Pierre de Grauw

L’artiste qui a réalisé la sculpture contemporaine majeure de Saint-Merry, le Christ aux outrages, est mort le 17 juillet 2016 à Pont-Scorff. Il avait 95 ans.

L’artiste qui a réalisé la sculpture contemporaine majeure de Saint-Merry,  le Christ aux outrages, est mort le 17 juillet 2016 à Pont-Scorff. Il avait 95 ans.

Pierre de Grauw était un ami de Saint-Merry. Son parcours fut atypique. D’origine hollandaise, ce sculpteur, après avoir été membre de l’ordre des Augustins jusqu’en 1975, s’était installé à Sèvres, où son talent avait pu être mis en lumière. Se tenant à une certaine distance de l’Église, mais nourri du questionnement philosophique et théologique, il a mis l’Homme au centre de son œuvre et de sa réflexion. Sa femme, Georgine, n’a cessé de militer pour rendre visible son travail. En 2012, la commune de Pont-Scorff a mis à la disposition de l’association des amis de Pierre de Grauw l’ancienne mairie-école où sont exposés ses dessins et sculptures, dont on a pu voir certains éléments lors de la Nuit Blanche 2014 à Saint-Merry.

Le Christ aux outrages.

Pierre de Grauw en raconte l’origine

Ses obsËques seront cÈlÈbrÈes aujourdíhui, ‡ partir de 14 h 30 sur la place de la Maison des Princes ou trÙne plusieurs de ses úuvres monumentale et ou se trouve líespace qui porte son nom.

« Je crois avoir déjà raconté que dans ma jeunesse j’avais remarqué, au musée d’Utrecht, un Christ aux outrages du XVIe siècle, si mes souvenirs sont bons. Je visitais fréquemment ce musée avec mon père ». […]« Cette image du « Christ sur la pierre froide » – appellation d’usage dans les pays nordiques alors qu’en France on parle plutôt de « Ecce Homo » – m’est restée présente à l’esprit ».

« Dans les années 70, cette première statuette est devenue la maquette d’un Christ de dimensions monumentales que j’eus l’idée de réaliser en plâtre. » « Dans un premier temps j’ai recouvert cette sculpture de feuilles de plomb. Puis, je décidai de la transposer à l’identique en cuivre martelé et soudé, avec l’aide d’un ami sculpteur, Jacques Conter, aujourd’hui décédé, à l’époque assistant de César. Mon Christ est alors parti « se promener » à l’occasion de diverses manifestations ou expositions, dans des lieux tels que le musée Rodin, le jardin du Luxembourg, le parc floral d’Orléans, le Palais de la Monnaie, etc. jusqu’au jour où le bureau du salon « Formes Humaines » auquel je participais régulièrement, me fit savoir que le ministère de la Culture était disposé à acheter certaines œuvres.

J’ai donc déposé un dossier proposant « Le Christ aux outrages » mais aussi « Le Cri », autre sculpture monumentale en cuivre soudé et martelé, qui constituera plus tard la pièce maîtresse du monument à la Résistance que la ville de Bagneux me commandera, dans les Hauts de Seine. […] Le ministère choisit « Le Christ aux outrages », le Père Xavier de Chalendar, responsable du Centre Pastoral les Halles-Beaubourg ayant fait savoir qu’il en disposerait volontiers pour l’Église Saint-Merry, ce qui fut accepté. C’était en 1985. Ma sculpture a ainsi trouvé son lieu, après 20 ans d’une errance entrecoupée de solitude dans le jardin romantique de mon atelier où les étudiants des Beaux Arts, en partance pour le pèlerinage de Chartres, poussaient l’audace jusqu’à s’asseoir sur ses genoux – ce que je n’appréciais guère ! »

Extrait de la conférence donnée par François Bœspflug, le 4 février 2015 à Saint-Merry.

Pour en savoir plus : téléchargez le texte complet dans le portfolio « Les œuvres majeures de Saint-Merry » (>>>)

Job révolté. Nuit Blanche 2014

Cette relation entre Pierre de Grauw s’est poursuivie avec Jacques Mérienne, qui avait déjà fait une exposition sur l’artiste à Notre-Dame-des-Champs. Avec cinq nouvelles statues en plâtre et en bronze, cette Nuit Blanche 2014 fut l’aboutissement d’un projet auquel Jacques tenait depuis longtemps : le condensé de sa vision de l’événement Nuit Blanche à Saint-Merry, son manifeste artistique, avant le point d’orgue qu’a été son opéra, « Passionnez-moi ».

 

500_dsc_1017« Job crie sa révolte entouré de ses amis qui tentent de le raisonner, sur la place du village…Ce cri nous l’entendons grâce à, mais aussi au travers des interventions vivantes de divers artistes, chanteurs, danseur, musiciens.

Un peu plus loin l’huile coule sur la barbe d’Aaron… le Seigneur protège ses enfants. Les épreuves plâtre de cet ensemble gardaient l’empreinte de la fébrilité du sculpteur. La patine des statues nous rappelle combien le temps file vite… […]Savez-vous à quoi on reconnaît une bonne statue ? Quand on la place au milieu de la nef, elle n’est pas écrasée, rapetissée, ridiculisée, mais au contraire elle s’empare de l’espace, le gonfle, le vivifie. Lorsque nous avons déposé JOB dans la nef, la grande porte ouverte, immédiatement deux fois plus de passants sont entrés. Venez voir ! »

Jacques Mérienne

Pour en savoir plus : textes, dont le poème de Jacques, et photos de la Nuit Blanche 2014 (>>>)

JD

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Nuit Blanche 2014 : Les cinq statues de plâtre de Pierre de Grauw
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Nuit Blanche 2014 : Dessin de Pierre de Grauw

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1 Commentaire

  • Ce qui est dit et rappelé autour de l’oeuvre de Pierre de Graw est un acte de mémoire. Il fait revivre les évènements de cette nuit blanche de 2014, les échos à la fois de l’oeuvre première du sculpteur et de l’oeuvre seconde sur les quelles se greffe et prend vie ce qui est le plus intime en nous et qui vibre, même à son insu dans tout coeur humain : le cri, la plainte de l’être humain face au mal.
    Cette nuit blanche fut une oeuvre totale bouleversante, puissante, croyante, expression de la liberté de l’homme en face à face avec Dieu, en des mots humains.

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