconnu de la vie les humbles signes sous mes pas – maintenant j’ai pour eux un regard de tendresse et je vais leur chemin, par tours et par détours, sans hâte et sans idées.

Et parfois ô merveille tandis que je tâtonne en la nuit de ma peine, je sens monter de moi la voix légère d’une parole, telle l’oiseau dans la lumière, qui va de branche en branche et d’un vol sans entrave, au-dessus des taillis, de mes pas hésitants, et chante mon épreuve sur un air grave et tendre dont je me sens réconfortée.

Geneviève Esmenjaud

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