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Petit matin à la porte de Saint-Merry

Depuis son arrivée, le Père Alexandre, curé de Saint-Merry, avait observé, aux petits matins, dans la vie quotidienne de ce quartier-village, la présence de gens de la rue tout proches de Saint-Merry. De là est venue l’idée d’un café quotidien, tôt le matin, idée travaillée avec la paroisse et mise en pratique récemment : un service réel, et une occasion de créer des liens.

Ainsi, depuis quelques semaines, devant la porte de la rue de la Verrerie, tous les matins à 8h30, on propose le café à ceux qui passent. Ce matin, ça se succède. Cette semaine, beaucoup de monde : quand Aristide le sacristain ouvre la porte, il y a des personnes qui attendent déjà. Les bains-douches sont tout près, les gens viennent de là, on commence à être connus… et il fait froid.

La table est dehors – s’il pleut on la remonte dans l’entrée de l’église. Il y a café, soupe minute, thé, eau, et des provisions diverses conservées dans une boîte. Tout ce qui est là est donné : hier c’était une bûche de Noël, parfois un boulanger apporte des viennoiseries, aujourd’hui des petits gâteaux ronds apportés dimanche par une dame. Aristide prépare tout le soir devant la porte, la table, la nappe verte, le matériel rangé le jour dans un coin de la salle X de C. Le matin il reste à chauffer l’eau dans la grande bouilloire, et tout est prêt.

Chaque jour, selon un rythme hebdomadaire, deux personnes tiennent la permanence, de la paroisse, du centre pastoral, des soeurs de la rue Saint-Merry. D. : « je viens tous les mardis, c’est à 8h30 qu’il y a le plus de monde, mais je ne peux arriver qu’à 8h45. » Alexandre passe de temps en temps, Aristide installe la table, vient rentrer tout à 10h, parfois complète les permanents…

Aujourd’hui C. vient boire un café puis un deuxième, comme presque chaque jour, du début à la fin de la distribution. Il parle il parle… à force un peu soulant. Florilège : « j’ai été diplomate, peintre, voyageur », il évoque New-York, Hong Kong, le Vietnam… jamais à court de commentaire. « J’ai choisi d’être avec les pauvres ! »… Une femme passe, artiste ? On dirait qu’elle connaît C. Rires et discussion : « tu sais à quoi on reconnaît qu’on est vieux ? c’est quand on pense que plus rien n’est possible… ».

Maintenant qu’il fait froid, c’est surtout la soupe qui est demandée, la soupe minute ça réchauffe mieux. D. propose un grand morceau de pain et une viennoiserie à un jeune : « je sais qu’il a faim ». Un homme arrive : je voudrais de l’eau. T. : « oui, mais mettez votre masque. – Mais pour boire je ne peux pas ! – En attendant l’eau, mettez-le… – Vous n’allez pas m’emm… » Et il jette le verre et l’eau à peine servie et s’en va en pestant.
Un autre passe à l’écart, avec sac à dos, matelas, deadlock. Commentaire de C., le bavard : « ça c’est la Jamaïque, mais ça vient de l’Ethiopie, ce sont des gens très profonds, très religieux ». (D : « celui-là il est tout à fait fou… »)

Cette rue de la Verrerie est vraiment un village : ce sont toujours les mêmes personnes qu’on voit passer. Hors vacances, il y a les enfants sur le chemin de l’école, les gens qui partent au travail, très vite on les reconnaît. Ce village, les SDF en font partie. Petit à petit se créent des contacts avec les gens de la rue : c’est ce qui était souhaité avec ce projet. Une expérience à vivre pour ceux qui n’habitent pas trop loin.

Alors comment ça marche ? Actuellement, pour chaque jour de la semaine, deux personnes se sont inscrites pour tenir la permanence. Mais si, en raison d’un empêchement, l’une ne peut pas venir, il serait bon que, pour chaque jour, une troisième personne – QUI NE SERAIT APPELÉE QU’EN CAS D’URGENCE – s’inscrive au secrétariat ou par mail saintmerry@orange.fr (en précisant quel jour elle pourrait être éventuellement appelée).

Anne René-Bazin

CatégoriesSolidarité

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