Un flacon, un pot de confiture et une cuillère

« De plus en plus souvent elle me disait : “je voudrais mourir”, et le répétait sans que je puisse faire autre chose que l’écouter… J’écrivis au Père Verspieren qui envoya une infirmière en soins palliatifs, laquelle prescrivit de la morphine que mon amie ne supporta pas. Et cela en resta là. Mais sa douleur et sa solitude angoissée allaient en s’accentuant ». Par Geneviève Esmenjaud

À la suite de la méditation que nous avons publiée (Le défunt responsable du 15 novembre 2014) et de l’échange du 23 novembre, au Centre Pastoral Halles-Beaubourg,  autour de la fin de vie, Geneviève Esmenjaud nous a confié ce récit, des mots tout en nuance.

 

Suite à la rencontre du dimanche 23 novembre, ce que je n’ai pas raconté ce jour-là…

Il y a une douzaine d’années j’allais voir souvent une vielle amie très malade et très seule : elle était chez elle sans guère de visites attentives, affectueuses, sans soins réconfortants de son médecin.

De plus en plus souvent elle me disait : « je voudrais mourir », et le répétait sans que je puisse faire autre chose que l’écouter… J’écrivis au Père Verspieren qui envoya une infirmière en soins palliatifs, IMG_4444laquelle prescrivit de la morphine que mon amie ne supporta pas. Et cela en resta là.

Mais sa douleur et sa solitude angoissée allait en s’accentuant : « je ne peux pas sauter par la fenêtre, je suis au rez-de-chaussée ».

Puis un jour elle me montra un petit flacon avec les pilules salvatrices, c’est-à-dire mortifères, sans m’expliquer son origine… Mais elles semblaient difficiles à avaler. Alors je les écrasais dans une assiette et remis le tout dans le flacon, avec un pot de confiture et une cuillère, plus un verre et une carafe d’eau pour avaler plus facilement : tout le nécessaire pour le jour où elle le voudrait.

Or cela lui suffit : elle ne prit pas le produit. Mais de savoir que le geste était possible si et quand elle le voudrait, cela fut suffisant : elle attendit paisiblement d’être installée dans une maison de soins palliatifs et mourut délivrée de ses peurs et souffrances quelque semaines plus tard.

J’ai donc pris le risque d’aider mon amie en lui permettant, par la confiance dans le geste possible, de retrouver et élargir sa liberté de penser et d’agir selon sa dignité.

Telle Antigone j’accepte les lois non écrites.

Geneviève Esmengaud

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1 Commentaire

  • Ma belle-fille de 60 ans a quitté les siens voici 3 mois – En fin de vie dans un cancer généralisé – elle a été très vite en soins palliatifs,
    entourée de façon admirable jour et nuit par ses 3 filles… elle disait je veux bien de la mort, mais pas de l’agonie…
    Par une médication appropriée, à une date connue de mon fils et des filles, elle s’est endormie sans souffrir….
    J’ai apprécié que son départ, ait été le moins douloureux possible pour elle et pour les siens !

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