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Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien, ou plaidoyer pour l’espérance ?

Pendant le Carême, vingt groupes de Saint-Merry ont mené une réflexion commune sur le thème de l’engagement. En écho à ces travaux, le 19 mars dernier, un débat réunissait Pierre-Louis Choquet, auteur du livre Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien, Julie Lefort, Eliette de Lamatinie, et Guy Aurenche. Jacques Debouverie nous fait une synthèse de ce débat au ton original.
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Six intervenants à la table, jeunes et engagés dans les mouvements les plus divers, un dialogue constructif, une recherche hors des sentiers battus, une connivence partagée ….  Chacun des intervenants a tenté d’apporter sa pierre et son témoignage sur ce que l’engagement peut vouloir dire signifier pour un chrétien d’aujourd’hui, à partir de leurs lieux respectifs d’implication associative, politique ou religieuse. Il s’agissait vraiment d’une recherche de sens, et au final quelque chose du bonheur d’être ensemble, agissant ou militant avec d’autres, se disait dans ces prises de paroles croisées et les échanges avec les 130 participants. Comme l’a noté l’animateur du débat, Mikael Corre, journaliste à La Croix, le livre « plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien » aurait aussi bien pu s’appeler « plaidoyer pour l’espérance chrétienne ».

Pierre-Louis Choquet (co-auteur du livre avec Jean-Victor Elie et Anne Guillard) a d’abord situé d’un point de vue philosophique les ressorts et le contexte de l’engagement que l’on soit chrétien ou non. On ne peut pas rester bras croisés devant la montée de la peur, la fragilisation des rapports humains, l’émergence d’imaginaires politiques de ressentiment et d’exclusion, ou la crise écologique. S’engager, c’est répondre collectivement à ces urgences, chacun à notre niveau, au-delà du besoin de changer de style de vie personnelle que ce contexte peut provoquer. S’engager, c’est d’abord éprouver le réel dans ses aspérités indomptables, se confronter au monde qui nous échappe largement mais qui nous concerne. S’engager avec d’autres donne de la densité à nos existences, tisse des relations ou restaure des liens. Pour tous, croyants ou non, l’engagement signifie au fond tisser des liens pour construire du collectif, et donner du sens à une histoire partagée.

Et pour les chrétiens en particulier, il y a aussi fondamentalement l’idée que le ressuscité nous « précède en Galilée », c’est-à-dire là où nos vies se trament, et que la trace de Dieu se révèle à travers la relation et le service de l’autre. D’où la thèse du livre : « l’engagement n’est plus à comprendre comme le prolongement ou la conséquence d’une foi qui le précéderait. Au contraire il est le lieu de la foi, de son avènement et de son épanouissement ».

Julie Lefort (chercheuse, en équipe jeunes professionnels de la Mission de France, voir ci-dessous) a montré, exemples à l’appui, qu’en étant engagé avec des non-croyants, on peut changer quelque chose dans la cité. Il s’agit d’un partage joyeux qui fait grandir autour de questions de sens. Et regarder la lumière qui se dégage ainsi avec d’autres, peut s’avérer signe de la présence de Dieu.

Eliette de Lamartinie (ex présidente de Chrétien en Grande Ecole) a montré que s’engager consiste à se laisser altérer, et qu’il y a forcément du « lâcher prise » dans le service des autres. Les étudiants expriment souvent le besoin de se former ou de s’informer d’abord, devant une accélération du monde un peu effrayante. L’engagement vient quand naît l’idée que l’on peut « se mouiller » même si l’on ne sait pas tout par avance. Cela revient à sortir de la logique classique de conséquence « je crois donc je m’engage », car c’est précisément dans l’expérience de l’engagement que se déploie la grâce de rencontrer Dieu. L’église devrait entendre la demande qui en découle : moins dire sa vérité qu’accompagner ceux qui s’engagent avec d’autres dans le monde.

Guy Aurenche (ex-président du CCFD-Terre Solidaire) a souligné combien l’engagement avait été pour lui un appel, un rendez-vous de vie et de bonheur. Mais c’est la société qui appelle. On attend de l’Eglise qu’elle écoute, qu’elle accompagne. Pour lui, l’engagement permet d’approfondir sa foi. Il permet d’incarner des mots de foi comme le salut, par exemple le jour où un prisonnier apprend qu’il est soutenu par une association et s’estime sauvé bien qu’il soit toujours sous les barreaux. « Le point clef de la résurrection est d’apprendre que tu n’es plus seul ». L’engagement permet aussi de découvrir la fragilité de la « toute-puissance » de Dieu, ce mot si délicat à comprendre pour nombre d’entre nous.

Un débat à poursuivre en ce temps pascal…

Jacques Debouverie

Lors du débat sur l’engagement du 19 mars dernier, Julie Lefort, chercheuse en neuroscience et membre de la mission de France a fait un témoignage. Elle a d’abord remercié les auteurs du livre, en exprimant sa joie de savoir son mode d’engagement partagé par d’autres.

Ce livre parle de l’envie de s’engager avec d’autres qui ne partagent pas ma foi, nous dit-elle, et c’est ce qui se pratique dans les équipes Jeunes pros de la mission de France. On se retrouve avec d’autres, athées ou en recherche. On parle des relations au travail, de la bienveillance, mais aussi des difficultés au travail. On a des choses à partager qui nous font grandir, en équipe avec nos différences.

Elle décrit un autre lieu, l’altertour, une association qui organise un tour itinérant à vélo à la rencontre des initiatives, qui permet la participation de tous, et qui cultive la bienveillance entre les participants. « Notre tâche d’apôtre est de favoriser des lieux où la parole se partage avec bienveillance, où on laisse l’autre aller jusqu’au bout de ce qu’il a à dire, en prenant le risque de recevoir quelque chose de ce qui nous semble si différent. C’est une façon de dire l’espérance avec d’autres qui ne partagent pas ma foi » (extrait de Plaidoyer pour un nouvel engagement).

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NT

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