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Philippe, tel qu’en lui-même

Un vieil ami est malade et, au fil des mois, sa maladie s’aggrave et s’avère incurable : on s’attend à l’entendre déplorer son sort. Pour mon ami Philippe, rien de tel. Certes, quand il souffrait, il le disait sans le cacher. Mais, à deux reprises, je l’ai entendu dire sur son lit de malade: « J’ai beaucoup de chance ! ». Ce dont il se félicitait, c’était l’accompagnement de tous ses amis présents jusqu’au bout. Pour venir le voir, il y avait liste d’attente ! Il s’inquiétait de nous, de nos vacances, de nos affaires, s’intéressait aux nouvelles du jour, s’indignait, riait comme il l’avait toujours fait…

était croyant ; il est venu plusieurs fois à Saint-Merry. Son plus ancien ami, rencontré en classe de sixième, était devenu dominicain. C’est lui qui a célébré ses obsèques, belles et simples, suivies du repas convivial et arrosé de vin qu’il avait souhaité.

Est-ce sa foi qui l’a rendu jusqu’au bout si égal à lui-même ? Est-ce une prédisposition familiale ? Son frère disait : « on est tous comme ça dans la famille ». Est-ce la cortisone des soins palliatifs ? Est-ce parce qu’il considérait la vie comme un don et pas comme un dû, ayant survécu à une première atteinte très grave de la maladie, il y a vingt-cinq ans ? En tout cas, il savait qu’il allait mourir et, après avoir beaucoup lutté et pris les dispositions nécessaires, il s’apprêtait au grand départ en vivant pleinement au présent ses derniers jours. Il est parti sans rancœur ni regret et son acquiescement à l’inéluctable a éclairé sa fin. Comme si demeurait dans son âme une forme de santé plus forte que le mal.

Une telle force d’âme m’impressionne et m’interpelle. François Cheng, dans son dernier livre, nous aide à la comprendre en chrétien et en taoïste, par exemple, dans ces deux vers :
 » Cri d’appel rejoignant le souffle originel…
D’une tout autre chair l’âme charnelle ».

Alain Merlet

Billet du dimanche 4 décembre 2016

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