By Levi Sanders - unsplash.com

Peurs

Cet été, j’ai marché dans le massif des Écrins, seul.
Le premier jour, au fur et mesure que je grimpais, j’avais le sentiment de lâcher mes soucis comme des cailloux sur le sentier. Avec l’altitude, le cœur et l’esprit s’allègent. Mais le sac, lui, est lourd. Même si, avant de partir, on pèse tout.

Seul en montagne, il peut arriver n’importe quoi. Et là, personne à appeler : pas de barrettes sur mon portable. C’est ainsi qu’un soir, d’après la carte, je me suis retrouvé à quelques cinq heures de marche de la première maison. L’orage menace, je plante ma tente à la hâte. La pluie s’abat en trombe, les éclairs virevoltent derrière la toile. La foudre fait un fracas épouvantable, tombant parfois pas loin de mon bivouac. Je suis seul. Personne ne sait où je suis exactement. Et impossible avec ce tonnerre de Zeus de lire les 128 grammes de poésie, sauvés de mon tri draconien. Et puis je n’en ai pas la force. Nuit noire. Je laisse aller mon esprit, m’en remettant avec mollesse à celui de Dieu.

Lentement, gentiment, la pluie s’arrête. Le silence absolu.

Mais alors, un hurlement déchire la nuit : les loups !… Là j’ai très peur. Une peur infantile, les mêmes nœuds au ventre, les mêmes frissons. Que faire contre les loups ? Du feu… Mais tout est trempé. Je voudrais creuser le sol et m’y enfouir en attendant le jour.

Et soudain, ça me fait rire d’avoir peur du loup. Cette débandade d’émotions enfouies !

Rire de ses peurs : une libération.

J’entrouvre ma toile. Dieu est toujours là. Il avait jeté des milliards d’étoiles au dessus de la nuit.

Laurent Seyral

billet du dimanche 25 septembre 2016

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