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Pour que l’audace d’un chemin nouveau nous vienne

Dimanche 5 janvier 2020

PREMIÈRE LECTURE  (Is 60, 1-6)
« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi »
PSAUME  (Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13)
Toutes les nations, Seigneur,
se prosterneront devant toi.
DEUXIÈME LECTURE  (Ep 3, 2-3a.5-6)
« Il est maintenant révélé que les nations sont associées
au même héritage, au partage de la même promesse »
ÉVANGILE  (Mt 2, 1-12)
Nous sommes venus d’Orient adorer le roi

Commentaire

L’équipe de préparation a été frappée par un thème dominant de ces textes : l’universalité, universalité de la lumière qui guide les hommes, universalité du besoin de justice, universalité de l’esprit, ce désir qui travaille le cœur de tous les êtres humains, universalité de Dieu lui-même, pour tous.

Quelle force et quelle tendresse chez Isaïe : « les nations marchent vers ta lumière, tous ils se rassemblent, tes fils reviennent de loin, tes filles sont portées sur la hanche, les trésors d’au-delà les mers affluent vers Toi ». Paul enfonce le clou, en révélant un mystère essentiel à ses yeux : « toutes les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse ». Et dans l’évangile de Matthieu, ce sont des mages, des étrangers venus d’ailleurs, qui détectent et suivent l’étoile mieux que les autochtones, et qui pourtant demandent conseil aux puissants et aux savants du cru. Personne n’a donc le monopole du discernement, tous sont capables de discernement, même nous autres, même sans être guidés par un ange ou une étoile particulière. Et puis l’évangile de Matthieu souligne  l’universalisme du message de Jésus en mettant en scène les mages étrangers, là où Luc n’évoque que la présence des bergers.

Toutes les nations ont le même Dieu, seuls son nom et les chemins qui mènent vers lui sont différents, selon les traditions et les cultures. Si ce n’était pas le même Dieu d’un bout à l’autre de l’univers, ce ne serait pas Dieu du tout, puisque par nature il est l’universel. Alors quelle misère, nous sommes-nous dits, devant les divisions de notre monde qui provoquent conflits, incompréhensions et anathèmes, au nom même de Dieu. Quel scandale le rejet de l’étranger, les refus de paix et d’unité, les fondamentalismes et mêmes les populismes identitaires !

Il y a un aspect politique dans Matthieu. Certes ce passage n’a pas d’équivalent dans les autres évangiles, et il raconte une histoire imaginaire d’astrologie maniant les symboles de l’ancien testament. Mais ce texte a probablement été rédigé après la chute de Jérusalem, dans un contexte de rupture avec le judaïsme. Il dénonce l’indifférence ou l’hostilité des chefs politiques et religieux. Les autorités en place identifient déjà l’enfant comme dangereux, voire subversif. Il y a un parallèle à faire entre cette scène et celle de la condamnation à mort de Jésus : dans les deux cas le gouverneur, les prêtres et les scribes se liguent contre lui. Et puis les mages représentent aussi la science de l’époque, une évocation fascinante pour nous aujourd’hui qui avons tendance à opposer sans cesse la raison et la foi. Ce texte est une brillante contestation. Le christianisme porte dans ses gênes une critique de tous les pouvoirs en place.

Et puis l’universalisme implique aussi le projet d’un vivre ensemble. On peut trouver bien des significations aux cadeaux des mages. Moi, j’aime bien l’idée qu’ils représentent le meilleur des cadeaux communs de la terre et de l’humanité, en marche vers son unité. Quand les nations font converger leur or, c’est-à-dire leurs richesses, histoires et traditions, leur encens c’est-à-dire leurs prières, et leur myrrhe c’est-à-dire leurs réalités humaines, un baume contre les souffrances, la mort ou un parfum érotique. Bref la promesse décrite par Isaïe et par Paul ne se réalise-t-elle pas d’abord quand les nations partagent leurs réalités, leurs joies et leurs espérances ? Et à mon propre petit niveau, quel plus beau cadeau serais-je capable de faire de ma vie que de participer à la construction d’une humanité heureuse et libre, à l’édification d’un vivre ensemble fraternel et juste ?

Il y a aussi un aspect religieux de ces textes, plutôt une sortie du religieux devrait-on dire. Car l’étoile est des plus ténues, elle trace un chemin mal balisé, dans la nuit, sans certitude. La quête spirituelle des mages est semée d’embûches, de pièges, et elle risque toujours d’être manipulée par d’autres, Hérode en l’occurrence. Seule la conscience personnelle des mages et leur cheminement intérieur les maintiennent sur le bon chemin. Et vers quoi ? Une prédiction, le résultat d’un calcul, un enfant, peut-être prometteur, mais rien qu’un enfant ? Non décidément, l’étoile n’est pas une institution religieuse, il s’agit de marcher les yeux en l’air et à tâtons. Saurons-nous être à l’écoute de l’Esprit, malgré la faiblesse des signaux que nous percevons au fond de nous-mêmes ?

Enfin, surprise, les mages rentrent bien vite chez eux, ils auraient pu rester un peu, puisque c’était le but de leur voyage. Mais non, dès que les cadeaux sont offerts, dès que Dieu est trouvé ou seulement aperçu, il s’agit de repartir. Voir Jésus n’est pas une fin, mais un commencement. Dans la foi, n’y-a-t-il pas que des aller-retour, des va-et-vient, des départs plus que des arrivées, des « sur le qui vive » plus que des installations confortables ? Et les mages rentrent chez eux par un autre chemin, par sécurité. L’aller était pourtant un bon chemin, puisqu’il les avait menés à celui qu’ils cherchaient. Le chemin le plus sûr de la foi passe par Jésus, c’est une étape lumineuse et joyeuse, mais il consiste aussi à accepter la sortie de route, à accepter d’être dérouté, vers l’universel. En serons-nous capables ?

Jacques Debouverie

Prière Universelle

France terre d’asile, France terre d’accueil : Notre pays attire les étrangers, les réfugiés, les sans papiers
Ils affrontent tous les dangers pour arriver chez nous : les passeurs,  la mer, les douanes, les préfectures, les tribunaux
Ce ne sont pas des statistiques mais des femmes, des hommes et des enfants.
Prions pour que nous sachions les accueillir, leur ouvrir notre cœur, pour qu’ils nous apprennent à changer notre regard, à ouvrir nos yeux sur le monde.                                                                                                    Patricia Meyssonier 

2 Ils sont si nombreux les guetteurs, les chercheurs de sens, les assoiffés de vérité, de paix et de justice.
La plupart ne mettent jamais les pieds dans tes églises, ils n’y trouvent pas les mots et les symboles qui répondent à leurs attentes.
Prions pour que nous sachions d’abord rejoindre leurs chemins à eux, leurs chemins de vie et d’espérance, de ténèbres et d’angoisse qui sont aussi les nôtres.
Pour qu’avec eux, nous ayons la chance de regarder ensemble les étoiles qui nous guident les uns autant que les autres, avant que peut-être un jour vienne le moment propice de dire le nom que nous donnons à Ta lumière.       Jacques D.

3 Cette lumière est chemin d’humanité. La plupart des religions, celle du Livre et beaucoup d’autres la recherchent par des voies différentes.
Prions pour que nos Eglises ne se referment pas sur elles-mêmes, qu’elles s’ouvrent au dialogue en toute humilité et acceptent d’être interpellées par des expressions différentes de spiritualité.                                               Danièle R.

4 Les mages regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Prions pour que nous sachions nous laisser dérouter par Toi, pour que l’audace d’un chemin nouveau nous vienne, pour que la sortie de route nous paraisse parfois courageusement la voie la plus directe vers Toi.
Bernard R.

Extrait des vœux de Jacques BREL – 1968

 « Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns.
« Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et oublier ce qu’il faut oublier.
« Je vous souhaite des passions,
« Je vous souhaite des silences,
« je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants
« Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence, aux vertus négatives de notre époque
« Je vous souhaite surtout d’être vous, fiers de l’être et heureux car le bonheur est notre  destin véritable.

                                                                                                           Jacques BREL – 1968

En cette période de vœux, à la fin de cette célébration,  nous vous
invitons à échanger des vœux avec des personnes que vous ne connaissez
pas ou que vous connaissez peu.

Agnès Séminel
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